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Béton : « Eco-récifs » et « éco-cavaliers » à base de coquillages
L’émissaire est lesté par des éco-cavaliers de 4t étudiés pour favoriser la biodiversité. - © © Ph. Donnaes/Cahiers Techniques du Bâtiment

Béton : « Eco-récifs » et « éco-cavaliers » à base de coquillages

le 06/06/2012  |  Corse-du-SudInternationalTechnique

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Afin de lester et protéger un émissaire en fonte qui assure le rejet en mer d’eaux traitées d’une station d’épuration, les Industries Sartenaises et Razel-Bec ont fabriqué des lests sous forme de cavaliers et de récifs. Ces éléments en béton fibré polypropylène, on la particularité de contenir une part de broyat de coquillages  qui, substitué au sable du béton, améliore l’écologie du composé et favorise le développement d’une biodiversité.

La protection de la biodiversité marine est aujourd’hui un enjeu majeur pour tous les projets d’aménagements en façade littorale, ceux-ci s’accompagnant désormais de mesures compensatoires afin de limiter leur empreinte écologique. Exemple avec la Communauté de Communes Sartenais-Valinco (Corse-du-Sud) qui, dès les premières études visant à la construction de sa nouvelle station d’épuration (STEP), a souhaité s’inscrire dans cette démarche en choisissant une solution plus durable susceptible de favoriser la faune et la flore aquatiques. L’ouvrage situé à Capo Lauroso, au large de Propriano, comprend en effet un émissaire en fonte de 1100 m (diamètre 500 mm) qui assure le rejet en mer des eaux traitées dans la station.

Ecodesign pour les récifs

« La conduite, immergée jusqu’à 35 m de profondeur, devait être lestée par l’intermédiaire de 45 cavaliers béton afin d’éviter tout risque de déplacement sous l’effet de l’action du vent et des courants » explique Frédéric Martareche, Directeur Export de Razel-Bec (groupe Fayat). La mise en œuvre de récifs artificiels, destinés à assurer la protection du diffuseur contre l’éventuel chalutage sauvage, figurait également au programme. Sur les conseils de son maître d’oeuvre, l’intercommunalité a donc privilégié l’innovation en optant pour une solution « d’éco-cavaliers », déjà expérimentée par Egis Eau sur l’île de Mayotte. Ces lests en béton (4 tonnes), caractérisés par leur forme particulière, sont conçus pour remplir une fonction d’habitat pour la flore et la faune. Parallèlement, et afin de protéger l’émissaire en mer, 15 « écorécifs » (poids unitaire 10 t), similaires aux prototypes immergés au Cap d’Agde (voir encadré), ont été préfabriqués dans l’usine des Industries Sartenaises, à Propriano. Ces structures particulières, qui bénéficient également d’un « éco-design », sont composées de quatre plaques empilées (diamètre 3 m), reposant sur trois pieds. Les nombreux interstices de dimensions variables, façonnés au moyen de murets, permettent de créer une grande diversité d’habitats qui favorise ainsi leur colonisation par des espèces nombreuses et variées. « Les plaques en béton sont reliées par un système non métallique, pour lequel un brevet a été déposé» souligne Frédéric Martareche. « Toute ces structures immergées sont par ailleurs exemptes d’armatures, celles-ci étant remplacées par des fibres en polypropylène ». Leur état de surface (porosité, rugosité) particulier a également été étudié en vue de faciliter l’accrochage des micro-organismes, l’arrivée de ces derniers favorisant par la même le développement des algues et des animaux filtreurs : hydraires, spongiaires, annélides, mollusques.

Des coquilles dans le béton

 

A noter qu’au plan économique le surcoût engendré par cette démarche environnementale serait inférieur à 10%, en regard de la mise en œuvre de parallélépipèdes béton  classique. Dans la pratique, les possibilités d’application de structures fibrées seraient nombreuses. « Elles concernent la construction de tous les ouvrages sous-marins, des digues aux récifs en passant par tous les corps morts avec, au premier rang, la construction des fondations des éoliennes off-shore, tous ces ouvrages méritant, à l’avenir, d’être traités comme des contributeurs de développement de la biodiversité ». La prochaine évolution du procédé pourrait être l’emploi d’un béton coquillé déjà testé sur d’autres prototypes. Sans entrer dans les arcanes d’une formulation confidentielle, qui constitue bien entendu une des clefs du produit, Frédéric Martareche révèle que « dans ce béton, une fraction de sables est remplacée par des coquilles concassées ». A la clef : des économies en termes de ressources naturelles. « La possibilité de substituer une partie des sables terrestres par du calcaire d’origine animale répond tout à fait aux préoccupations environnementales actuelles, d’autant plus que nous sommes en présence d’une source renouvelable » poursuit Frédéric Martareche. Ce matériau constitue également un avantage écologique évident puisqu’il permettrait de recycler des résidus organiques considérés, jusqu’alors, comme des déchets qui nécessitent le développement de filières industrielles spécifiques. D’autant que les résidus ostréicoles seraient par ailleurs susceptibles de favoriser la Malaïgue qui sévit certaines années, sur l’Etang de Thau, en rendant impropre une partie des coquillages.

Voir article du N° Spécial STV des Cahiers techniques du Bâtiment, (mai 2012), page 10.

Fiche technique

Maître d’ouvrage : Communauté de Communes du Sartenais-Valinco

Maître d’œuvre : BET Pozzo di Borgo/ Egis Eau

Préfabrication : Les Industries Sartenaises/Razel-Bec

Pose des récifs : Natali

Coût de l’émissaire: 1,7  millions d’euros (H.T)

Du Japon au Cap d’Agde

L’histoire débute au Japon - pays à la pointe en matière de recherche sur les habitats artificiels pour poissons - dans le cadre d’une thèse Cifre (Conventions Industrielles de Formation par la Recherche) effectuée par un chercheur d’Egis Eau. Idée directrice : incorporer des déchets conchyliens dans les ouvrages immergés, en l’occurrence des coquilles de mollusques broyées, afin de favoriser le développement de la faune et la flore. De nombreuses études menées au Japon auraient en effet démontré que cet apport avait une influence significative sur la vie marine et le développement de la biodiversité. A son retour dans l’Hexagone, le chercheur poursuit le développement du projet en passant à la phase mise en pratique industrielle. La première application en vraie grandeur s’est déroulée au large du Cap d’Agde, en 2009, dans le cadre d’un projet d’aménagement du littoral où deux récifs artificiels en béton « coquillé » ont été immergés. « L’objectif est d’étudier, en situation réelle, leur impact sur la biodiversité en comparant les résultats avec les structures classiques immergées voisines, l’opération faisant l’objet d’un suivi scientifique continu » explique Frédéric Martareche.

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