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«Avoir conscience de l’incidence du logement sur la santé peut faire bouger les lignes», Stéphane Rouault, architecte
L'architecte Stéphane Rouault (à droite) a fondé l'agence Lemérou avec Laëtitia Lesage (à gauche) et Laëtitia Mérimée (au centre). - © Géraldine Walter

«Avoir conscience de l’incidence du logement sur la santé peut faire bouger les lignes», Stéphane Rouault, architecte

Propos recueillis par Marie-Douce Albert |  le 13/05/2020  |  ProfessionFrance LogementLogement collectifLogement neuf

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En obligeant à assigner 67 millions de Français à résidence, la crise du Covid-19 a eu pour effet secondaire de mettre en lumière les manques et les défauts de l’offre de logements. «Le Moniteur» a proposé aux acteurs de l’habitat de tirer les premières leçons du confinement. Pour Stéphane Rouault, l’un des trois architectes fondateurs de l’agence Lemérou, la conception et la construction de logements inadaptés peuvent accroître le risque, pour leurs occupants, de développer des maladies chroniques.
 

Quels enseignements sur l’état du logement peut-on tirer de la pandémie du Covid-19 et surtout du confinement qu’elle a contraint à imposer ?

Nous sommes encore sous le coup de l’émotion de cette crise et il nous faudra prendre du recul pour en analyser les conséquences mais nous ne pouvons qu'espérer qu’elle remettra la qualité des logements, pour tous, au cœur du débat. Déjà, elle a jeté une lumière accrue sur des situations pourtant connues, notamment parce qu’elles sont dénoncées dans chaque bilan annuel de la Fondation Abbé-Pierre, en matière de mal-logement : des habitations surpeuplées, des bâtiments qui ont été mal pensés et/ou mal construits…

Ces situations très inégalitaires ont pu être des facteurs d’aggravation de la pandémie dans certains quartiers. Ainsi il est troublant de constater des correspondances entre les cartes de la suroccupation des logements dans le Grand Paris [publiées en avril par l’Apur, NDLR.] et celles des zones les plus touchées par la maladie.

Le mal-logement a de toute façon une incidence sur la santé. Ce constat pourrait d’ailleurs faire bouger les lignes. La crise du Covid-19 a mis la santé au premier plan des préoccupations. Elle poussera peut-être les gens à juger leur logement à l’aune de cette nouvelle donne.

En quoi les conditions de vie chez soi peuvent dépasser le seul inconfort et être néfastes pour la santé ?

Notre agence travaille déjà avec des groupes de médecins et lorsque nous leur présentons des logements «standards», ils sont  inquiets. Même s'il ne faut pas généraliser, pour eux, de nombreux déclencheurs de maladies chroniques y sont potentiellement réunis comme la mono-orientation qui génère un manque de lumière et une mauvaise ventilation.

Normes phoniques inexistantes

Les cuisines, réduites au strict minimum, peuvent aussi avoir un impact : faute de place pour bien préparer les repas, il y a un risque de moins bien se nourrir. Il manque aussi un lieu pour partager ces repas, pour échanger en famille. Au-delà de l’hygiène physique, ces conditions peuvent avoir des répercussions sur le mental. Ainsi, il faut pouvoir s’isoler dans son propre logement, se mettre au calme. Mais si les normes phoniques sont très strictes pour ce qui est de l’isolation d’un logement à l’autre, elles sont inexistantes au sein d’un même foyer. Il faudrait pouvoir imposer des cloisons épaisses.

Les typologies mêmes des logements vous semblent inadaptées…

Nous n’arrivons pas, aujourd’hui, à sortir d’une logique de «produit» : on voit beaucoup les mêmes deux-pièces, trois- pièces, quatre-pièces … qui  correspondent à des modèles financiers. Ils sont trop rarement pensés en fonction des réalités locales ou des besoins véritables. Par exemple, les deux et trois pièces représentent le gros de la production neuve tandis qu’on construit très peu de grands logements, par crainte du manque de solvabilité des acquéreurs.

D’une manière générale, on considère que la cellule familiale a rétréci, parce que les couples se séparent. Mais on oublie là de penser aux familles recomposées, qui vivent une partie du temps à trois ou quatre et parfois à cinq ou plus, ou encore à ceux qui souhaitent pouvoir accueillir leur parents ou, pourquoi pas, quelqu’un dans le besoin. Quelles solutions avons-nous à leur proposer ? Cela fait partie des sujets sur lesquels il nous faut travailler.

Donner des marges de liberté

Plus généralement, le modèle actuel pensé comme «un séjour + des chambres» ne permet pas beaucoup plus d’usages que regarder la télé et dormir. Ce qui impose tout de même un drôle de mode de vie. Et où trouve-t-on la place, comme ces dernières semaines, pour organiser le télétravail ou faire l’école à la maison ? Il faut savoir redonner de la souplesse aux logements, rendre la possibilité aux gens de choisir ce qu’ils veulent y faire. Quelles marges de liberté pouvons-nous offrir?

Le minimum serait des vues si possible, de la lumière naturelle, des cuisines confortables, un balcon ou une terrasse, pouvoir être ensemble mais aussi s'isoler. Des coins et recoins pour y inventer ses usages ! Notre agence a par exemple développé le principe de «l'entre-pièces».

Sur le même sujet «Nous devons débattre davantage de l’appropriation du logement par ses habitants»

Voilà des années que nous plaidons pour que le logement soit à nouveau envisagé au sens du lieu où l’on habite et non plus, donc, comme un produit. Cela dit, ce logement seul ne peut pas tout. Il va certainement falloir aussi réfléchir à mutualiser des usages et à repenser les gouvernances des lieux. Par exemple tout ce qu’il serait possible de proposer à l'échelle de l'immeuble ? De la résidence ? De l'îlot ?

Mais comment revoir les mécanismes de production ?

En priorité, il faut en finir avec le principe de la démolition comme incontournable point de départ. Nous devons profiter du patrimoine dont nous disposons, que ce soit dans les quartiers en renouvellement urbains ou dans les centres bourgs. Nous devons être inventifs pour transformer, restructurer, réhabiliter et densifier tout bâti existant.

Nous devons aussi raisonner en coût global, aller au-delà du coût immédiat de la construction. On pourrait aller très loin. De la même manière qu’il serait possible d’intégrer les économies d’énergie sur le long terme, on peut imaginer tenir compte des baisses de dépenses sociales et sanitaires générées par des logements bien conçus.

La question est évidemment de savoir comment financer cela et je n’ai pas la réponse. Mais prenons l’exemple du télétravail : à la suite de cette crise sanitaire, les entreprises verront peut-être un intérêt à le développer, notamment pour faire des économies sur leur poste immobilier. Mais dans ce cas, le télétravail deviendra un modèle et il faudra que les employeurs participent au financement de logements qui seront véritablement adaptés au travail de leurs salariés.

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