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Au fil des lauzes, les Bioulac conjuguent la tradition au présent
Les Toitures d'Auvergne - © FrŽdŽric PIGOT/APAP

Au fil des lauzes, les Bioulac conjuguent la tradition au présent

Frédéric Pigot |  le 15/01/2019  |  100 % gros œuvre Moi, artisan EntreprisesToitureLauze

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Créée en octobre 1974 à Montsalvy (Cantal), l’entreprise Les Toitures d’Auvergne cultive avec soin un savoir-faire séculaire, sans rester indifférente au progrès qui fait aussi sa différence.

Robert Bioulac avait 14 ans quand il a embrassé le métier de couvreur. À l’âge de 16 ans, il lui arrivait d’être seul sur le chantier, sans protection particulière. Il était alors employé. Dix ans plus tard, il décide de repartir sur de nouvelles bases avec la sécurité pour credo. Il s’associe à sa femme et à un beau-frère pour créer Les Toitures d’Auvergne.

L’effectif de l’entreprise atteint 6 salariés. Une taille qui n’a jamais été dépassée. « Pour conserver une bonne qualité de travail, on ne veut pas s'agrandir beaucoup, sinon ça nous échappe. Le problème dans le métier de couvreur, c’est d’obtenir un travail bien fait. À chaque rang, on peut louper un toit, c’est très méticuleux », explique Ludovic Bioulac, 32 ans, qui a depuis intégré l’entreprise, avec son frère Dominique, 46 ans.

Maîtres ès lauzes

Un souci de qualité qui, en novembre 2017, leur a valu de décrocher le Label Entreprise du patrimoine vivant. Déjà en 1976, le savoir-faire de leur père avait été distingué à Paris où il avait été convié à exposer au salon du travail manuel. Il y a participé trois années de suite. Habilitée pour intervenir sur les monuments historiques, l’entreprise assure l’entretien d’une vingtaine de châteaux, et de nombreuses collectivités recourent à ses services pour leur patrimoine.

Du petit puits jusqu’au château en passant par la simple maison de pays, le toit de garage, l’église, le secadou (séchoir à châtaignes) ou le buron (habitat agricole d’estive), les Bioulac couvrent un vaste champ de constructions, mais avec une constante : la lauze. Ce matériau représente 95 % de leur activité. Les rares infidélités qu’ils lui font, c’est par fidélité à leurs meilleurs clients, pour les dépanner. Exceptionnellement, ils couvrent alors un toit en ardoise ou en tuile mécanique…

« Le département du Cantal compte une centaine de couvreurs, mais moins de 10 % travaillent la lauze », remarque Ludovic Bioulac. Traditionnellement, ces dalles de pierre étaient extraites à proximité des chantiers. Désormais, elles sont récupérées sur des ruines alentour en évitant soigneusement le panachage pour des raisons esthétiques. Par chance, les lots de lauzes à vendre se font moins rares qu’à une époque.

Organisation du travail

« Quand il fait beau, on démonte pour la récupération ou on remonte, précise Ludovic Bioulac. 40 % du travail se fait à l’abri. C’est la taille et le triage des lauzes en grandeur. Elles sont ensuite remises en palettes avant d’être montées sur le toit. » La taille s’effectue souvent à l’atelier de Montsalvy où l’entreprise est basée. La lauze est toujours très gourmande en main d’œuvre. « On a pu tout mécaniser, sauf la taille. Avec la machine, le résultat n'est pas satisfaisant, on ne sent pas si la pierre est saine ou pas », constate Ludovic Bioulac en expliquant que c’est au son du marteau qu’on l’entend.

C’est au niveau de la sécurité et de la manutention que se fait la différence. Telle a toujours été la conviction de Robert Bioulac qui a su la transmettre à ses fils. L’entreprise dispose aujourd’hui d’une grue à montage automatisé, de trois camions-grue et de 3 à 4 000 m² d’échafaudages multidirectionnels avec escaliers.

Côté organisation, les Bioulac ont pour habitude de mener de front trois ou quatre chantiers en même temps en gardant ceux les plus en altitude pour l’été. « Autrefois, l’entreprise avait deux mois de travail d’avance. Il fallait quatre gros chantiers par an et on comblait au milieu », raconte Ludovic Bioulac.

Aujourd’hui, Les Toitures d’Auvergne ont un carnet de commandes de 7 à 12 mois et tablent sur une quinzaine de chantiers par an dont 3 gros et 5 moyens. Même s’ils ont déjà largement à faire dans le Cantal, il leur arrive aussi d’intervenir dans le Lot et l’Aveyron. Pour une intervention en complément sur un toit de lauzes, il faut compter 130 €/m² contre 35 en tuile mécanique.

Innovation pour les faibles pentes

Garants d’une tradition séculaire, les Bioulac peuvent aussi innover. Il y a quelques mois, ils ont été appelés au secours du côté du Plomb du Cantal - au bout d’une piste de 1,8 km à 1400 mètres d’altitude - pour la toiture d’un ancien bâtiment agricole récemment transformé en gîte haut de gamme, et recouvert par un confrère. A cause d'une pente trop faible, l'eau et la neige ne s'écoulaient pas bien. Les infiltrations menaçaient sérieusement la charpente et l'intérieur du gîte. L’occasion pour Les Toitures d’Auvergne de mettre en œuvre pour la première fois, à grande échelle, une technique qu’ils sont en train de faire breveter.

Concernant le chiffre d’affaires de l’entreprise, Ludovic Bioulac reste discret. « Pour nous, ce n’est pas l’important. Ce qu’on cherche, c’est un travail de qualité. La course au chiffre d’affaires, c’est non. Il faudrait passer à une autre échelle. On préfère rester petit, maîtriser la qualité », précise-t-il en constatant une épidémie de sinistres. Depuis trois à quatre ans, les Bioulac doivent régulièrement reprendre des chantiers de leurs confrères.

« La malfaçon est l’ennemi numéro un de notre métier », insiste-t-il pour justifier cette volonté de garder un œil sur l’intégralité de leurs chantiers. Avec son frère Dominique, ils cultivent leur polyvalence sur les toits autant qu’au niveau administratif. L’un comme l’autre, ils sont capables d’établir les devis ou d’assurer le suivi des chantiers. C’est le client qui décide de son interlocuteur.

Robert Bioulac, désormais âgé de 70 ans, a passé le flambeau à ses fils en 2012, mais est toujours salarié de l’entreprise. Il lui arrive encore de prendre de la hauteur sur les toitures d’Auvergne, en toute sécurité. Ludovic et Dominique préparent toute même la suite. « On va prendre un jeune apprenti en reconversion. On va voir si ça matche, s’il aime ça. Nous, on verra de suite s’il a l’œil, le coup d’œil pour prendre la lauze de bonne largeur. »

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