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« Bâtir un projet d'infrastructures cohérent ne coûte pas d'argent »

Propos recueillis par Jérémy Bellanger, Jessica Ibelaïdene et Fabien Renou |  le 24/02/2017  |  ParisFrance entière

Bruno Cavagné, FNTP -

M : A deux mois de l'élection présidentielle, qu'attendez-vous des candidats ?

Je leur demande d'avoir un projet cohérent en termes d'infrastructures, de lancer un état des lieux, de définir des besoins et de proposer une programmation. Dans chacune de nos activités, nous devons identifier les projets nécessaires à notre pays pour les dix ans à venir, et en tirer un scénario réaliste dans le délai d'un mandat présidentiel. C'est une démarche qui ne coûte pas d'argent.

M : Que leur proposez-vous pour y parvenir ?

Nous avons élaboré une charte que nous soumettons aux candidats. La FNTP appelle de ses vœux la création d'un Conseil d'orientation et de programmation des infrastructures de long terme (Copil). Ce serait une instance d'expertise et de dialogue entre les différentes parties prenantes (élus, hauts fonctionnaires, représentants d'associations… ) qui réfléchirait à des projets de développement nationaux, à l'entretien des infrastructures, aux moyens de financement, au rôle des collectivités locales… De quoi bâtir une politique rationnelle.

M : Quel accueil les candidats réservent-ils à vos suggestions ?

Dans l'ensemble, ils sont preneurs. Certains principes font cependant l'objet de discussions. C'est le cas du maintien des dotations aux collectivités qui investissent, et de la création d'un vrai ministère dédié aux infrastructures, rattaché au Premier ministre ou au ministre de l'Economie. Nous demandons aussi de raccourcir les recours possibles sur des projets prioritaires. La charte que nous souhaitons faire signer aux candidats représente des engagements de bon sens. Les décisions, elles, sont sans doute plus difficiles à mettre en œuvre, mais il faut savoir prendre ses responsabilités. J'attire l'attention des candidats sur la nécessité de laisser de la place à l'investissement et des marges de manœuvre aux collectivités.

« Transférons le financement du contribuable vers l'usager quand cela est pertinent. »

M : La tendance n'est pourtant pas à une reprise franche de l'investissement public…

Même en baisse ces dernières années, la commande publique supporte encore l'essentiel de notre activité. Actuellement, le bloc communal commence à retrouver des couleurs, mais les départements continuent à souffrir. Si demain les collectivités locales se voient imposer 20 milliards d'euros d'économies supplémentaires, nous espérons que celles-ci se concentreront sur les coûts de fonctionnement et non sur l'investissement. Dans le cas contraire, notre profession sera de nouveau confrontée à une situation délicate.

M : Existe-t-il des alternatives aux financements publics ?

Elles sont peu mises en œuvre. Le partenariat public-privé (PPP) est un mode de financement hydride qui a fait la preuve de son efficacité. De nouveaux modèles tels que le crowdfunding semblent fonctionner. On pourrait aussi imaginer un dispositif au sein duquel l'injection d'une part minoritaire d'argent public permette de drainer l'argent privé par effet de levier. Néanmoins, cela suppose de garantir aux investisseurs des recettes à la clé. Chaque fois qu'il est pertinent de transférer le financement du contribuable vers l'usager, faisons-le. Les Français sont capables de comprendre que les efforts doivent être partagés. Un mix usager/contribuable peut fonctionner. Reste à placer le curseur au bon endroit. Tout est une question de dosage et de pédagogie. Malheureusement, c'est un sujet sensible, assez peu abordé par les candidats.

M : Mais alors, comment les convaincre de l'importance de cette question ?

En termes de compétitivité, sans infrastructures, point de salut ! Les travaux ne sont pas programmés pour satisfaire les entreprises. Ce sont des projets d'intérêt général, nécessaires à l'économie du pays et générateurs d'emplois.

Il faut en finir avec cette France à deux vitesses, où s'opposent des métropoles fortes et des territoires ruraux qui se désertifient. Pour résoudre cette équation, mettons l'accent sur le numérique, sur la mobilité… Les infrastructures créent de l'activité et leur niveau constitue l'un des premiers critères scrutés par les investisseurs étrangers. C'est un avantage compétitif que nous devons préserver. Et c'est aussi une question d'image.

« Aux candidats à la présidentielle, nous demandons de raccourcir les recours possibles sur des projets prioritaires. »

M : Est-ce à dire qu'il faut redorer le blason de la profession ?

Cela fait des années que nous œuvrons sur le sujet. Et c'est un travail de longue haleine. Notre métier, ce n'est pas que la pelle et la pioche, comme certains le croient encore. Il recouvre également de nombreuses innovations. Cet aspect reste assez méconnu de nos concitoyens, car ils perçoivent les travaux publics principalement à travers les chantiers du quotidien, où l'innovation est moins visible. Il faut savoir la valoriser, en particulier auprès des jeunes.

M : Ce discours en direction de la jeunesse est-il aussi une réponse à la montée en puissance du Grand Paris ?

Nous avons un vrai problème de ressources humaines à traiter. Un tel volume d'activité est une chance et nous offre une visibilité sur plusieurs années. Cependant, il s'accompagne d'importants besoins en formation au niveau local, et induit une grande mobilité des équipes. Ces chantiers attireront forcément de la main-d'œuvre et des entreprises extérieures à l'Ile-de-France. Les grands groupes ont l'habitude de gérer ces flux. Quant aux PME, je ne doute pas qu'elles sauront saisir ces opportunités. Au regard du volume d'activité en jeu, la concurrence des entreprises étrangères ne nous inquiète pas trop.

M : Le Grand Paris a déjà contribué à la reprise de l'activité du secteur en 2016. Voyez-vous le bout du tunnel ?

Nous restons prudents. La reprise profite à tout le monde, petites et grandes entreprises, quelle que soit leur spécialité. Mais ce n'est pas l'euphorie générale. Nous étions dans le coma, nous passons en soins intensifs ! Nous imaginons une croissance comprise entre 2,5 % et 3 % en 2017. Un petit tassement au regard des 3,5 % de 2016. Tout dépendra des résultats de l'élection présidentielle. Les décisions du futur président nous impacteront inévitablement : un effet d'accélération serait formidable.

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PHOTO - 5974_377178_k2_k1_947206.jpg - © BRUNO LEVY / LE MONITEUR

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