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Benoît Loison, président de l'Union des métalliers (FFB) :
Benoît Loison, président de l'Union des Métalliers (FFB) - © BRUNO LEVY/LE MONITEUR

Benoît Loison, président de l'Union des métalliers (FFB) : "En ouvrant les portes de nos ateliers aux jeunes, nous aurons moins de problèmes de recrutement"

Propos recueillis par Florent Lacas |  le 23/05/2013  |  Apprentissage BTPTravailPerformance énergétiqueRéglementation thermiqueSomme

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L'Union des métalliers (FFB) organise ses Assises annuelles le 24 mai, à Amiens. Benoît Loison, son président, évoque les sujets qui créeront le débat cette année. Au programme, formation, "génération Y" et perméabilité à l'air...

Comment s’est soldée l’année 2012 pour les entreprises de métallerie ?

Benoît Loison : Au regard des prévisions initiales, qui étaient très alarmistes, elle s’est plutôt mieux tenue. Mais ne nous voilons pas la face, les difficultés sont loin d’être derrière nous et l’année 2013 sera en cela déterminante. Nous devons absolument rester très vigilants et surtout mobilisés pour accompagner nos entreprises dans cette période difficile.

Comment se passe l’année 2013 pour les métalliers ?

 

BL : A l’image des autres corps de métiers du secteur, nous souffrons de plusieurs maux. Nous travaillons peu, facturons moins. Et pour ne rien arranger, les intempéries du début de l’année ont été relativement lourdes. Cela a retardé nos chantiers. Résultat, encore aujourd’hui, nous disposons d’éléments préfabriqués en atelier que nous n’avons toujours pas posés sur chantier. Or, c’est traditionnellement la pose des éléments qui déclenche la facturation. Des paiements sont donc retardés et nos trésoreries en pâtissent.

Les entreprises de métallerie ont cette particularité d’être payées tardivement, du fait des phases préalables d’études, conception, fabrication…

 

BL : Oui, et plus que jamais nous devons nous battre pour parvenir à facturer les études et la fabrication des pièces. Je ferai à nouveau passer le message lors de notre assemblée générale : il faut que chaque métallier emboîte le pas sur ce front, que ces paiements intermédiaires deviennent la norme. Sinon, nous sommes condamnés au grand écart : la LME nous oblige à payer nos fournisseurs plus tôt. Et ces fournisseurs établissent de plus en plus leur politique sur des critères financiers. Il y a très peu de souplesse dans notre dialogue avec eux. La démarche commerciale tend à disparaître.

Que conseillez-vous donc aux entreprises de métallerie pour soulager leurs trésoreries ?

 

BL : En novembre 2012, l’Union des métalliers a publié un « Abécédaire de la trésorerie des métalliers ». Il vise à aider l’ensemble de nos confrères à mieux gérer leur trésorerie. C’est un point capital par les temps qui courent, puisque nous risquons de nous retrouver avec des carnets de commandes pleins mais aucune trésorerie pour financer les travaux !

L’évolution des cours des métaux vous favorise-t-elle actuellement ?

 

BL : Non, car les prix sont trop volatils. Et nos index BT trop sensibles à ces variations. Nous avons donc lancé une rénovation de nos index BT, avec l’objectif de lisser les prix des métaux sur deux, trois ans. Nous avons surtout besoin de stabilité des prix. Il est horripilant de constater, plusieurs mois après avoir signé un marché, que le prix fixé a baissé du fait d’une chute subite des prix de l’acier. Par ailleurs, la révision des index est justifiée par l’évolution des modes d’interventions des métalliers.

Du fait de la réglementation thermique 2012 ?

 

BL : Oui, pour l'essentiel. Le verre s’est par exemple beaucoup développé dans la métallerie. Or, il est peu pris en compte dans les index actuels. Idem pour le traitement de surface comme le traitement anticorrosion. Tout cela représente des nouveaux coûts qu’il nous faut intégrer à nos index. Nous formulons actuellement des propositions de refonte à la Fédération française du bâtiment, avant de nous tourner vers l’Insee dans les années à venir. J’ajoute que de disposer d’index BT moins fluctuants nous permettra de gagner en crédibilité face aux majors et à d’autres filières qui se structurent.

"Le métallier doit intervenir pour proposer, voire imposer certaines solutions techniques pour la RT2012"

  Comment s’est opérée la généralisation de la RT2012 depuis le 1er janvier 2013 ?

 

BL : La transition se fait petit à petit. En plus des formations que l’on a fait passer à nos salariés en interne, des maîtres d’ouvrage craintifs ont imposé des formations et informations obligatoires sur la perméabilité à l’air. Mais il faut avouer que la morosité économique s’accorde mal avec la communication entre corps d’état, rendue incontournable pour atteindre cet objectif de perméabilité. Beaucoup d’entreprises ont dû alléger leur personnel encadrant du fait de la crise, et elles sont confrontées à des prix bas. Il n’est plus question pour elles de regarder autour de soi. Pourtant, la RT2012 nous oblige à nous soucier du travail des autres.

Qu’est-ce qui préoccupe les métalliers de ce point de vue-là ?

 

BL : Le métallier doit intervenir en amont du chantier pour proposer, voire imposer certaines solutions techniques qui lui permettront d’apporter sa contribution dans les meilleures conditions, en respectant l’objectif de perméabilité à l’air. Cela engendrera peut-être des rapports de force, mais nous n’avons pas le choix. Ou bien, chaque corps d’état pourrait décider de ne pratiquer que des interventions sur mesure, mais cela coûterait plus cher. Ce n’est donc pas ce scénario qui devrait s’imposer… A l’avenir, il faudra toutefois plus de précision dans la construction des ouvrages pour chaque corps de métiers.

La métallerie doit donc faire entendre sa voix sur le chantier de la RT2012…

 

BL : Oui, et nous avons, dans ce but, lancé un groupe de travail « Construction de logements BBC à ossature métallique ». Cela afin de prouver que le métal a toute sa place dans la filière sèche, et pas seulement en maisons individuelles ! Ce groupe de travail a débouché sur la mise en place d'une formation de dix jours, pour nos métalliers. Nous y abordons des points spécifiques à notre métier par rapport aux ponts thermiques et à la perméabilité à l’air. Elle est pour l’instant située à Paris, et une dizaine de stagiaires suivent actuellement la première session. A termes, nous souhaitons la décliner sur les territoires.

Cette formation s’ajoute au dispositif FEEBat ?

 

BL : Certains modules de notre formation sont issus des cessions FEEBat. Mais nous nous sommes aperçus que certains métalliers avaient des réticences à passer les FEEBat. Ils craignent que cela soit de la thermique pure et dure, expliquée par un thermicien, que cela ne leur parle pas beaucoup. Ce n’est pas le métallier qui  met en œuvre la climatisation ou les systèmes de chauffage. Dans notre formation « Construction de logements BBC à ossature métallique », nous proposons une vision globale, incluant les aspects techniques et commerciaux, du point de vue d’un métallier. Nous aurons d’ailleurs un retour d’expérience de cette formation lors de notre assemblée générale.

Un guide sur les structures rapportées en façades est également en phase de publication…

 

BL : Dans le cadre de Rage 2012, nous avons lancé une étude en partenariat avec le Centre technique industriel de la construction métallique sur les éléments rapportés sur le bâtiment : coursives, balcons, escaliers, passerelles… Ce sont des solutions de plus en plus utilisées dans le cadre de la suppression des ponts thermiques. Cela a donné lieu à ce guide technique qui contient toutes les informations utiles aux entreprises et bureaux d’études pour concevoir ce type de structures. Nous nous devons d’être bons techniquement pour saisir ce marché.

Quels sont les autres marchés auxquels vous préparez vos entreprises ?

 

BL : Nous voyons fleurir de plus en plus de petits marchés liés à l’accessibilité des établissements recevant du public aux personnes handicapées, comme des mises aux normes de mains courantes ou l’installation de garde-corps. Nous aimerions, bien sûr, que cela se développe un peu plus vite. La nouvelle géographie des zones sismiques nous profite également. Nous allons donc créer un groupe de travail sur ce sujet, puisqu’il y a pour le métallier des éléments à capter : des issues de secours ou des zones de dégagement doivent rester debout en cas de séisme. Nous devons profiter du fait que le métal se comporte bien dans ces circonstances. De ce groupe de travail naîtront un guide technique et une formation.

"Il y a, chez les jeunes actuels, une volonté d’être impliqués dans les prises de décision"

Pourquoi avez-vous choisi d’évoquer la « génération Y » lors de votre assemblée plénière ?

 

BL : Chez les plupart de nos entreprises de métallerie, qui emploient un dizaine de salariés, c’est le chef d’entreprise qui assure le management. Et il peut se retrouver perdu face aux salariés issus des nouvelles générations qui n’ont plus les mêmes codes. Cela peut même virer au dialogue de sourds ! Il s’agit donc d’aider nos adhérents à mieux décoder les comportements des jeunes issus de cette « génération Y », qui  ne sont ni pires ni meilleurs que les jeunes d’avant. Un intervenant sera présent pour briser quelques idées reçues.

Quels sont les principaux changements d’attitudes des jeunes de la « génération Y » ?

 

BL : Il y a, chez les jeunes actuels, une volonté d’être impliqués dans les prises de décision. Auparavant, le manager était censé détenir la vision d’ensemble de l’entreprise. Aujourd’hui, il doit donner le cap et expliquer pourquoi il a choisi ce cap-là. On peut voir cela d’une manière positive : ces collaborateurs peuvent apporter une valeur ajoutée.

Mieux communiquer avec ces jeunes aidera aussi les entreprises de métallerie à renouveler leurs effectifs…

 

BL : C’est un combat majeur pour nous. Nous souhaitons pouvoir proposer à ces jeunes un vrai plan de carrière au sein de la métallerie, avec un plan de formation initiale parfaitement structuré. Une progression individualisée sera ainsi possible : certains seront davantage tournés vers la fabrication, d’autres vers la conception en bureau d’études. Le gros des troupes, ce seront ceux qui se tournent vers la conduite de travaux. Un poste de plus en plus compliqué car il y a beaucoup d’interfaces à gérer à la fois, la pose, la maintenance…

"J’invite chaque métallier à faire visiter son atelier aux jeunes"

Il est plus difficile de trouver de bons conducteurs de travaux ?

 

BL : Oui, car il y a peu de formation sur nos métiers, et nous avons du mal à faire venir des ingénieurs issus d’entreprises générales ou de gros œuvre. Ils sont habitués aux grosses opérations, or la plupart des chantiers de métallerie sont de tailles modestes. Mais c’est aussi cela, cette diversité des opérations, qui fait la richesse du métier ! L’important, c’est de faire connaître cette richesse, et c’est pourquoi j’invite chaque métallier à participer aux opérations « portes ouvertes », à faire visiter leurs ateliers aux jeunes. Si nous connaissons peu de turn-over dans nos équipes, c’est bien parce que les gens se plaisent dans nos métiers.

Comment comptez-vous améliorer le système de formation des métiers de métallerie ?

 

BL : Pour la formation initiale, nous montons actuellement une licence professionnelle avec le Conservatoire national des arts et métiers et les compagnons du Devoir. Nous espérons qu’elle verra le jour au plus tard à la rentrée 2014. Et en formation continue, nous monterons des cursus permettant de gagner en compétences.

Les métalliers, pour attirer les jeunes, misent-ils sur les contrats de génération ?

 

BL : C’est une bonne solution, si toutefois on arrive à franchir les écueils de l’apprentissage. Trop d’entrepreneurs ne veulent pas prendre le temps de former les apprentis. D’où l’intérêt de faire se rencontrer les deux mondes, centres de formations des apprentis et entreprises.

Êtes-vous satisfait du plan destiné à relancer la construction de logements annoncé par François Hollande le 21 mars ?

 

BL : Les mesures qui ont été retenues sont celles qui coûtent le moins cher. Toutefois, il y a des points positifs, comme la volonté de limiter les recours abusifs. Cela pourrait permettre de relancer des programmes actuellement bloqués. De la même manière, accélérer les paiements, favoriser les règlements, cela va évidemment dans le bon sens. Je suis pourtant déçu du fait que la TVA réduite sur les travaux de rénovation énergétique ne soit pas passée à 5 %. Elle passera de 7 à 10 % en 2014. Mais il faut continuer à y croire. L’avantage de la baisse de la TVA, c’est que c’est une mesure très visible pour les clients, contrairement aux autres, moins connues. Dernier point : nous tenions à ce que le régime de l’auto-entrepreneur soit exclu du secteur du bâtiment : cela n’a pas été le cas. Il est pourtant source de concurrence déloyale.

"Le CICE, une bouffée d’oxygène pour nos trésoreries"

Les métiers de la métallerie sont-ils touchés par la concurrence d’entreprises étrangères ?

BL : Nous n’y échappons pas ! Le fait que nous travaillions beaucoup en atelier rend même la chose plus facile. Ainsi, des salariés poseurs à bas coûts peuvent installer des produits de métallerie « low cost » manufacturés à l’étranger. Nous savons bien que les salaires versés à ces salariés étrangers ne permettent pas de financer, à travers les cotisations, la formation et la prévention des risques professionnels. Je salue en cela la belle victoire de la FFB des Pyrénées atlantiques qui s’était portée partie civile contre l’attribution irrégulière d’un marché de travaux.

Le crédit d’impôt compétitivité-emploi (CICE) permet-il à vos entreprises de soigner leurs trésoreries ?

 

BL : Le CICE peut paraître un peu compliqué d’accès, mais c’est un apport qui est loin d’être négligeable. Certaines entreprises peuvent espérer y gagner des dizaines de milliers d’euros. C’est une bouffée d’oxygène pour nos trésoreries.

Quel sera votre principal message, cette année, à vos adhérents ?

 

BL : Je leur rappellerai que les territoires doivent se battre sur la partie « formation », en multipliant les contacts avec les jeunes et les CFA. Dans les régions où les entreprises sont plus ouvertes aux jeunes, les entreprises connaissent moins de problèmes de recrutement.

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