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« Avec sa LCAP et son grand chapeau », chronique par Adrien Pouthier
Adrien Pouthier - © © Bruno Levy / Le Moniteur

« Avec sa LCAP et son grand chapeau », chronique par Adrien Pouthier

Adrien Pouthier, journaliste au « Moniteur » (@Apouthier) |  le 29/12/2016  |  France entière

Promoteurs tous méchants et incultes vs architectes tous gentils et talentueux ? Le débat n’est pas si simple, ni si manichéen. A preuve, les réserves et interrogations formulées par le chef du service « Web » du « Moniteur.fr » à l’occasion de l’adoption de la loi Liberté de la création, architecture et patrimoine, et de son volet sur le permis d’aménager…

Pour saisir tout l’enjeu de la loi Liberté de création, architecture et patrimoine (LCAP), il faut revenir à cette première vérité de la construction en France : un promoteur, c’est méchant, pingre et ça n’a aucun goût.

C’est avec une joie non dissimulée qu’un promoteur accueille un permis de construire pour un lotissement sans charme et pas cher qu’il aura arraché de force à un maire pourtant tellement soucieux de protéger son village, trésor patrimonial inestimable chéri par ses 250 habitants à l’année. Et c’est de bonne grâce que le promoteur porte le chapeau pour tout ce qui est laid en France. A l’exception de la Philharmonie de Paris, faut quand même pas pousser.
Or, voilà que dans un élan esthétique bien surprenant de la part d’élus dont le principal acte d’embellissement est souvent de fleurir le millième rond-point de leur circonscription, le Parlement décide d’adopter la loi LCAP pour redonner toute leur place aux architectes. Des architectes qui, eux, sont gentils, généreux et ont bon goût. Sauf peut-être Frank Gehry.
Désormais donc, l’architecte est obligatoire pour l’aménagement des lotissements… au-delà d’une surface de terrain qui sera fixée par décret (on leur refait quand même le coup du seuil de recours obligatoire pour la maison individuelle…). Un choix politique qui risque de faire monter les prix. Car aussi généreux soit-il, l’architecte n’est pas un philanthrope. Il peut même avoir tendance à délivrer des devis faramineux (certainement pour honorer la mémoire de Zaha Hadid).
Mais rassurons tous ceux qui craignent que la loi LCAP ne signe l’arrêt de mort d’une longue tradition française de la promotion immobilière : l’architecte est aussi capable de faire moche, au mauvais endroit ou au mépris du contexte, il suffit de se promener dans quelques villes de France pour s’en convaincre. Cerise sur le gâteau : il signera désormais son travail. Et portera à son tour le chapeau.

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