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Béton Une fine passerelle de Ductal dans un paysage classé
PHOTO - Tech70 ductal1.eps - © FREYSSINET

Béton Une fine passerelle de Ductal dans un paysage classé

philippe donnaes |  le 29/09/2008  |  ArchitectureRéalisationsAménagement

Une passerelle de 72 m de portée, constituée de quinze voussoirs préfabriqués de 10,5 tonnes, a été réalisée en béton fibré à ultra-hautes performances afin d’offrir une forme mince et élancée, respectueuse du site des gorges de l’Hérault.

Le site du Pont du Diable, au débouché des gorges de l’Hérault, est un lieu de paysage millénaire classé au Patrimoine mondial de l’Unesco, au titre du chemin de Saint-Jacques de Compostelle. Le projet d’aménagement des berges (1) comprend la construction d’une passerelle piétonne de 72 m de portée, fine et élancée, dont la facture minérale est à l’image du paysage rocailleux dans lequel elle s’insère. Elle devait par ailleurs, selon l’architecte Rudy Ricciotti, « être en dialogue avec les ouvrages existants du site, à savoir le Pont du Diable – l’un des plus vieux exemplaires de pont roman de l’Hexagone – et le pont routier qui marque la fin du XIXe siècle ». Pour assurer ce double objectif d’intégration paysagère et de continuité historique dans l’évolution des techniques constructives, le choix de l’architecte s’est porté sur un BFUHP (béton fibré à ultra-hautes performances), en l’occurrence le Ductal de Lafarge.

Précision de pose et de préfabrication

Chacune des deux culées (2,60 x 0,60 x 0,50 m) a été fondée sur deux micropieux de 18 m de profondeur (diamètre 250 mm), implantés en croix, le terrain étant principalement constitué d’éboulis. Les quinze voussoirs de 4,80 m de longueur et 10,5 tonnes qui constituent la passerelle ont, quant à eux, été préfabriqués dans l’usine de Vendargues (Hérault) de Bonna Sabla. « Les méthodes de préfabrication retenues par le groupement ont nécessité une précision extrême, souligne Jacky Leboeuf, le responsable de secteur de Freyssinet, les tolérances admises sur la réalisation d’un voussoir étant de 4/10 de millimètre sur la longueur de l’élément, le parallélisme et la planéité des faces. »

Autre contrainte de précision : la mise en œuvre de l’échafaudage de 15 m de hauteur et 70 m de longueur permettant de franchir la brèche. « Le montage de cette structure métallique, destinée à supporter l’ouvrage en phase constructive, requérait également une grande rigueur, explique François Teply, le responsable technique de l’agence de Gémenos (Bouches-du-Rhône) de Freyssinet, eu égard aux tolérances de pose qui nous étaient imposées. » L’écart ne devait pas dépasser le millimètre en altimétrie entre deux voussoirs consécutifs, la précision en alignement étant quant à elle de l’ordre du 10e de millimètre ! « Le respect de l’axe longitudinal est en effet fondamental. »

Autre problématique abordée en amont par le service d’études de Freyssinet : la souplesse et l’élancement extrême de l’ouvrage (hauteur de 1,80 m et contre-flèche de 60 cm), caractéristiques pouvant induire des problèmes d’instabilité. « Avec une fréquence propre à 0,85 Hz, le risque de mise en résonance ne venait pas du trafic des piétons qui, classiquement, évoluent à 2 Hz, poursuit François Teply. Le risque principal provient du vent qui, en soufflant transversalement, peut créer des détachements tourbillonnaires susceptibles de provoquer la mise en résonance. »

Deux amortisseurs de 700 kg positionnés à mi-travée

La forme atypique de l’ouvrage, qui ne permettait pas d’appliquer les formules de calcul classiques, a donc nécessité une campagne préalable de modélisation et d’essais en soufflerie dans l’installation nantaise du Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB). « Les résultats ont démontré la pertinence de nos prévisions, d’où la nécessité de positionner deux amortisseurs de masse accordés de 700 kg, à mi-travée de l’ouvrage. » Dans la pratique, l’approvisionnement des éléments s’est effectué par la route, chaque voussoir étant livré au moment de la pose en raison de l’exiguïté du site qui interdisait toute possibilité de stockage. Une fois levés par l’intermédiaire d’une grue automotrice puis positionnés, les voussoirs ont été encollés puis serrés sous une pression de 0,3 MPa. Les réglages nécessaires ont été effectués au moyen de patins spécifiques et des barres de serrage Freyssibar, l’ensemble du dispositif garantissant un ajustement parfait avant le serrage. « Une des difficultés a été de trouver la résine compatible avec ce type de béton, en l’occurrence la Parexlanko 532 Utarep H 80 C (Lafarge), souligne François Teply. Celle-ci constitue le maillon faible de l’assemblage, contrairement à un ouvrage classique, en raison des performances de résistance en compression du Ductal. »

L’entreprise a ensuite procédé à l’enfilage des câbles gainés graissés de postcontrainte, la mise en tension s’effectuant en deux phases. La première a permis de transférer l’ensemble du poids propre de l’ouvrage et des surcharges de chantier vers les extrémités du cintre. La passerelle a ensuite été remontée de 2 cm par vérinage, afin de faire transiter l’ensemble des efforts dans les culées, la précontrainte définitive pouvant alors être appliquée.

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