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Bâtiments agricoles Un marché toujours porteur

FRANCOISE DAJON LAMARE, NATHALIE BOUGEARD, BERTRAND ESCOLIN |  le 19/03/1999  |  EntreprisesCollectivités localesTechniqueQualitéFinistère

Dans l'Ouest, les bâtiments agricoles représentent plus de la moitié des surfaces construites. Une progression de près de 30 % en 1998, qui se poursuit cette année.

De la Normandie à la pointe bretonne, en passant par le Val de Loire, le monde agricole reste une activité très importante pour le bâtiment. 1998 a marqué le début d'une très forte progression des surfaces agricoles construites et autorisées. Même si la tendance ne se confirmait pas cette année, le secteur agricole constitue un créneau que certaines entreprises exploitent après avoir délaissé des secteurs limitrophes : bâtiments industriels ou agroalimentaires.

Trois pôles forts dans l'ouest : Bretagne, Pays de Loire et Basse Normandie. En hausse de 31 % en 1998, les autorisations de construire de bâtiments agricoles dans les Pays de la Loire s'élèvent à 2 186 000 m2 soit près de 54 % des autorisations de construire régionales du bâtiment (4 068 000 m2). La proportion est sensiblement la même en Basse-Normandie, nettement plus forte en Bretagne. Un chiffre qui marque l'importance des bâtiments agricoles dans l'ouest, mais qu'il convient de tempérer : « les agriculteurs répondent peu à nos enquêtes, explique Gilles Debien, de la cellule économique du BTP des Pays de la Loire, et les prix qu'ils indiquent, de l'ordre de 500 F le m2 hors taxes correspondent plutôt à de l'autoproduction, sans recours à une entreprise, même si le prix est hors VRD ». L'économiste estime le coût moyen des bâtiments agricoles à 700 F ht le m2. Pour les bâtiments de stockage classique, on arrive à 1 300 F le m2 HT. On est encore loin du chiffre d'affaires des bâtiments tertiaires ou de bureaux. « D'autant que dans les surfaces agricoles, il faut inclure les serres, qui gonflent les statistiques, mais sont difficilement comparables en valeur de travaux à des m2 de bâtiment. » Mais la quantité est là.

Année record en Bretagne

En Normandie, la progression est encore plus forte : 1 002 217 de m2 autorisés en 1998 soit 36,8 % de plus qu'en 1997(+ 270 000m2). Les 1630 opérations autorisées se répartissent comme suit : 45 % dans la Manche, 30 % dans l'Orne et 25 % dans le Calvados. Les mises en chantier, bien qu'ayant évolué positivement, ont été d'un niveau sensiblement inférieur à celui des autorisations, laissant présager un rythme soutenu d'ouvertures de chantiers en ce début d'année. Pour le seul mois de décembre 1998, 69 786 m2 ont été commencés contre 40 898 m2 en décembre 1997.

Dans la Manche, où le secteur du bâtiment agricole (70 % du parc) devance largement le secteur industriel (16 %) et les services (14 %), le marché est considérable : la mise aux normes des bâtiments d'élevage à elle seule est estimée à 750 millions de francs dans ce département. Des initiatives ont été prises dans ce secteur pour améliorer la qualité de ces bâtiments : l'interconsulaire Manche-Développement qui regroupe la chambre de métiers, la chambre d'agriculture et les chambres de commerce et d'industrie de Granville Saint Lô et de Cherbourg ont lancé une charte qualité des bâtiments d'élevage élaborée avec les syndicats professionnels du bâtiment (FFB et CAPEB). La charte propose aux agriculteurs des opérateurs qualifiés, des engagements sur des devis clairs, sur la nature réelle des prestations et sur le respect formel des échanges avec les différents corps de métiers lors de la réalisation de l'ouvrage.

Record quantitatif pour la Bretagne

Mais le record quantitatif revient évidemment à la Bretagne où les autorisations de construire des bâtiments agricoles s'élèvent à 3 150 000 m2 en 1998 (sur un total de 5 millions de m2), soit une progression de 33 %. En tête, les Côtes d'Armor (1 million de m2), suivis par le Finistère (800 000 m2), l'Ille et Vilaine (760 000 m2) et le Morbihan (516 000). Les mises en chantiers suivent à 2, 3 millions de m2, en progression de 21 % par rapport à 1997. Pour Yannick Morin, responsable de la cellule économique de Bretagne, « dans une région où l'essentiel de l'activité agricole est concentrée sur l'élevage avicole et porcin, je ne vois qu'une explication possible, même si elle reste invérifiable. Les éleveurs ont anticipé la réforme de la PAC, dont ils craignent une mise en place de quotas, calculés en fonction des niveaux de production des éleveurs. » La crise de la viande de porc aurait donc accéléré les décisions de renouvellement de l'outil de production, et notamment les extensions de bâtiments d'élevage en préparation de la mise en place de quotas de production. « On peut donc s'attendre à un recul de cette progression assez rapidement » estime l'économiste breton.

Le plus souvent des opérations de gré à gré

La typologie des opérations agricoles est particulière : les marchés se négocient à la quasi majorité de gré à gré. Ce sont des opérations en moyenne de 2 à 3000 m2, les plus grosses opérations en Pays de la Loire tournant entre 4000 et 12 000 m2 sont presque toujours lancées par des Gaec, notamment en Vendée. Compte tenu des délais nécessaires à l'obtention des aides, ce marché étant fortement aidé, il faut en moyenne un an pour que les opérations se concrétisent.

En Normandie, comme en Bretagne, les agriculteurs font désormais appel plus souvent aux entreprises dont certaines réalisent un fort chiffre d'affaire dans ce secteur. Les architectes sont beaucoup plus rarement sollicités. Ils ne sont toutefois pas exclus notamment pour des opérations de rattachement d'un bâtiment à un autre. A Saint Sauveur le Vicomte (Manche) par exemple, le cabinet Watin a dessiné cinq bâtiments agricoles en 1998, essentiellement des stabulations et un atelier porcin. Le plus souvent, les agriculteurs font appel à des entreprises de bâtiment qui se sont spécialisées ou diversifiées dans ce domaine. C'est le cas du groupe Queguiner à Landivisiau (Finistère), Eustache Frères à Portbail (Manche), Constructions métalliques Florentaise à Varaldes (Maine et Loire) ou de l'entreprise ornaise Quincé à Putanges Pont Ecrepin, pour qui le secteur agricole représente désormais 30 % de son chiffre d'affaires. Quant à l'entreprise James à Brécey (50), numéro un de la charpente en lamellé - collé en Basse Normandie, elle monte des charpentes en bois pour de nombreux bâtiments agricoles et travaille sur toute la Normandie.

La tendance affichée en 1998 se poursuivra-t-elle en 1999 ? Rien n'est moins certain. En revanche, les entreprises du bâtiment y trouvent un créneau complémentaire à leur activité, et souvent une diversification inattendue dans une période où l'activité bâtiment évolue très vite d'un secteur à l'autre.

PHOTO : Le marché de mise aux normes des bâtiments d'élevage est estimé à 750 millions dans la Manche.

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BATIMENTS AGRICOLES

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