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Bernard Plattner, sherpa de l'Equerre

Marie-Douce Albert |  le 02/03/2018  |  ArchitectureRéalisationsTechniqueBâtimentParis

Portrait -

L'architecte, qui exerce depuis ses débuts aux côtés de Renzo Piano, a dirigé le projet du tribunal de Paris.

Toute personne qui a pu arpenter les couloirs du nouveau tribunal de Paris dans le sillage de l'architecte Bernard Plattner soupçonne qu'il en connaît parfaitement chacun des 38 étages, ses 90 salles d'audience et jusqu'à la moindre prise électrique. Ce souci du détail - ou, plus précisément, du détail bien exécuté -, l'homme dit le devoir à Renzo Piano. Voilà quarante-cinq ans que Bernard Plattner travaille avec le génial Génois. Et si, à diriger le projet de la tour judiciaire du quartier des Batignolles (XVIIe arr.), il s'est fait fort de mémoriser les moindres données constructives de ce bâtiment lauréat de l'Equerre d'argent 2017 (lire « Le Moniteur » du 8 décembre 2017, p. 16), il avait déjà eu en tête chaque élément du Centre Georges-Pompidou. Car c'est sur ce chantier mythique qu'il a commencé sa carrière, dans les années 1970.

Bernard Plattner venait de quitter sa Suisse natale, son diplôme d'architecte en poche. Le jeune homme, né en 1946 à Berne, avait choisi cette filière après avoir suivi, au lycée, les cours d'un professeur de beaux-arts capable de transmettre à ses élèves son admiration pour l'art de bâtir. Ce professeur n'était autre que son père. « Il m'a souvent confié que s'il avait pu, il se-rait lui-même devenu architecte, se souvient Bernard Plattner. Il y voyait un métier d'une grande noblesse ».

« Berne, d'un ennui mortel ». Le bac obtenu, il part pour Zurich et son Ecole polytechnique fédérale. Puis, dans un monde bousculé qui digère Mai 68 et regarde la guerre du Vietnam n'en plus finir, Bernard Plattner se rend à l'évidence : « Berne était d'un ennui mortel et la Suisse, corsetée dans son isolationnisme et son statut de plate-forme financière, pas un pays d'avenir. » Arrivé à Paris, le jeune homme a le choix entre deux offres : « La première émanait de l'agence Andrault & Parat, qui avait pignon sur rue. La deuxième de chez Renzo Piano et Richard Rogers. Ils étaient moins connus, payaient moins bien, mais ils avaient entre les mains ce projet extraordinaire du Centre Pompidou. Rien de tel n'avait jamais existé », confesse-t-il.

Une fois le nouveau monument parisien inauguré, en 1977, certains sont partis. Lui est resté auprès de Renzo Piano. Et aujourd'hui, il compte à son palmarès quelques-unes des opérations emblématiques de l'agence : le réaménagement de la Potsdamer Platz de Berlin, dans une Allemagne tout juste réunifiée ; « un des plus beaux petits musées qui puissent exister » pour la fondation Beyeler en Suisse ; une tour de quelque 50 étages pour le quotidien « The New York Times » ; ou encore les logements de la rue de Meaux, à Paris (XIXe arr.), « notre première Equerre d'argent ». Le tribunal désormais livré, il continue de travailler sur la future maison des Avocats voisine, ainsi que sur l'Ecole normale supérieure (ENS) en construction sur le plateau de Saclay.

L'architecte aurait pu faire le choix de l'indépendance. « J'aurais cependant été fou de penser pouvoir mener seul de tels projets. Une personne ici tient le rôle central en matière d'intuition et de créativité, et c'est Renzo Piano. L'inventeur, cela a toujours été lui », estime-t-il. Mais il partage certainement ces « obsessions » qu'il attribue au maître : « L'envie d'aller toujours plus loin et l'idée tenace qu'il faut savoir faire autant avec les mains qu'avec l'esprit. »

Fidèle parmi les fidèles. Aussi modeste se montre-t-il, « Bernard Plattner a une grande vision de l'architecture. On a tendance à distinguer les visionnaires des bâtisseurs, mais lui est tout cela », assure Antonio Belvedere, un des 10 partners de Renzo Piano Building Workshop (RPBW). Le Bernois est l'un des plus anciens membres de ce cercle restreint formé autour du fondateur, et ce dernier semble le considérer comme un fidèle parmi les fidèles. Pour l'architecte associé Dominique Rat, « Renzo a une confiance infinie en Bernard… Même s'il aime le taquiner sur son côté suisse ».

Son entourage décrit un homme subtil et toujours calme, une « force tranquille ».

Son pays natal, Bernard Plattner n'y retourne que pour la montagne et le ski. Mais est-ce à ses origines que l'homme doit son flegme et une dose d'humour pince-sans-rire ? En lui, ses collaborateurs voient aussi un personnage « subtil » et « toujours calme », une « force tranquille ». Pour eux, il est assurément celui qui avait les épaules assez solides pour porter le projet complexe du tribunal de Paris ainsi que son montage en PPP.

L'architecte Nayla Mecattaf, qui a quitté RPBW vingt-cinq ans après y avoir été embauchée par Bernard Plattner, observe qu'il est « capable de s'obstiner quand il pense qu'il faut protéger le projet. Mais il sait aussi ce sur quoi il faut lâcher. Auprès de lui, j'ai d'ailleurs appris à hiérarchiser, à comprendre où je devais mettre mon énergie ».

Il est une autre qualité que lui reconnaît son entourage. Bernard Plattner est un meneur, un bon manager. Ce sens du travail en équipe, il l'a toujours eu. Déjà sur le chantier du Centre Pompidou, il avait été désigné comme l'agent de liaison entre la maîtrise d'œuvre et les entreprises. « Il sait tirer le meilleur de chacun, estime Nayla Mecattaf. Et il fait confiance. » En retour, les membres de l'agence peuvent compter sur lui. Dominique Rat, qui le connaît depuis trente ans, raconte ainsi ce qu'il conseille toujours aux plus jeunes arrivés dans l'agence : « Si tu as un problème, accroche-toi aux épaules de Bernard. »

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Une vie de grands projets

1946 Bernard Plattner naît le 18 octobre à Berne (Suisse).

1972 Diplômé de l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich, il arrive à Paris et rejoint l'équipe qui bâtit le Centre Pompidou.

1989 Il devient partner de l'agence RPBW, fondée en 1981.

1992-2000 Il dirige le réaménagement de la Potsdamer Platz, à Berlin.

2000-2007 Il mène la construction du siège du quotidien « The New York Times », à New York.

2017 Le tribunal de Paris, dont il a piloté le projet, est lauréat de l'Equerre d'argent.

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