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BIM manager, un métier en construction
PHOTO - 12353_753646_k2_k4_1789490.jpg - © THOMAS LOUAPRE/DIVERGENCE/LE MONITEUR

BIM manager, un métier en construction

Caroline Gitton |  le 06/04/2018  |  EntreprisesCalvadosIlle-et-VilaineInternationalFrance entière

Talents -

Le passage à la maquette numérique crée une nouvelle fonction de coordinateur dans le BTP. Ces professionnels au large éventail de savoir-faire sont très recherchés par les employeurs.

« Le BIM manager est le chef d'orchestre en maquette numérique du projet : il n'est pas l'auteur de la composition, ne joue pas d'instruments, mais il dirige les musiciens, les synchronise, et s'assure qu'ils exécutent correctement leur partition. En somme, il veille à la bonne interprétation du morceau », décrit Olivier Celnik, directeur du mastère spécialisé « BIM : conception intégrée et cycle de vie du bâtiment et des infrastructures » - co-piloté par l'Ecole des Ponts ParisTech (ENPC) et l'Ecole spéciale des travaux publics, du bâtiment et de l'industrie (ESTP) - et, par ailleurs, architecte associé de Z.Studio.

Plus concrètement, le BIM manager met en place le processus BIM ( building information modeling ) et coordonne les échanges de données entre les intervenants sur une construction. Il développe également la politique BIM en interne, au sein d'un cabinet d'architecture, d'un bureau d'études ou encore d'une entreprise de construction. « A mon sens, la personne qui travaille chez un maître d'ouvrage n'est pas BIM manager, mais référent BIM, ou, en externe, assistant à maîtrise d'ouvrage BIM », précise Olivier Celnik. Le BIM management est une fonction jeune : on a observé les premières créations de postes dans l'Hexagone il y a à peine cinq ans. « Sous l'impulsion de certains maîtres d'ouvrage, qui avaient imposé la maquette numérique dans leur projet à titre de test, des entreprises ont dû s'emparer du sujet car elles avaient besoin de coordination sur le BIM en interne, mais aussi avec la maîtrise d'œuvre », retrace Pascal Loisel, directeur du développement Assistance et Patrimoine immobilier, chargé des activités BIM chez Socotec.

Précurseur, le groupe Legendre a recruté son premier BIM manager pour les travaux de la ligne B du métro de Rennes, qui ont commencé en 2014. « Ce projet entièrement conçu sous maquette numérique nous a conduits à accélérer le mouvement, à une époque où l'on commençait à parler du BIM », évoque Guillaume Beghin, son DRH. Seules sont concernées, à ce jour, les majors et les grosses PME du secteur. « Les deux tiers des entreprises du BTP ne sont pas encore sur la maquette numérique : de nombreux postes de BIM manager vont encore être créés », évalue ainsi Pascal Loisel.

Une fonction aux contours mouvants. Il en va autrement côté maîtrise d'œuvre. « Les agences d'architectes et les bureaux d'études ne peuvent, quels que soient leurs effectifs, se passer de cette fonction, qui est la clé du bon déroulement d'un projet pluridisciplinaire », rapporte Emmanuel Di Giacomo, responsable du développement des écosystèmes BIM chez Autodesk. Ses contours sont en outre appelés à évoluer. « Il existe actuellement des BIM managers surtout en conception et en réalisation, reprend Pascal Loisel. L'extension du BIM à la phase d'exploitation démarre tout juste. » Si la fonction est protéiforme, les voies d'accès le sont aussi - même si aujourd'hui la majorité des BIM managers sont architectes de formation. De nombreux employeurs forment leurs salariés en interne. « Nous initions à cette fonction certains de nos ingénieurs. Nos nouvelles recrues déjà expérimentées dans le BIM ont parfois aussi besoin d'être formées car elles sont souvent issues du bâtiment, où l'approche diffère de celle des infrastructures, dans laquelle nous sommes spécialisés », illustre Sylvie Cassan, directrice du projet BIM chez Systra. Une chose est sûre : « Pour devenir BIM manager à la sortie d'une école, il faut, au minimum, consacrer son projet de fin d'études à la maquette numérique, prévient Marie Bagieu, directrice des études à l'Ecole supérieure d'ingénieurs des travaux de la construction (Esitc) Caen. Tous nos élèves vont acquérir des compétences en BIM. Mais devenir BIM manager demande aussi de l'expérience. »

Stratégie professionnelle. Chloé Clair, directrice de l'ingénierie de Vinci Construction, ne dit pas autre chose. « Certains jeunes se figurent qu'ils vont exercer cette fonction à l'issue de leurs études. Or, un bon BIM manager est un jeune conducteur de travaux ou un ingénieur technique qui a passé deux ou trois ans sur un chantier ou en études. » Dans le même ordre d'idées, le mastère spécialisé « BIM » de l'ENPC-ESTP s'adresse principalement à des professionnels qui ont en moyenne une dizaine d'années de pratique, et qui le suivent donc dans le cadre de la formation continue. « Les jeunes diplômés qui sont également accueillis doivent attester d'un minimum d'expérience, et d'une stratégie professionnelle définie », indique Olivier Celnik. A la clé de ce cursus de 400 heures, un diplôme à forte valeur ajoutée sur un CV. De quoi fournir aux employeurs, dans leur réponse à un appel d'offres, la preuve de leur maturité en matière de maquette numérique.

C'est aussi l'objet de la certification d'utilisateur du BIM que lance Socotec (lire ci-contre, p. 12) . Une formation continue pour les professionnels souhaitant devenir BIM managers ouvrira par ailleurs ses portes à la rentrée de janvier 2019 à l'Ecole nationale supérieure d'architecture de Saint-Etienne (Ensase). « Un cursus important, car cette fonction requiert à la fois des compétences métier, techniques et humaines », souligne Lionel Ray, enseignant à l'Ensase. « Sur le plan technique, le BIM manager doit notamment gérer l'interopérabilité entre les applications utilisées par les différents intervenants. Il est garant du respect des règles imposées et de la qualité des livrables lors de la transmission de la maquette numérique au maître d'ouvrage. »

Des qualités humaines indispensables. Loin d'être cantonné à la maîtrise du processus BIM et des outils, ce professionnel au cœur des interactions se doit d'être pédagogue. « Un bon BIM manager doit posséder des qualités en matière de relations humaines : en interne, il communique auprès de personnes de différentes équipes et transmet ses connaissances, et il fait collaborer les intervenants à un projet et doit ainsi les fédérer. Cette qualité de communication s'avère encore plus primordiale vis-à-vis de l'externe », développe Emmanuel Di Giacomo. « Il s'agit également d'avoir une appétence pour la veille technologique, se tenir informé de l'actualité à l'étranger, et être capable de comprendre l'anglais lu », complète Jean-Noël Burnod, directeur des systèmes d'information au sein d'Ateliers 2/3/4. Autant de compétences qui sont de plus en plus convoitées sur le marché de l'emploi. « Ces deux dernières années, la fonction de BIM manager s'est précisée : les employeurs l'ont inscrite dans leurs grilles de postes, et leurs demandes sont désormais mieux définies », note Anaïs Mathy, manager exécutif chez Michael Page.

Parallèlement, les CV des candidats sont aussi mieux renseignés. « Nous sommes en veille perpétuelle, mais les BIM managers restent assez rares. D'autant plus pour nous, présents à l'international, qui recherchons des candidats maîtrisant l'anglais », pointe Odile Chaumont, DRH d'Arcadis. « Les employeurs veulent surtout des professionnels de niveau bac + 5, avec cinq ans d'expérience sur le BIM », observe Taïna Teheiura, consultante en recrutement chez Fed Construction. Avec une difficulté : les BIM managers en poste, requis par le défi que représente le projet qu'ils sont en train de construire, ne sont pas toujours tentés par une nouvelle aventure à l'extérieur. En tout cas, les candidats sur le marché, conscients de leur valeur, se montrent particulièrement exigeants en matière de rémunération. Jean-Noël Burnod, qui constate ainsi « une nette hausse des salaires à l'embauche depuis un an », se dit prêt à consentir des efforts « si la personne n'est pas junior ».

Les BIM managers trouvent leur place dans des organisations qui varient selon les structures. Chez Arcadis par exemple, ils officient dans chaque ligne d'activité (infrastructures, bâtiment, environnement), avec cependant le projet d'évoluer à terme vers des rôles et des fonctions transversales. Chez Ateliers 2/3/4, ils travaillent au sein de la direction des systèmes d'information. Le groupe Legendre, quant à lui, a récemment créé une cellule préconstruction regroupant les pôles « méthodes », « synthèses », et « modélisation », où exercent des BIM managers.

Un métier qui va muter. Ce profil va se transformer à moyen terme. « Les besoins vont évoluer, jusqu'à ce que, d'ici à cinq ans peut-être, tous les professionnels montent en compétence sur le BIM, et puissent collaborer de manière autonome, prédit Pascal Loisel. Dans le cadre de la digitalisation que va connaître le secteur, le BIM management évoluera vers une fonction de management de la donnée (BIM data). » D'autres nouvelles tendances, comme l'intelligence artificielle, la conception assistée par ordinateur ou la réalité augmentée, pourraient influer sur les métiers du BTP. « Le BIM management n'est ainsi qu'une étape vers l'émergence de postes en lien avec les nouvelles technologies qui vont faire irruption sur les chantiers », conclut Chloé Clair.

Des compétences bientôt certifiées

Socotec Certification France va déployer au mois de juillet un dispositif de certification BIM, qui vise à reconnaître la compétence des personnes. « La certification “ BIM user ” comporte deux niveaux, le second correspondant au niveau de maîtrise d'un BIM manager », explique Xavier Daniel, directeur de la branche d'activité certification. Ce système s'adresse aux professionnels exerçant en entreprise de construction, au sein de la maîtrise d'ouvrage ou de la maîtrise d'œuvre.

L'enjeu ? Le détenteur du certificat sera « en mesure de présenter à un recruteur une reconnaissance délivrée par un tiers indépendant », avance Xavier Daniel. Quant à l'employeur qui répond à un appel d'offres, il pourra prouver que ses collaborateurs maîtrisent ces compétences. « La certification intervient en aval des formations initiales et continues sur le BIM, et n'a donc pas vocation à s'y substituer », précise-t-il. L'intéressé passe donc une évaluation théorique sous forme de questionnaire à choix multiples (QCM) et un examen pratique en face-à-face avec un expert du BIM. La certification est valable deux ans, à l'issue desquels la personne repasse un QCM réactualisé et un examen pratique.

« Une profession pour les curieux »

« L'un des intérêts de la fonction de BIM manager est sa diversité, et la richesse des domaines d'applications », estime Damien Lefranc, BIM coordinateur chez Legendre. Car on retrouve cette fonction aussi bien dans des entreprises de construction que dans des cabinets d'architectes ou chez des industriels. De quoi occuper pleinement une carrière. C'est un séjour de deux mois, organisé en 2013 dans le cadre d'un workshop entre l'Esitc Caen et une université partenaire au Danemark, qui convainc Damien Lefranc de consacrer son projet de fin d'études au BIM. Mais l'entreprise qui l'accueille en apprentissage n'est pas prête à mettre cette méthode en place. Il intègre le groupe Legendre en 2014, après avoir décroché son diplôme. « Je me suis formé sur le terrain, avec l'aide d'un collègue plus expérimenté. Chez Legendre, on peut visualiser la maquette numérique par l'intermédiaire de la réalité virtuelle. Peut-être cela sera-t-il le cas, un jour, avec la réalité augmentée.

Le BIM management est à mes yeux un domaine épanouissant. Les missions de veille technologique permettent de “ rester dans le coup ”, ce qui enrichit ma vie personnelle. C'est un métier pour les curieux ! La création de cette fonction dans le BTP étant très récente, mon expérience me permet déjà d'enseigner le BIM management dans des écoles d'ingénieurs ou en IUT. Il faudrait d'ailleurs former tous les niveaux, à partir du bac, aux bases de logiciels de modélisation les plus utilisés, comme Revit. »

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« J'ai essuyé les plâtres »

Alors élève en quatrième année de l'Ecole d'architecture de Versailles, Christophe Phanouvong découvre le BIM aux Etats-Unis dès 2009, dans le cadre d'un échange avec l'université de l'Illinois. « J'ai appris sur place à utiliser le logiciel Revit, que tous les étudiants américains maîtrisaient déjà. » Le jeune homme prend ainsi de l'avance en se familiarisant avec ces nouveaux outils. « A mon retour en France, en 2010, personne ne parlait de BIM. » Son diplôme en poche, Christophe Phanouvong rejoint Aéroports de Paris en 2012, d'abord en tant qu'administrateur DAO, puis évolue l'année suivante vers un poste de BIM manager. « J'ai aidé à mettre en place le processus BIM sur le projet “ Jonction ” et élaboré la méthodologie en interne.

Pendant les six premiers mois, nous avons essuyé les plâtres ! » Le jeune professionnel intègre, en 2014, la première promotion du « mastère BIM » de l'ESTP et de l'ENPC. « Aujourd'hui BIM manager chez Arcadis, je mets en place le processus BIM sur les projets, en bâtiment comme en infrastructures.

J'ai ainsi créé une convention que tous les intervenants doivent respecter.

Je mets également le BIM en place en interne, et sensibilise la communauté dans le cadre d'une politique 100 % BIM. Compte tenu de la jeunesse de cette fonction, que j'exerce depuis cinq ans, je suis considéré comme très expérimenté. Mais à terme, les employeurs pourront se passer de BIM manager, car les chefs de projet auront intégré ces compétences. »

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« Aider et former mes collègues »

« Pendant mes études à l'ESTP, j'étais déjà “ geek ”, et je m'intéressais de façon informelle au BIM, se remémore Simon Moreau. J'ai donc choisi de travailler sur ce thème dans le cadre de mon stage de fin d'études. » Diplômé en 2011, le jeune ingénieur exerce d'abord en bureaux d'études, avant de rejoindre Bouygues Immobilier comme BIM manager il y a un an et demi. « Je fais partie d'une équipe chargée de définir la méthode de travail en BIM, et de mettre en place les outils qui permettent de la déployer autour de la maquette numérique (logiciels, contrats, documentation… ).

Je suis responsable de son développement en interne, et auprès de nos partenaires, architectes et bureaux d'études. La conduite du changement représente une part importante de mon travail, car le BIM engendre une nouvelle manière de travailler, ce qui implique notamment de dispenser des formations au sein de l'entreprise. J'occupe chez Bouygues Immobilier une fonction transverse, donc assez proche d'une fonction support, tandis que certains BIM managers d'autres structures exercent des missions plus opérationnelles.

Ce qui me plaît le plus ? La possibilité d'aider et de former mes collègues, afin de faciliter leur quotidien.

L'aspect technique du métier, qui consiste à trouver des solutions aux problématiques liées à la construction, m'intéresse également beaucoup. »

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