Au congrès des maires, Emmanuel Macron tente de jouer collectif

Pas de sifflet, une salle calme, et peu d’annonces. Pour son retour devant le congrès des maires, le président de la République Emmanuel Macron s’est surtout attaché à défendre les réformes en cours. Il a aussi appelé à « travailler collectivement », notamment concernant « un nouvel aménagement du territoire », et à être jugés sur les actes.

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Au congrès des maires, Emmanuel Macron tente de jouer collectif
Emmanuel Macron lors du 102e congrès des maires, le 19 novembre 2019.

C’est presque par une déclaration d’amour que le chef de l’Etat a entamé son discours devant les maires, lors de leur 102e congrès, le 19 novembre. Absent l’an passé dans un contexte tendu avec les collectivités locales, « nous nous retrouvons. Mais je ne crois pas que nous nous soyons vraiment quittés. Votre connaissance du territoire me nourrit. J’ai tant appris de vous ».

Alors que les municipales approchent, Emmanuel Macron a joué l’apaisement avec les élus locaux. Les représentants de l’Association des maires de France (AMF) ont d’ailleurs reconnu que « le ton [avait] changé », comme l’a souligné à la tribune André Laignel, premier vice-président délégué de l’association.

De son côté, le président de l'AMF François Baroin a même reconnu que le chef de l’Etat avait « eu raison d’organiser le grand débat national et de (s’)appuyer sur les maires de France ». Mais les éloges se sont quasiment arrêtées là.

« Nous revenons de loin »

En effet, François Baroin et André Laignel n’ont pas manqué de rappeler les nombreux sujets de désaccord entre les territoires et l’exécutif. « Nous revenons de loin, s’est ainsi exclamé le premier. Le mandat qui s’achève a été difficile tant par les circonstances que par ce que nous avons entendu à notre égard. » Et de rappeler la critique selon laquelle les maires seraient trop dépensiers, clientélistes, qu’ils « aimeraient trop les cocktails et les ronds-points, qu’ils sont la France du passé »…

Le premier vice-président, lui, a estimé que les maires étaient encore « trop souvent considérés comme les supplétifs de l’Etat et les communes comme les variables d’ajustement et comme une charge plutôt que comme les leviers de la France qui réussit. Les promesses ne manquent pas, mais elles se fracassent souvent contre la réalité ».

La suppression de la taxe d’habitation a de nouveau fait l’objet de critiques de la part des deux représentants de l’AMF, l’un, André Laignel, la décrivant comme « mal préparée et pour l’essentiel improvisée » et continuant à douter de sa compensation à l’euro près sur le long terme. L’autre, François Baroin, évoquant « un fruit qui ne passe pas très bien, au goût amer ». Et d’ajouter : « comme tous les chefs de l’Etat, vous n’êtes pas le premier, vous avez décidé de supprimer un impôt qui ne vous appartient pas. Je le dis encore plus volontiers qu’André Laignel et moi avons fait partie de gouvernements qui ont fait la même chose ».

« Recoudre une France trop souvent déchirée »

Emmanuel Macron n’a pas souhaité répondre point par point à tous les sujets de discorde évoqués par les deux élus, répondant non sans ironie que s’il avait voulu le faire, « je serais ministre, et c’est d’ailleurs pour ça que je vous les envoie ». Sur la taxe d’habitation, il s’est contenté de rappeler qu’il tenait une promesse et d’insister sur le fait que sa suppression « sera compensée par l’Etat, avec un transfert d’impôt national. Cela ne s’était jamais fait. Si bien que le payeur à la fin, ce sont l’Etat et ses économies ».

Plusieurs fois au cours de son discours, le chef de l’Etat à appeler à l’unité et au travail collectif. « Il y a trop de fractures – territoriale, numérique, sociale, identitaire, culturelle -, comme si la France n’est plus une. C’est toujours un déchirement car la République ne saurait être qu’une et indivisible. Nous devons tout mettre en œuvre pour résorber ces fractures. Pour recoudre une France trop souvent déchirée. »

Nouvel aménagement du territoire

Pour le président de la République, l’heure est aussi à un nouvel aménagement du territoire, que « nous devons travailler collectivement », pour lequel « toutes les compétences sont à assembler et à mobiliser ». La transformation est déjà en cours, a-t-il assuré, et l’Etat est de retour sur différents sujets.

Liste non exhaustive, dans le but non caché de « défendre le Premier ministre et son gouvernement » : Action cœur de ville, Agenda rural, maisons France service, plan France très haut débit (THD) – « 14 000 lignes de fibre optique sont tirées chaque jour ouvrés, nous serons au rendez-vous du haut débit en 2020 et du THD en 2022 » -, LOM – « qui doit être votée incessamment et qui a été largement concertée » -, création de l’ANCT, Territoires d’industrie – « nous sommes en train de reconquérir et de créer des emplois industriels »…

« Nous arrivons tard, je le sais, mais il n’y a pas de fatalité », a-t-il expliqué, reconnaissant cependant que ces transformations prendront du temps : « cela dépend de vos engagements et de la clarté de nos choix. Il y a des projets à porter, des investissements à favoriser. L’aménagement de notre territoire est à construire à partir de ces projets, pour bâtir les nouvelles formes de vivre ensemble, d’habiter, de se déplacer… »

« J’ai besoin de vous »


Et les choix actuels peuvent d’ailleurs mener à revoir des plans établis depuis longtemps. « Nous devons réinventer les mobilités, redynamiser des centres villes désertés, parfois totalement, par les commerces et aussi les habitants, à cause de choix faits dans les années 80 ou 90. C’est pour cela que je suis parfois obligé d’annuler des projets qui ne sont plus à l’ordre du jour. » Une allusion à peine voilée à Europacity ?

Même si pour finir, beaucoup de maires ne semblaient pas convaincus par le discours, Emmanuel Macron aura tenté une réconciliation. « Nous avons collectivement de nouveaux défis à relever », notamment autour de la transition énergétique qui se joue « en vérité dans les communes et sur les territoires. L’Etat doit donner un cadre et les instruments, mais ce sont aux communes qu’il importe de faire ». Raison pour laquelle il l’a affirmé : « j’ai besoin de vous et c’est ensemble que nous bâtirons cette action utile ».

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