Construction Numérique

BIM : pourquoi des architectes lancent une pétition contre un éditeur de logiciels [exclusif]

Mots clés : Architecture - Coûts et prix - Logiciels - Outils d'aide

Dans un contexte d’offre logicielle qui évolue, l’Union nationale des syndicats français d’architectes (Unsfa) a lancé une pétition contre le modèle d’abonnement mis en place par Autodesk et les tarifs, jugés trop élevés.

Gros coup de chaud dans le BIM. L’Union nationale des syndicats français d’architectes (Unsfa) lance une pétition intitulée « Logiciels : non au racket des agences d’architecture ». Le texte, accessible en ligne sur le site www.petitions24.net, vise l’éditeur Autodesk.

En cause : un courrier reçu par « de nombreuses agences d’architecture » qui annonce « des augmentations exponentielles des mises à jour de l’ordre de 300% », selon l’Unsfa, et la « quasi-certitude de ne plus avoir accès [à leurs fichiers] si la « dîme » n’est pas payée. Fort de ce constat, susceptible de mettre en danger [leurs] agences, le bureau de l’Unsfa a décidé d’engager une action juridique contre ces pratiques. » Le texte, qui est en ligne depuis fin septembre, comptait ce jeudi 23 novembre 940 signatures.

Le texte étant assez lapidaire, il est nécessaire de revenir aux faits, ce que Lionel Blancard de Léry, architecte et vice-président de l’Unsfa, interrogé par Le Moniteur, n’hésite pas à faire : « Tout est parti d’un courrier, a priori reçu par erreur, l’été dernier, par certaines agences d’architectures », commence-t-il. La missive incite les clients à passer de la licence perpétuelle avec une mise à jour annuelle à un abonnement. Le courrier, que s’est procuré Le Moniteur, indique :

 

Augmentation des plans de maintenance

« Le modèle de maintenance sera toujours pris en charge. Toutefois, les tarifs de renouvellement de vos plans de maintenance augmenteront de 5% en 2017 (à partir du 7 mai), de 10% en 2018 et de 20% en 2019, et ce renouvellement ne pourra se faire qu’annuellement. »

Teresa Anania propose alors une offre spéciale :

« A partir de juin 2017, vous pourrez convertir le plan de maintenance associé à vos produits en abonnement, pour un prix réduit. Il est plus avantageux de passer à l’abonnement le plus tôt possible, car la remise appliquée sur le tarif baissera de 5% en 2018 et de 5% supplémentaires en 2019. »

Une tarification confirmée par Manuel Liedot, directeur général de Graitec, partenaire Platinum des solutions Autodesk : « Il s’agit bien pour l’éditeur de logiciels d’inciter progressivement ses clients à passer vers un abonnement donnant accès à plus de technologies. Ce modèle garantit les mise à jour et le support, tout en réduisant la barrière tarifaire à l’entrée. Dans ce cadre, Autodesk a effectivement arrêté la vente de nouvelles licences perpétuelles. Les prix croissant de la maintenance visent l’accélération de cette transition ».

Et les chiffres indiqués sont exacts, poursuit-il. Pour lui, Autodesk a mis en place des offres de migration vers les abonnements tout à fait incitatives. Il rappelle que la transition s’est effectuée en deux temps : en février 2016 pour les produits comme AutoCad ou Revit, le logiciel de Building information modeling (BIM) de l’éditeur américain, puis le 1er août 2016 pour  les autres produits, en particulier les suites logicielles. C’est le passage des licences perpétuelles aux abonnements qui est en cause ici.

 

D’où vient cette augmentation de 300% ?

 

Lionel Blancard de Léry explique : « l’achat d’une licence perpétuelle de Revit coûte entre 7000 et 8000 euros HT la première année. Ensuite, le coût de la maintenance s’élève à environ 1000 euros/an. Or, dans un système d’abonnement, le tarif d’entrée est certes moins onéreux, à 2930 euros HT, mais cette somme doit ensuite être payée tous les ans. En dix ans, l’abonnement coûte plus cher à l’agence (29 300 euros, contre 18 000 euros avec une licence perpétuelle et ses mises à jour) ».

Avec ce calcul, l’augmentation est de 63%, un chiffre certes important mais qui n’explique par les 300% de la pétition. Ce pourcentage ne peut être obtenu qu’en comparant les 1000 euros annuels de mise à jour et les 2930 euros d’abonnement annuel. Mais ce calcul est biaisé, puisqu’il ne prend pas en compte le coût d’achat initial de la licence.

 

Qu’en est-il de l’accès aux données si l’abonnement n’est pas payé ?

 

« Lorsque le client ne paye plus l’abonnement au logiciel, il n’y a plus accès », confirme Manuel Liedot. Qu’en est-il alors de la garantie décennale et de l’accès aux données sur le long terme, interrogent les architectes. « L’utilisateur reste propriétaire de ses données bien entendu ! Il sera toujours possible de les consulter. Autodesk propose des visionneuses gratuites permettant de visionner plus de 60 formats natifs du marché, poursuit-il. Par ailleurs, il est possible de reprendre un abonnement pour une durée de quelques mois, afin de travailler sur des fichiers de façon ponctuelle. L’abonnement donne une plus grande flexibilité aux agences, qui peuvent en souscrire un nouveau lorsqu’elles embauchent et qui ont la liberté de l’arrêter à la fin d’un projet. »

En tant que distributeur Platinum, Graitec compte 40 000 abonnés Autodesk en Europe. Manuel Liedot connaît bien les solutions de l’éditeur américain et surtout, il les a vues évoluer. Aujourd’hui, Autodesk met en avant ses « collections », soit un pack avec de nombreux logiciels. Ainsi, la collection Architecture, Engineering & Construction (AEC), qui comprend en particulier Revit, compte au total 26 logiciels, dont une offre de stockage dans le cloud, pour 2930 euros HT ou 3516 euros TTC.

« Auparavant, la Building Design Suite en licence perpétuelle avec maintenance coûtait 9200 euros, auxquels s’ajoutaient 10 000 euros pour Advanced Steel, puis 8000 euros pour Robot. Aujourd’hui, ces logiciels font partie de la collection AEC. »

 

Soutien d’ADN Construction

Des arguments qui ne convainquent pas les architectes de l’Unsfa, « parce que nous n’avons pas forcément besoin de tous ces logiciels et que le plus important dans le BIM est de pouvoir collaborer et partager les données. A ce sujet, l’Unsfa a toujours milité pour l’Open BIM », rappelle Lionel Blancard de Léry, qui reste conscient de la tendance globalisée à aller vers la location  dans tous les domaines, qu’il s’agisse de télévision, de musique, etc.

« Nous souhaitons avoir de la visibilité sur les politiques tarifaires des éditeurs sur plusieurs années, et à garder un accès sans limite à nos données », explique-t-il. L’Unsfa a invité vendredi 24 novembre les trois principaux éditeurs de logiciels (Autodesk, Abvent et Allplan) afin d’obtenir des engagements en ce sens. Et pour peser plus lourd dans la négociation, le syndicat peut déjà compter sur le soutien d’ADN Construction, l’association qui accompagne les acteurs du bâtiment dans l’appropriation du numérique, qui compte notamment la FFB et la Capeb parmi ses membres fondateurs.

 

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  • - Le

    il y a moins cher et tout aussi "pro"

    Le budget logiciel est en constante augmentation, et pas les honoraires. le passage à la 3d les architectes l’ont payé de leur poche, le passage au Bim sera t il source d’honoraires complémentaires ? on peut en douter.. Comme le font beaucoup d’agences anglo-saxonnes, le logiciel qui porte le nom anglais de « esquisse-up » permet pour un cout bien moindre d’obtenir une solution pro et Bim par l’ajout de plugin très fonctionnel. Effectivement comme le dit le commentaire précédent, intéressez vous au travail de l’architecte américain Nick Sonders…
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  • - Le

    Prix des logiciels

    Le prix des logiciels, comme des normes, constitue une question majeure. Quel budget faudra-t-il à un jeune architecte pour s’équiper, sachant que dans ce métier, le délai entre les premières études et les règlements se compte en mois, sinon en années ?
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  • - Le

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    Toute la société est otage de l’informatique ! Cela coûte une petite fortune à tout le monde. Vive le numérique à tout va !
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  • - Le

    Il y a d'autres logiciels....

    Le plus simple est de passer sur d’autres logiciels… ne laissons pas faire de telle chose, se rendre captif est extrêment dangeruex… des alternatives existent en licence permanente qui permettent de tout faire pour un tarif raisonable… autour de 700€ ; il n’y a qu’a voir le travail de Nick Sonder (une petite recherche image « nick sonder architecte » vous en dira plus)
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