Qualité/Sécurité

Avis de prudence de l’Afsset sur l’exposition aux laines minérales

Dans son rapport d’expertise relatif aux laines minérales, l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (Afsset) attire l’attention sur les expositions professionnelles aux laines minérales, supérieures de 10% à la valeur française admise. Et recommande des mesures de prévention.

« Pour les laines minérales, les niveaux d’exposition professionnelle montrent que le taux de dépassement de la valeur moyenne d’exposition est de l’ordre de 10% (notamment lors d’opérations d’usinage, soufflage,…) » ; c’est ce qu’indique l’Avis rendu public fin octobre 2008 de l’Afsset, dont la mission est d’assurer la sécurité sanitaire dans le domaine de l’environnement et du travail et d’évaluer les risques qu’ils peuvent comporter.
En France, la valeur limite moyenne d’exposition (VME) pondérée sur 8 heures est fixée à 1 fibre/ml. Il s’agit d’une valeur à caractère indicatif, compte tenu de l’absence de valeur réglementaire.
Ce rapport de l’Afsset de plus de 240 pages fait suite à la demande, en 2004, de ses ministres de tutelle chargés de la santé, de l’écologie et du travail, d’évaluer l’exposition de la population générale et professionnelle aux fibres minérales artificielles siliceuses (FMA). Il met en évidence une augmentation au cours du temps de la proportion de fibres fines en suspension dans l’air. « Cette situation, selon lui, est probablement liée à une modification des caractéristiques dimensionnelles des laines minérales dans les vingt dernières années ».

Augmentation des fibres fines en suspension


La nature des fibres joue un rôle dans les mécanismes toxiques induits par les laines.
L’Afsset rappelle qu’elles se composent principalement de silice (40 à 70 %), d’alumine et de divers oxydes. Au début des années 1990, leur composition chimique a été modifiée afin d’accroître la solubilité des fibres dans les milieux biologiques, satisfaisant ainsi aux critères d’exonération de classement cancérogène2 de la directive européenne 97/69/CE.
Depuis les deux dernières décennies, la tendance est à une diminution continue du diamètre des fibres produites par les industriels. A l’heure actuelle, les chiffres disponibles établissent
ce diamètre moyen entre 3 et 8 µm (à titre indicatif, les fibres d’amiante sont inférieures à 1 µm). Outre les fibres, les liants contenus dans les laines minérales peuvent également être responsables d’effets sur la santé. 3 à 5% de liants organiques (résines formo-phénoliques) assurent la cohésion du produit et moins de 1% d’huile limite l’émission de poussière et l’absorption de l’eau. Suite à une réaction chimique et thermique, le liant devient solide et libère une quantité résiduelle de formaldéhyde (recherché pour son activité biocide) susceptible d’émaner du produit lors de la pose ou de l’utilisation. Une étude réalisée à la demande de l’Afsset, montre que 8 produits courants d’isolation testés (4 neufs et 4 anciens), ont des émissions en composés organiques volatils (COV) respectant les seuils fixés par le protocole Afsset 2006 (procédure de qualification des produits de construction sur la base de leurs émissions de composés organiques volatils et de critères sanitaires), à l’exception du formaldéhyde. Les émissions de formaldéhyde, principal composé dégagé, peuvent perdurer, même plusieurs années après la pose, comme le montrent des essais réalisés sur les produits anciens.

Soufflage : une concentration en fibres en suspension plus forte ?


Le marché de l’isolation thermique connaît un développement important depuis 20 ans et les laines minérales, qui représentent 60 à 70 % des matériaux utilisés dans le bâtiment, répondent favorablement aux exigences réglementaires, en termes d’isolation thermique, acoustique et de protection incendie. Cependant, l’Agence s’étonne que « l’isolation des toitures avec de la laine soufflée en flocons soit de plus en plus utilisée, alors que cette technique est à priori la plus émissive en termes de fibres ».
Ce constat prend appui sur une étude 2008 réalisée par Batim’Etudes concernant l’isolation des toitures qui montre que la technique des laines agrafées ou déroulées, la plus utilisée en maisons individuelles, diminue (-11% pour les maisons individuelles isolées et -14% pour les maisons individuelles groupées par rapport à 2001) au profit des laines soufflées ou en vrac, qui représentent 25% des techniques pour les maisons individuelles et 19% pour les logements collectifs.
Par ailleurs, lors du soufflage, les concentrations en fibres en suspension dans l’air sont supérieures à 1f/cm3, selon l’Inrs (Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles), contre moins de 0,5 f/cm3 lors de la pose de matériaux compactés, comme les panneaux.
Concernant le vieillissement des produits et son effet sur l’environnement, peu de données existent, toutefois une étude réalisée à la demande de l’Afsset suggère que les matériaux vieillis émettent davantage de fibres au moment de leur retrait que lors de la pose de produits neufs.

Une prévention multi-directions


Face à ces constats, l’Afsset émet dans son Avis un certain nombre de recommandations.
Elle appelle les industriels à renforcer la connaissance des caractéristiques des produits et leur traçabilité et à mettre en place systématiquement des fiches de données de sécurité (FDS) même si aucune obligation réglementaire l’exige. Rappelons que les FDS permettent à l’employeur d’évaluer les risques et d’en informer ses salariés à travers la rédaction d’une fiche de poste. La gestion des déchets de laines minérales, particulièrement sur l’identification et le tri, devra être améliorée.
Pour mieux caractériser l´exposition professionnelle et celle de la population aux fibres, plusieurs voies sont préconisées, parmi lesquelles l’élaboration des méthodes de quantification pour déterminer le niveau de contamination d’un local.
L’Afsset souhaite également que des mesures de prévention soient prises. Cela se traduirait par l’adoption des procédures visant à réduire l’émission de fibres et empêcher ainsi leur dispersion dans l’environnement en priorité pour les chantiers de retrait, mais aussi par la mise en place d’un label d’émissivité en COV. Plus largement, l’élaboration d’une « carte d’identité du bâtiment » recensant l’ensemble des matériaux utilisés est jugée d’intérêt pour une meilleure traçabilité.
Interrogé sur cet avis, Le Syndicat national des fabricants de laines minérales, le Filmm, précise qu’il milite aussi pour que certaines de ces recommandations soient mises en œuvre, notamment la poursuite d’une meilleure connaissance des fibres et de l’exposition des professionnels. Cependant, il conteste les résultats avancés sur l’exposition professionnelle : « Nos mesures effectuées sur les chantiers montrent des niveaux, pendant la pose des laines minérales, de 0,2 fibre/cm3 maximum, très largement inférieurs à ceux de l’Afsset, voire à la valeur limite moyenne de 1 fibre/cm3 », précise Caroline Lestournelle, Secrétaire Générale.

Retrouvez l’intégralité de l’Avis sur www.afsset.fr

Retrouvez la réaction des industrielles dans l’article « Exposition aux laines minérales : les industrielles réagissent »

Vos réactions, vos points de vue, écrivez nous : courrier.moniteur@groupemoniteur.fr

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  • - Le

    quid des protections ?

    en ce qui me concerne, je n’ai jamais vu d’ouvrier porter de protections respiratoires lors de la pose de laine sur chantier, peut etre devrait on commencer par là ?
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