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Bâti sobre, robuste et désirable : comment passer du rêve à la réalité
Bernard Boyer, co-pilote du groupe de travail sur la RT 2020 - © © Florence Levillain.

Bâti sobre, robuste et désirable : comment passer du rêve à la réalité

Propos recueillis par Frédérique Vergne |  le 08/07/2013  |  pbdEnvironnementFrance entièreSantéTechnique

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Après un premier rapport publié à l’été 2012, le groupe de travail "Réflexion pour un bâtiment responsable 2020-2050" co-piloté par Christian Cléret, Directeur Général de Poste Immo, et Bernard Boyer, Président de SUN BBF, vient de remettre à Philippe Pelletier, président du Plan Bâtiment durable, un second rapport. Il propose plusieurs pistes de réflexion autour de l’homme et du territoire.  Explications de Bernard Boyer.

Pouvez-vous nous rappeler le contexte de votre travail ?

Bernard Boyer : A la fin de l’année 2011, Philippe Pelletier, président du Plan Bâtiment Durable, nous confie à Christian Cléret (Directeur Général de Poste Immo) et à moi-même le soin de piloter un groupe de travail dédié à la réflexion sur le bâtiment responsable à l’horizon 2020-2050. Dès les premières réflexions, nous nous sommes rendu compte que la RT 2012 était une étape et que cette réglementation technique s’ouvrait à une réglementation d’usage. Il fallait donc poser nos réflexions sur un périmètre plus large touchant à l‘environnement, à l’acte de vivre et de consommer. Un  premier rapport a été publié à l’automne 2012, après une concertation avec plus de 200 professionnels. Le second rapport a bénéficié de contributions de nombreuses personnalités qualifiées de la filière du bâtiment, de l’immobilier et de l’énergie.

La vision du groupe de travail RBR2020/2050 : une société sobre, décarbonée et désirable avec une adhésion citoyenne, repose sur des convictions fortes. Quelles sont-elles ?

BB. : La première d’entre elles est qu’il nous faut mettre l’Homme au coeur de la réflexion : un « bâtiment responsable », c’est d’abord un bâtiment avec des habitants / citoyens responsables et acteurs du bien vivre ; c’est un rapport nouveau entre l’homme et la technologie ; c’est enfin une ambition de citoyenneté et de démocratie énergétique.
La seconde conviction, c’est la nécessité de réinterroger profondément les méthodes traditionnelles de fabrication des villes et des territoires – dans leurs rapports à la densité, à la mobilité, à la mixité – car la question énergétique traverse tous les usages de la ville.
 Troisième conviction,  nous pensons que l’un des déterminants du bâtiment et des territoires de demain sera leur rôle dans le système de production énergétique, et que la réflexion sur le modèle énergétique de demain, si elle laisse une place à l’intelligence des territoires et à la décentralisation, est un enjeu politique majeur. Enfin, si la question de l’énergie est centrale, les questions de bien-être, de confort et de santé, occuperont demain une place prépondérante compte tenu d’une demande sociale croissante.

Vous vous posez également la question du temps. Quelle est votre réponse sur ce sujet ?

BB. : Se poser la question du temps long, ce n’est pas nécessairement dessiner une utopie ; c’est au contraire tracer un chemin réaliste – comme le montre l’exemple suisse de la Société à 2000W. Inscrire notre réflexion dans une perspective d'avenir, ce n’est pas nécessairement s’abstraire de l’action ; c’est au contraire – comme le théorise Jeremy Rifkin dans sa 3e Révolution industrielle – permettre d’identifier très concrètement les transformations et les ruptures qui seront à l’œuvre demain dans et autour du bâtiment. Il faut donner du temps pour la compréhension humaine.

Vous proposez plusieurs pistes de réflexion. Quelles sont-elles ?

BB. : Il faut « penser décentralisé ». La France a la chance d’avoir des territoires actifs en termes de ressources et d’hommes.  
Il faut aussi « penser territoire et global ». L’idée est que chaque bâtiment doit être conçu comme un élément intelligent du territoire et non plus comme un élément « figeant » ou un point singulier. Ces bâtiments vont être apporteurs d’énergie et le consommateur actuel va devenir aussi producteur. Cela engendrera d’importantes modifications de comportements, voire même l’apparition de nouveaux métiers en matière de gestion des échanges énergétiques. La conception des bâtiments devra donc imposer une capacité de production, de stockage énergétique, une capacité de communication, d’échange et de mutualisation énergétique avec son territoire support.
Une autre de nos recommandations est de « penser contenu et usages », c'est-à-dire  d’imposer  pour chaque bâtiment une obligation de « réalité d’usage » sur un temps long, une qualité démontrable de conception et de réalisation en matière de sobriété mais également de santé pour l’occupant ; enfin, une capacité d’adaptation et de mutabilité d’usages. Santé, confort d’été, acoustique devront être traités ensemble et en cohérence. Et cela est possible aujourd’hui car un premier travail important sur la thermique et les progrès qui s’y attachent a été fait.
Nous encourageons également dans notre rapport l’expérimentation, notamment régionale. Comme nous militons pour que les citoyens soient entraînés vers un nouveau comportement en matière d’utilisation des énergies, un comportement individuel qui devra s'inscrire dans une préoccupation collective.  Mais pour qu’ils deviennent responsables, encore faut-il leur en donner les moyens. L’objectif est ici de ne pas faire des bâtiments entre « sachants » mais penser à l’utilisateur/occupant.

Vous préconisez aussi de revisiter les normes.


BB. : Il faut en effet revoir la cohérence des normes et réglementations. Il y a un toilettage à faire, mais en gardant le principe de précaution. Pas question non plus de prendre un risque sur les biens qui seraient construits.

Vous avez intitulé le rapport « Embarquement immédiat pour un bâti sobre, robuste et désirable ». L’embarquement immédiat  n’est-il pas un peu optimiste?

BB. : L’embarquement immédiat signifie qu’il faut mobiliser les acteurs dès maintenant. Le groupe de travail recommande d’engager dès 2014 des expérimentations multi-acteurs, à grande échelle, en vue de créer en 2016-2018 un nouveau label commun pour tous les bâtiments responsables, en construction neuve comme en rénovation.  Ce label s’appuiera sur un ensemble de critères de performances spécifiques portant sur l’ensemble du cycle de vie des bâtiments, l’énergie grise, les émissions de CO2, la santé… Détailler ces indicateurs fera l’objet de nos prochains travaux. Des travaux qui reprendront dès l’automne 2013 dans un cadre défini avec le Plan Bâtiment Durable en cohérence avec les orientations du débat national sur la transition énergétique.

Vous pouvez consulter le rapport en cliquant ici

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