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Béton « esthétique » sur un front de mer

RICHARD GOASGUEN |  le 09/10/1998  |  BétonProduits et matérielsEnvironnementDéchetsSecond œuvre

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LE CHANTIER La Porte Océane, au Havre. LE PROGRAMME 5 000 m2 de voirie, avec éclairages et espaces verts. LES SOLUTIONS Couches de forme avec des mâchefers d'incinération d'ordures ménagères (Miom) ; béton désactivé B 32 contenant des fibres synthétiques de polypropylène ; fractionnement par réglettes PVC et sciage.

Dès 1993, la ville du Havre a décidé de « relooker » son front de mer, en faisant appel notamment au béton désactivé. Un choix esthétique, une « signature de la ville ». Mais aussi une technique qui évolue et progresse tant, que le de la phase sud vient d'être livré avec deux mois d'avance sur les délais prévus.

« Facilité de mise en oeuvre et d'entretien, durabilité, sans oublier l'efficacité de l'entreprise..., nous avons tout lieu d'être satisfaits d'avoir encore une fois eu recours au béton désactivé », se félicite Christian Roger, ingénieur en chef de la ville du Havre, responsable des travaux de voirie et de l'éclairage public. Depuis cinq ans, de proche en proche, la Porte Océane change en effet de visage (50 millions de francs ont été consacrés à la voirie de surface) et le béton désactivé y a été largement utilisé. Pour la partie plage d'abord, sous l'oeil de l'architecte Alexandre Chemetoff, puis pour la partie nord, dite de l'Anse des Régates. Pour les abords du musée Malraux enfin, lui-même en cours de rénovation (il sera livré au printemps prochain).

« Le choix est également esthétique, étant donné les couleurs naturelles que l'on peut obtenir. Elles rappellent en l'occurrence à la fois les galets de la plage et le béton de reconstruction de l'époque d'Auguste Perret. Ce choix a d'ailleurs été fait en coordination avec les architectes du musée, qui ont prévu pour celui-ci un parvis minéral avec des pierres de granit », ajoute Yan Masson, technicien territorial en charge du chantier.

Esthétique et rapidité de mise en oeuvre

Oubliées les microfissurations des premières expériences dans ce domaine. « La technique est aujourd'hui éprouvée. L'un de ses principaux avantages, c'est la possibilité de couvrir des surfaces importantes rapidement », souligne Christian Roger. Pour preuve : prévu pour durer sept mois - selon un planning déjà serré, aux dires des différents partenaires, avec obligations contractuelles pour les entreprises d'une livraison au 15 novembre -, le chantier a pu être livré avant le 20 septembre, date à laquelle les participants au marathon de Normandie croisent traditionnellement le sémaphore avant d'achever leur cavalcade. Et ce malgré les caprices météorologiques d'une fin d'été tourmentée.

Un fractionnement classique

« Pour les phases de dimensionnement des fractionnements, nous avons fait appel aux deux techniques classiques », explique Francis Pottier, directeur de l'agence littoral Calvados de l'Entreprise Jean Lefebvre. Soit les réglettes en PVC, qui servent également de coffrage, délimitent les zones de coulage et permettent de gérer les pentes entre les points hauts et bas. Soit le sciage pour les zones étroites et longues, avec un trait de scie tous les 25 mètres carrés environ. Ce recours au fractionnement présente un autre avantage : la possibilité d'aménager des aires d'accès aux camions malaxeurs. Non armé et prêt à l'emploi, le béton désactivé (norme XP P 18305) proposé au Havre contient des fibres synthétiques de polypropylène.

« Cela remplace avantageusement les treillis soudés antifissuration et permet au béton de garder sa résistance mécanique », note Christophe Delhaye, responsable des produits spéciaux chez Béton de France Normandie (RMC France).

Pour cette partie sud du front de mer havrais, l'entreprise Jean Lefebvre a utilisé un matériau de rapport gravillon/sable compris entre 1,8 et 2, contre 1,2 avec du béton traditionnel. Le gravillon semi-concassé a été fourni par Matériaux de Basse-Seine (MBS, groupe Jean Lefebvre), et le ciment, par la cimenterie Lafarge (CPJ 42,5).

Plastifiant et entraîneur d'air

Les adjuvants utilisés étaient de marque Sika. Il s'agissait d'un plastifiant destiné à réduire le rapport eau/ciment et à faciliter la mise en oeuvre, ainsi que d'un entraîneur d'air destiné à provoquer un micro-bullage et à permettre ainsi au béton de supporter ultérieurement le cycle gel-dégel.

Répondant à la classe d'environnement 3 (gel et sels), ce béton de voirie présente une résistance à la compression B 32 (32 MPa à 28 jours). En ce qui concerne la désactivation, le principe est classique : il s'agit de pulvériser un acide en surface sur le béton frais, dans le but de neutraliser la prise sur 5 millimètres d'épaisseur en surface.

Se méfier des intempéries

Les phases suivantes sont tout aussi classiques : nettoyage haute-pression des fibres de ciment, après protection préalable de l'environnement (bordures, pavés, etc.) afin d'éviter les éclaboussures. « La principale difficulté consiste à trouver une "fenêtre" météorologique favorable, sans grosse averse qui viendrait modifier la surface et empêcher le désactivant de remplir sa fonction, souligne Francis Pottier. Ceci suppose un cadencement précis des opérations. Le temps de mise en oeuvre pour une surface de 300 m2 s'établit à environ 12 heures ».

Entre l'option désactivants en phase aqueuse ou désactivants solvantés, les opérateurs du chantier havrais ont choisi la deuxième famille de produits. « Ils offrent l'avantage de résister à l'eau dès qu'ils sont secs, et de devenir inertes dès leur prise. Ils font office de produit de cure. Une fois les paillettes lavées au nettoyeur haute pression, elles deviennent inertes », note Christophe Delhaye.

Pas plus cher qu'un béton-asphalte

« Notre marge de sécurité, la souplesse d'utilisation ainsi que la fiabilité de réalisation peuvent être imputées à ce choix de désactivant », insiste Hubert Bonvillain, chef du Centre du Havre de Jean-Lefebvre. Autre fait marquant de ce chantier, souligné par la maîtrise d'ouvrage : l'entreprise a pris la précaution de filtrer, par traitements mécanique et physique, toutes les eaux de lavage, afin de ne pas encombrer les réseaux d'eaux pluviales. Dernier point et non des moindres : le coût. Sur cette question, les responsables techniques de la ville du Havre sont formels, les prix sont comparables au traditionnel mariage béton-asphalte(respectivement 10 cm et 2 cm d'épaisseur). « Encore faut-il pouvoir disposer à proximité des granulats souhaités, tant pour leur forme que pour leur couleur », admet Francis Pottier. Cette même technique sera de nouveau utilisée en 1999 pour la dernière phase d'aménagement du front de mer, celle qui jouxte le nouveau bassin de stockage des eaux usées de 50 000 m3, achevé au printemps dernier pour 100 millions de francs (« Le Moniteur » du 9 janvier 1998, p. 57).

FICHE TECHNIQUE

Maîtrise d'ouvrage : ville du Havre.

Maîtrise d'oeuvre : services techniques de la ville (conception et études : Etienne Lemmel).

Génie civil et VRD : Entreprise Jean-Lefebvre (5 MF).

Béton désactivé : Béton de France (RMC) (700 000 francs pour 5 000 m2).

Eclairages : Agence havraise de S3E (1 million de francs).

Espaces verts : Environnement Service (1 million de francs).

Délais : mai 1998-fin septembre 1998.

PLAN : 1. Le front de mer du Havre fait l'objet de gros travaux de voirie, dans le quartier de la Porte Océane et autour du musée Malraux.

PHOTOS : 2. La ville a retenu le béton désactivé pour l'aménagement des nouveaux trottoirs et de l'esplanade du musée.

3. Les surfaces bétonnées contiennent des fibres de propylène et sont fractionnées dès l'exécution, au moyen de réglettes en PVC.

4. et 5. Les aménagements du littoral comprennent aussi l'installation de nouveaux éclairages, dont les mâts sont noyés en pied dans le béton désactivé.

6. Au total, les travaux concernent une superficie de 5 000 m2, par plots de 25 m2 au maximum.

SCHEMA COUPE DE TROTTOIRS Selon l'usage - circulations piétonnes ou cyclistes - la voirie est traitée au béton ou à l'asphalte. L'ensemble est en tout état de cause reprofilé par une couche de Miom 0/20 mm.

Du Miom (1) en couche de forme

Lors des appels d'offres, les responsables de l'entreprise Jean Lefebvre ont proposé une variante à la ville du Havre, qui l'a retenue. « Il s'agissait de remplacer le tout-venant prévu pour les couches de forme, en graves non traitées (GNT), par un scorgrave, nouveau produit issu du criblage et du concassage de Miom, un matériau 0/20 mm », explique Hubert Bonvillain.

Double avantage de ce produit : c'est un produit de recyclage, et son coût est moindre. Ces Miom proviennent d'une filiale Jean Lefebvre installée près du pont de Normandie. Le mâchefer brut sortant de l'usine d'incinération n'est pas calibré et contient des résidus indésirables, tels que des métaux ferreux et non ferreux et des imbrûlés légers. Le mâchefer 0/20 obtenu après le traitement mécanique est stocké dans des casiers, où il subit une phase de maturation d'environ trois mois, ce qui permet de le stabiliser. Ces procédés Jean Lefebvre de stabilisation des mâchefers font l'objet de brevets. Baptisés scorgrave pour la GNT utilisée seule, ils deviennent scorcim B ou C pour la grave 0/20 traitée aux liants hydrauliques, selon la teneur en liant. Ils peuvent également être traités à la mousse de bitume (scormousse) Leurs domaines d'emploi sont les remblais (chaussée, remblais techniques d'ouvrages d'art, tranchées), les couches de forme des chaussées, les couches de fondation des chaussées et, sous certaines conditions, les couches de base. Les mises en oeuvre s'effectuent à la niveleuse par couches de 35 cm maximum (25 cm dans les tranchées). Leur compactage obligatoire se fait à l'aide de cylindres vibrants de type VM1-VM2-VM3, complété, si nécessaire, selon les épaisseurs et les tonnages, par des compacteurs à pneus P1 ou P2. « La très bonne stabilité immédiate permet la circulation de chantier, note Hubert Bonvillain. La bonne compactibilité permet l'obtention des objectifs de compacité fixés. La densité Proctor de référence est toutefois variable et l'on a intérêt à utiliser la méthode de contrôle de densité de Q/S. Pour faciliter la densification et obtenir un bon état de surface, il faut, lors de la mise en oeuvre, maintenir une teneur en eau proche de l'OPM. Enfin, sur les couches de forme ou de fondation soumises à la circulation de chantier, il est préconisé d'appliquer un enduit de cure (1,5 kg/m2 d'émulsion) ou de prévoir un arrosage. » « Le recours à ce type de produits de revalorisation correspond à une tendance croissante qui se retrouvera de plus en plus dans les appels d'offres de la ville », conclut Christian Roger.

(1) Miom : mâchefers d'incinération d'ordures ménagères

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