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Avec ses toilettes écologiques, le docteur Pathak révolutionne l'Inde
Bindeshwar Pathak et des "intouchables" rentrant dans un temple normalement interdit à cette caste - ©

Avec ses toilettes écologiques, le docteur Pathak révolutionne l'Inde

E.L |  le 25/08/2009  |  EnvironnementInternationalEuropeSantéTechnique

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Lauréat du "Stockholm Water Price 2009" et déclaré "Global Best Practice" par les Nations Unies en 2008, Bindeshwar Pathak a mis au point des sanitaires économes en eau, utilisés par plus de 10 millions d'Indiens chaque jour.

En 2008, toute la presse, en passant par CNN et BBC, a parlé du docteur en sociologie indien Bindeshwar Pathak. Il avait été reçu aux Nations Unies avec une trentaine de jeunes femmes, de la caste des "Intouchables", anciennes nettoyeuses d'excréments. Aujourd'hui extirpées de leur condition, elles avaient alors participé à un défilé de mode. Symbole médiatisé, cette action est loin de résumer le travail du professeur Bindeshwar Pathak.

Un "Brahmin" au service des "Intouchables"

Issu de la caste la plus élevée de l'hindouisme, les Brahmin, c'est lors de ses études qu'il a pris conscience de l'ampleur et de la gravité du problème sanitaire que connaît son pays. Dans le cadre de son doctorat, il a été amené à partager le quotidien de nettoyeuses de récipients utilisés comme toilettes. En 1993, le gouvernement a interdit cette "profession", mais on estime qu'encore aujourd'hui plus de 300 000 Intouchables, caste la plus basse, la pratiquent. Pour eux, attraper le choléra fait partie des risques du métier.
A la suite de son doctorat, Bindeshwar Pathak décide de quitter l'observation pour l'action. Il met en place un ensemble éducatif de grande envergure pour apprendre d'autres métiers à ces travailleurs et à leurs enfants, auxquels le poids des castes ne semble laisser aucune autre perspective.
Au départ, le "Sulabh Sanitation Movement", fondé en 1970 par le docteur Pathak, militait contre la condition des Intouchables. Mais après quelques années, son champ d'action s'est élargi. Les Intouchables n'étant pas les seuls à pâtir de l'absence du tout-à-l'égout, il s'est attaqué à la base du problème, en développant un sanitaire autonome et facile à mettre en œuvre.

En Inde, 700 millions de personnes n'ont pas accès à des sanitaires de base, soit les ¾ de la population, et, pour la plupart, les toilettes se résument à l'utilisation d'un seau. Bindeshwar Pathak estime que cette situation sanitaire dramatique est directement responsable de la mort de plus d'un demi-million d'Indiens chaque année.
Dans ce contexte, les toilettes mises au point par cet universitaire sont une véritable révolution.
Avec son ONG rebaptisé "Sulabh international sanitation organisation", depuis plus de trente ans, il en a installé plus d'un millier dans des résidences et a implanté plus de 7500 sites de toilettes publiques, dont un complexe contenant plus de 120 toilettes. Au total, plus de 10 millions d'Indiens en profitent chaque jour. Soutenu par les Nations Unies pour reprendre ce système au niveau mondial, Sulabh forme actuellement des maîtres d'œuvre et d'ouvrage dans 14 pays d'Afrique et en Afghanistan.

La passion du sanitaire

Si ces toilettes intéressent les Nations Unies, c'est qu'elles ont l'avantage majeur de n'utiliser que 1,5 litre d'eau par utilisation, et de générer du compost. Disposant de deux fosses, chaque sanitaire individuel utilise la première pendant 3 ans, puis la seconde. De cette manière, les excréments ont le temps de se dégrader en un engrais fertile.
Ainsi, l'organisation a mis en place plus de 190 centres de production de biogaz, dont la matière première provient des toilettes publiques mises en place par Sulabh.
Toujours guidée par la formule "aucun déchet ne doit être gaspillé", l'ONG a aussi établi un procédé de traitement " low-cost" de l'eau usée, afin de pouvoir la réutiliser pour l'agriculture. Ce procédé est d'ailleurs développé par le gouvernement indien qui voit là un moyen de réduire la pollution du Gange, dont l'état sanitaire est catastrophique.

Bindeshwar Pathak se révèle également être un excellent gestionnaire. Afin que, tout en équilibrant ses comptes, tous les Indiens puissent profiter de ses toilettes, Bindeshwar Pathak a mis en place une large gamme de sanitaires. Les prix s'échelonnent de 15 dollars à plus de 1000 dollars pour les plus "luxueuses". Ainsi, en 2005, son organisation a fait plus de 5 millions de dollars de bénéfices.

Afin de montrer l'importance des sanitaires pour son pays, le docteur Bindeshwar Pathak ne manque pas d'imagination. Après avoir visité le musée de Madame Tussaud à Londres, il lui est venu l'idée de fonder un musée consacré aux toilettes à New Delhi. Certainement unique au monde, il est un formidable lieu d'éducation pour une population qui n'a souvent jamais vu de sanitaire.
Loin de s'arrêter là, afin de "valoriser" encore plus les toilettes, son organisation travaille actuellement à la rédaction d'une encyclopédie du sanitaire...

Bindeshwar Pathak et des
Bindeshwar Pathak et des "intouchables" rentrant dans un temple normalement interdit à cette caste - ©
Musée dédié aux toilettes à New Dehli
Musée dédié aux toilettes à New Dehli - ©

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