En direct

Avignon : restauration à l’identique pour la tour de Trouillas

Stéphane Miget |  le 13/07/2011  |  TechniqueChantiersVaucluse

Depuis quinze ans, le Palais des Papes à Avignon fait l'objet d'une campagne de restauration. Partie intégrante du palais, c'est maintenant la tour de Trouillas qui fait l'objet de toutes les attentions. Avec un seul objectif : retrouver l'authenticité de l'ouvrage.

100 tonnes d'échafaudage, 40 tonnes de gravats par mois, 320 m3 de pierre à changer ou encore 30 m3 de pierres taillées chaque mois, la restauration de la tour de Trouillas du Palais des Papes à Avignon représente, c'est le moins que l'on puisse dire, l'un des plus gros chantiers de ce type en cours. Cette opération est réalisée dans la continuité des restaurations déjà engagées sur le Palais des Papes depuis 1994 par la ville d'Avignon et l'Architecte en chef des Monuments historiques. L'objectif étant de restaurer cet ouvrage édifié au XIVe siècle à l'identique. Une opération facilitée par de nombreuses archives disponibles sur la construction du palais, archives conservées à travers les siècles : « Cette reconstruction à l'identique est possible grâce au miracle de l'histoire, explique Didier Repellin, architecte en chef des Monuments historiques. Le bâtiment est resté étonnamment authentique.

Relevés détaillés des lieux

Au fil des ans, il a été embelli mais très peu modifié, la disposition étant encore originelle. Les seules modifications subies par le palais datent de la période militaire, mais les régiments qui les ont opérées, ont effectué des relevés détaillés des lieux qui permettent aujourd'hui d'avoir des connaissances précises. De plus, la majorité des archives d'époque, transférées au Vatican, permettent de connaître les caractéristiques originelles de ce palais et de le rénover à l'identique". Ce qui n'a pas empêché l'intervention d'une équipe d'archéologues qui ont effectué relevés et sondages afin de vérifier les données connues à ce jour et la véracité des textes médiévaux.

Recherche des matériaux

Cette connaissance du bâtiment a facilité les recherches de matériaux pour la réalisation des travaux. L'objectif étant de s'approcher au plus près des caractéristiques de ceux ayant servi lors de la construction. Notamment la chaux utilisée pour réaliser le jointoiement, le ragréage et la patine des pierres. L'entreprise qui réalise les travaux a testé de nombreuses chaux et a retenu celle (NathuralTM de Lafarge) qui avait le plus de similitudes avec le liant de l'époque. Très blanche, elle permet aussi de mettre en valeur les sables utilisés. Sables qui ont également fait l'objet d'une recherche tout comme les pierres.

Rénovation des parements extérieurs

Concrètement, ce sont les parements extérieurs de la tour qui sont rénovés et consolidés, en remplissant notamment les anciennes fissures statiques. Les dix derniers mètres de la tour font l'objet d'une restauration plus lourde, notamment en raison de nombreuses pierres qui menacent de s'écrouler. Il est également prévu de remettre en état les ouvertures qui, pour certaines, ont été obstruées et de recréer des éléments qui ont disparu avec le temps. Lors de sa construction, la tour mesurait en effet entre 4 et 6 mètres de plus qu'aujourd'hui, puisqu'elle était coiffée de mâchicoulis, d'un parapet, d'une terrasse et d'un châtelet. Sa structure interne, quant à elle, a déjà fait l'objet de travaux importants afin d'abriter les onze niveaux des archives départementales. A noter, l'activité des archives n'a pas été arrêtée pendant le chantier. Une contrainte qui a perduré toute la durée du chantier. Entre autres, des caméras de vidéosurveillance installées pour dissuader toute intrusion sur le chantier, l'utilisation de matériel le plus discret possible (percussion) ou l'installation de sas pour limiter la propagation des poussières.

Hydro gommage

Sur le plan technique, l'entreprise Sele, en charge des travaux, a procédé dans un premier temps à un décapage de la tour en utilisant la technique de l'hydro-gommage afin de préserver le calcin de la pierre. Pour ce nettoyage en douceur, les compagnons ont utilisé une archifine 7, un granulat tiré des scories de fusion de centrales thermiques et présentant un Ph proche du neutre. L'étape suivante a consisté à remplacer (refouille) les pierres les plus abîmées. Toutes ne pouvant pas être remplacées, certaines sont traitées à l'aide d'un ragréage effectué à partir d'un mortier de parement à base de chaux blanche.
Cette phase demande un travail minutieux et une grande sensibilité artistique aux compagnons qui la réalisent. D'autant que des pierres de teintes différentes ont été utilisées au cours des siècles. Pour chaque pierre, il est donc nécessaire de réaliser un nouveau dosage des composants (chaux, sable et pigments). L'objectif étant d'obtenir la bonne couleur pour que la pierre restaurée se fonde dans la masse. Ensuite les pierres sont jointoyées avec un soin particulier pour se rapprocher au maximum de la teinte et de la texture de l'époque. La dernière étape consiste à travailler les patines. Toutes les pierres sont enduites de lait de chaux légèrement pigmenté avec le double objectif d'harmoniser leur aspect et de les protéger.

Construit au XIVe siècle, le palais des Papes, d’une superficie de 15 000 m2, est la plus grande construction médiévale d’Europe.
Construit au XIVe siècle, le palais des Papes, d’une superficie de 15 000 m2, est la plus grande construction médiévale d’Europe.

Commentaires

Avignon : restauration à l’identique pour la tour de Trouillas

Votre e-mail ne sera pas publié

Les bonnes raisons de s’abonnerAu Moniteur

  • La veille 24h/24 sur les marchés publics et privés
  • L’actualité nationale et régionale du secteur du BTP
  • La boite à outils réglementaire : marchés, urbanismes, environnement
  • Les services indices-index
Je m’abonne
Supports Moniteur