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Bilan de Cécile Duflot au logement : le
Cécile Duflot entourée de Didier Ridoret président de la FFB et de Patrick Liébus président de la Capeb lors de la signature des chartes RGE à Batimat le 4 novembre 2013 - © ©

Bilan de Cécile Duflot au logement : le "j'aime, j'aime pas" des professionnels

Laurence Francqueville et Frédérique Vergne |  le 01/04/2014  |  TechniqueBâtimentEtat

Durant deux années, les présidents de la FFB, de la Capeb, de l'USH, de l'UMF et de la FPI ont très régulièrement travaillé avec Cécile Duflot, désormais ex-ministre du Logement. Qu'en retiennent-ils ?

Didier Ridoret, président de la FFB

Il aime : le PLUI, la densification, le fonds travaux obligatoire en copropriété, la concertation "Objectifs 500 000"...

Il n'aime pas : la garantie universelle des loyers, la lenteur des décisions

C’est un sentiment mitigé qu’exprime Didier Ridoret, président de la FFB (qui laissera son fauteuil le 13 juin prochain à Jacques Chanut), au sujet du bilan de Cécile Duflot au ministère du Logement. « Il y a du très bon, du bon, du mauvais et du très mauvais, énumère-t-il. Certaines mesures de la loi Alur sont positives, comme le transfert automatique de la compétence du Plan local d’urbanisme à l’intercommunalité, la densification ou encore le fonds de travaux obligatoire pour les copropriétés de plus de dix lots. Dans les points positifs, j’ajouterai également les ordonnances prises, destinées à lutter contre les recours abusifs et à lever les difficultés inhérentes à certains projets de construction ». Si Didier Ridoret reconnaît une grande accessibilité de la ministre, il estime cependant qu’elle « est pétrie de certitudes, quitte à ne pas écouter ses interlocuteurs ». Ce fût notamment  le cas pour la garantie universelle des loyers (GUL), l’indemnisation des bailleurs en cas d’impayés qui entrera en vigueur le 1er janvier 2016. « La GUL est une véritable usine à gaz qui ne servira à rien, estime Didier Ridoret. Nous étions de nombreux professionnels à vouloir lui faire comprendre, mais nous n’avons pas été entendus. L’encadrement des loyers est aussi un sujet qui cristallise tous les mécontentements. Mieux vaut construire plus pour baisser les loyers ».

Parallèlement à la loi Alur, l’initiative « Objectifs 500 000 » de Cécile Duflot a été appréciée par Didier Ridoret : «Les coûts de construction doivent être baissés. Mais ce que l’on peut regretter, c’est d’avoir attendu deux ans pour trouver les bons leviers. A chaque fois et quels que soient les ministres du Logement, les décisions sont longues à prendre, alors que face à l’inertie propre à notre activité, il faut que les mesures soient mises en œuvre rapidement ». Enfin, Didier Ridoret  estime que la ministre a fait ce qu’il fallait pour qu’Action Logement reste en vie, « elle nous a défendu et accompagné par rapport à Bercy». Il est vrai que Cécile Duflot a été collaboratrice dans un organisme régional de collecte du 1% logement.

Patrick Liébus, président de la Capeb

Il aime : "Objectifs 500 000" : les bases sont enfin posées

Il n'aime pas : la mésentente Duflot/Batho qui a ralenti plusieurs dossiers quand le bâtiment souffrait

Sur le bilan de Cécile Duflot, Patrick Liébus, président de la Capeb, a le sentiment du temps perdu et de la lenteur des décisions prises. «Concernant Objectifs 500 000, nous avons passé beaucoup de temps en réunion pour aboutir seulement la semaine dernière à certaines mesures dévoilées dans vos colonnes le 18 mars (voir notre article). Le temps, il en a également fallu entre l’annonce en mars 2013 par le président de la République du plan d’urgence en faveur du logement et du bâtiment et les mesures prises, alors qu’entre-temps notre secteur s’appauvrissait en moyens et en compétences ». Certes, Cécile Duflot, femme de tempérament, « dure en affaires » avait la volonté de bien faire, selon Patrick Liébus, mais «en avait-elle les moyens ?», s’interroge-t-il. « Nous avons aussi l’impression d’avoir subi les mésententes entre les ministères du Logement et de l’Ecologie quand Delphine Batho était en place. Le duo ne fonctionnant pas, nos dossiers, notamment sur la rénovation énergétique, sont longtemps restés en attente ». Quant à la loi Alur, le président de la Capeb estime que les contraintes ne vont pas inciter les investisseurs à se lancer dans le locatif.  S’il considère que les bases sont enfin posées (au bout de deux ans !) pour construire et rénover plus et mieux, Patrick Liébus espère maintenant qu’il y aura « un ministère de combat du Logement et de l’Ecologie ».

Jean-Louis Dumont, président de l’Union sociale pour l’habitat (USH)

Il aime : la forte volonté de mobilisation du foncier public

Il n'aime pas : les fortes réticences de la haute administration

« Le monde HLM regrettera Cécile Duflot. Fine politique certes mais nous avons fait un excellent travail avec elle. Elle sait écouter, mobiliser, analyser, prendre en compte les suggestions éventuelles. La ministre en partance aura mis en œuvre les objectifs fixés par le président de la République, ce qui n’est pas le cas de tous les ministres. Pour ma part, je retiens essentiellement sa forte volonté de mobilisation du foncier public, malgré les fortes réticences de la haute administration, et sa volonté d’agir en faveur du logement social ».

Christian Louis-Victor, président de l’Union des maisons françaises (UMF)

Il aime : la démarche de simplification et de réduction des coûts dans le cadre d' "Objectifs 500 000"

Il n'aime pas : les mots "maison" et "accession", absents du vocabulaire de Cécile Duflot

« De l’action de Cécile Duflot au cours de ces deux années, je retiens une politique avec beaucoup de points de suspension. Une volonté affirmée, des convictions, mais au final rien de déterminant sur l’accession sociale à la propriété. Certes la situation économique n’est pas facile. Mais pas une seule fois la ministre, avec ses convictions fortes, n’a prononcé le mot accession ou maison. Quand on fait une mauvaise photographie du terrain au départ, on prend les mauvaises décisions. Une politique du logement doit s’inscrire dans la durée, en travaillant à la fois sur le locatif et sur l’accession.

Pour le reste, je salue toutefois  la mise en place de la démarche de simplification et de réduction des coûts dans le cadre de la concertation «Objectifs 500 000» et le travail de toute la profession, même si je suis beaucoup moins satisfait des résultats. De nombreuses problématiques ont été mises sur la table. J’espère qu’elles seront retravaillées par la suite».

François Payelle, président de la Fédération des promoteurs immobiliers (FPI)

Il aime : la mobilisation du foncier public, le dispositif d'investissement locatif, les ordonnances sur les recours et le logement intermédiaire...

Il n'aime pas : le PLUI pas assez ambitieux, l'encadrement des loyers, l'accession oubliée

« Cécile Duflot a permis d’avancer sur de vrais sujets: sa volonté de mobilisation du foncier public qui méritera toutefois une volonté farouche de l’Etat pour se concrétiser; le dispositif d’investissement locatif « Duflot », qui est pertinent dans sa conception même s’il a été stabilisé trop tard ; les ordonnances sur les recours et sur le logement intermédiaire, même si ce dernier texte ne paraît pas simple à mettre en œuvre ; la volonté de s’attaquer à l’inflation des coûts de construction due aux nouvelles normes et la mise en place d’une nouvelle gouvernance, notamment via des études d’impact pour toute nouvelle réglementation.

La profession que je représente est en revanche beaucoup plus réservée sur la loi Alur car nous craignons que le choc de simplification annoncé tarde à se manifester : certaines intentions sur l’urbanisme de projet ou le remembrement foncier sont intéressantes mais attention à la multiplication des outils et des structures qui rallongent délais et coûts des opérations… Quant au PLU intercommunal, le gouvernement a malheureusement accepté un dispositif très diminué par rapport au texte d’origine. Enfin, l’encadrement des loyers est un facteur d’inquiétude pour les investisseurs qui ne va pas aider à construire plus.

Dernier regret, plus général celui-là, sur le fait que la ministre n’ait jamais mis l’accession à la propriété au cœur du sujet. Nous pensons pourtant qu’il s’agit d’un élément de réponse pour relancer le secteur et qu’il existe des solutions pour l’aider sans peser davantage qu’aujourd’hui sur les finances publiques. »

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