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BARCELONE Reconversion d'une aire de déchets ménagers en parc public

FREDERIC MIALET |  le 18/02/2005  |  EuropeUrbanismeDéchetsEnvironnementEclairage urbain

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Une décharge d'ordures ménagères redevient un espace naturel, support de cultures en terrasses et de plantations, ouvert au public. Cette « restitution » à l'environnement se fait en maintenant la récupération du biogaz émis par la fermentation, et sa transformation en électricité alimentant l'éclairage public de la ville.

Le parc naturel d'El Garraf qui s'étend au sud-ouest de Barcelone, à quelques kilomètres seulement de la ville dense, offre des vues panoramiques sur la mer. Mais dans les mouvements de relief du massif calcaire, la vallée d'En Joan est depuis trente ans interdite aux promeneurs : elle accueille sur près de 70 hectares l'unique décharge d'ordures ménagères de l'agglomération. Depuis 2003, le projet de sa reconquête végétale est entré en phase de chantier.

Actuellement, près d'un tiers de sa superficie a déjà été remodelé pour former une série de onze terrasses plantées. En 2008, le site entier présentera cet aspect en gradins et sera enfin réouvert au public.

Ce projet symbolise à Barcelone un tournant de la politique de protection de l'environnement. La municipalité a décidé de suivre les standards européens avec un tri des ordures ménagères à la source, chez l'habitant. Leur traitement se différencie ensuite en trois opérations distinctes : production de compost à partir des déchets organiques au sein de petites décharges baptisées éco-parc (trois des cinq programmées à ce jour sont déjà réalisées), recyclage des matières comme le verre et le papier, incinération des autres déchets dans l'usine existante de la ville. Dans ce contexte de fermeture des grandes décharges à ciel ouvert, l'administration du parc naturel d'El Garraf a invité la paysagiste Teresa Gali-Izard et les architectes Batlle et Roig (Barcelone) à réfléchir sur le projet de réaménagement paysager de la vallée d'En Joan, en maintenant la production actuelle de biogaz (1), transformé en électricité par une centrale.

La décharge se compose d'une superposition de couches de déchets et de couches de terre, alternance qui assure son « contrôle ». L'ensemble, qui peut atteindre par endroits une épaisseur de 80 mètres, est posé sur un fond étanche de sols argileux. La surface de la couche supérieure accuse des changements de niveaux sensibles (de plusieurs mètres parfois), phénomène dû à la fermentation des déchets.

Edification de terrasses

L'infrastructure nécessaire à la production d'énergie est en place : le gaz est évacué par des puits prolongés par des cheminées et des conduites sur le sol ; les lixiviats (2) empruntent un réseau souterrain de drainage ; de chaque côté de la vallée, un fossé en béton sépare la décharge du site naturel et conduit les eaux de ruissellement à des bassins découverts où est assuré leur traitement.

Le projet d'aménagement a commencé par la réalisation des terrasses. L'excavation du sol n'étant pas possible, il a fallu construire des murs de retenue de plus de dix mètres de hauteur, avant de recouvrir les déchets d'une grande quantité de terre (près d'un demi-million de mètres cubes pour les vingt premiers hectares régénérés). Indispensable pour la mise en culture du site, l'édification de ces terrasses améliore aussi la stabilité de la grande masse de déchets accumulés. Pour parvenir à un coût d'objectif faible, c'est une terre de qualité médiocre qui a été choisie, un terreau un peu plus fertile couvrant sur une épaisseur de 80 centimètres l'ensemble des aires à cultiver. Cette couche supérieure - isolée du reste du terrain par un tissu étanche - sera régénérée avec différentes légumineuses - tels la coronille, le lotus, la luzerne ou le trèfle (3).

Le réseau d'extraction du biogaz a été repensé pour s'adapter aux terrasses à cultiver : une quarantaine de puits a été réalisée dans la première phase ; la conduite supérieure, désormais enterrée, suit la ligne de plus grande pente pour réduire les risques de condensation d'eau, dangereuse pour la sécurité. La gestion des cultures peut se faire ainsi sans jamais toucher à cette installation spécifique qui permet par ailleurs de fournir l'électricité nécessaire à l'arrosage des plantes.

Autre gestion à suivre de près : la structure végétale des talus. Outre les 1500 pins d'Alep et chênes verts plantés le long des chemins, 100 000 arbustes - parmi lesquels différentes espèces locales comme le chèvrefeuille, le romarin, la salsepareille... - retiennent les talus. L'utilisation d'engrais - mélangé à du compost - engendre de mauvaises herbes qui sont éliminées par la présence de quelques vaches, impliquant l'installation de clôtures électriques autour des cultures en terrasse. A terme, le projet vise à offrir les conditions favorables à un retour spontané des espèces végétales locales. De l'ancienne décharge, il ne restera plus que la puissante centrale de transformation du biogaz en électricité, située en bas de la vallée. Des traces plus palpables seront aussi conservées à l'entrée du parc, sous la forme de silos accumulant des ballots de plastiques, compactés, emballés dans du grillage et plantés. Ces balises sont aussi destinées à rappeler combien la nature ne saurait tout à fait reprendre sa place en lieu et place d'une décharge de déchets ménagers sans créer un paysage particulier.

(1) Le biogaz est un gaz combustible composé de 45 % à 65 % de méthane, de 20 % à 35 % de gaz carbonique et d'un produit organique, le « digestat ». Après combustion, le méthane est transformé complètement en gaz carbonique. Cette opération permet de fournir de la chaleur et/ou de l'électricité avec un bilan écologique positif, le gaz carbonique étant moins dangereux que le méthane en effet de serre. (2) Les jus produits par les eaux d'infiltration de la décharge. (3) Le sol est enrichi par l'azote atmosphérique que fixent des bactéries situées dans les racines des légumineuses.

Fiche technique

Lieu : Bègues (agglomération de Barcelone).

Maîtrise d'ouvrage : Entidad Metropolitana de serveis hidràilics del àrea metropolitana de Barcelona, diputacion de Barcelona.

Maîtrise d'oeuvre : Enric Batlle et Joan Roig, architectes ; Teresa Gali-Izard, architecte paysagiste ; Jordi Nebot, architecte collaborateur ; Proser SA, collaborateur.

Constructeurs : Ute Fomento, Comsa, Dragados y Cespa.

Superficie traitée 1re phase : 20 hectares.

ILLUSTRATIONS :

1. Vue d'ensemble sur la partie

en cours d'aménagement, soit un tiers de la superficie totale de la décharge qui sera traitée entièrement en 2008.

2. Applanissement des déchets ménagers pour former une couche d'environ 5 mètres avant de la recouvrir de terre.

3. Arbres et arbustes ont été plantés sur les talus. Ceux-ci sont recouverts d'un tissu de cocotier pour favoriser la poussée des broussailles et du maquis.

Plate-forme d'informations pédagogiques destinée aux visites scolaires.

Produire de l'électricité en luttant contre l'effet de serre

Déchets ménagers, boues urbaines, effluents industriels, déjections agricoles : tous ces déchets produisent du biogaz par fermentation anaérobie (absence totale d'air) dans des usines de traitement dotées de cuves isothermes et calorifugées, avec contrôle des entrées et des sorties. Les décharges « contrôlées » en plein air (appelées aujourd'hui « centres de stockage de déchets ») constituent des solutions plus économiques mais moins efficaces.

Dans beaucoup d'entre elles, à défaut d'exploiter la valeur énergétique du biogaz (5 kWh/m3 en moyenne) pour produire de l'électricité ou de la chaleur, on se contente de le brûler dans des torchères pour éviter la pollution de l'air avec le méthane qu'il contient. Mais les choses pourraient changer : la directive européenne de production d'électricité oblige en effet les pays de l'Union à augmenter leur part d'électricité produite à partir de ressources renouvelables. Par ailleurs, on se rend compte de l'avantage que présente la méthanisation des déchets en étant à la fois une filière énergétique et organique.

Les associations de défense de l'environnement lui sont favorables (mais pas les riverains) : le biogaz, renouvelable, n'offre-t-il pas la possibilité d'être utilisé comme du gaz naturel, fossile (combustible ménager, carburant pour véhicules ou cogénération) ?

Il reste à trouver les moyens de convaincre tous les gestionnaires des décharges «contrôlées» de bonne taille d'investir dans la production d'électricité, jugée d'un rendement modeste. Le nombre de ces installations par pays suit d'ailleurs la tarification du rachat par les gouvernements de l'électricité qu'elles produisent. L'action en faveur de l'environnement est pourtant tangible : avec en prévision 60 millions de m3 de gaz

à traiter par an, la centrale de Barcelone vise une production de 100 millions de kWh d'électricité, soit la consommation annuelle de l'éclairage public de la ville.

En France, on peut saluer l'action récente du ministère de l'Industrie en faveur des filières biomasse et biogaz.

L'Agence française de développement projette d'investir dans trois centres de stockage de déchets à Ethekwini, anciennement Durban (Afrique du Sud), pour les équiper de puits de captage de biogaz et de générateurs d'électricité. Le prêt bancaire sera sécurisé par les recettes de la vente du crédit de carbone économisé à la Banque mondiale, car ce projet entre dans le cadre du mécanisme de développement propre prévu par le protocole de Kyoto. Soit une aide répondant aux besoins des pays les plus pauvres.

PHOTOS :

Le réseau de captage du biogaz est enterré de façon lisible avec trappes de visite d'une cheminée de puits.

L'usine de transformation du biogaz en électricité.

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