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Au Carrefour de l’eau, les canalisateurs chassent en meute
Au Carrefour des gestions locales de l’eau, les canalisateurs de France ont tiré la sonnette d’alarme sur l’état des réseaux. - © © Jean-Philippe Defawe

Au Carrefour de l’eau, les canalisateurs chassent en meute

Jean-Philippe Defawe (Bureau de Nantes du Moniteur) |  le 30/01/2017  |  transportIlle-et-VilaineTravaux sans tranchée

Réunis pour la première fois au Carrefour des gestions locales de l’eau de Rennes, les Canalisateurs de France ont tiré la sonnette d’alarme sur l’état des réseaux tout en apportant des pistes concrètes d’amélioration.

10 200 participants, soit 600 de plus que l’année dernière, le Carrefour des gestions locales de l’eau poursuit sa dynamique. Ce rendez-vous, qui s’est tenu les 25 et 26 janvier au parc des expositions de Rennes, est en constante évolution depuis sa création il y a 18 ans.

Avec quelque 400 exposants en provenance de toute la France, voire de plusieurs pays européens, l’événement a acquis un statut national. Les Canalisateurs de France l’ont bien compris. Associée aux fédérations régionales des travaux publics, l’organisation professionnelle, qui fédère quelque 330 entreprises, a choisi ce salon pour exposer son savoir-faire sur un village dédié, présenter son premier bilan de conjoncture de l’année, ainsi qu’une enquête réalisée par Harris Interactive sur «les Français et les réseaux d’eau potable».

Décalage entre perception des Français et réalité

Les résultats de ce sondage, réalisé en janvier auprès de 1015 personnes, permettent de mieux mesurer le rapport entre les réseaux d’eau potable et la qualité de l’eau. On y apprend ainsi que les Français pensent dépenser chaque mois 46 euros pour la consommation d’eau potable et d’assainissement dans leur logement. En réalité, selon le rapport Sispea-Onema, le budget moyen mensuel d’une facture d’eau est de 39,2 euros.

Concernant l’état des canalisations d’eau potable, 70% des individus interrogés se disent globalement confiants. Un comble lorsque l’on sait qu’un litre d’eau sur cinq est perdu dans les canalisations à cause des fuites, soit près d’un milliard de mètres cubes d’eau traitée perdu chaque année. Enfin, lorsqu’on leur demande au bout de combien de temps, selon eux, il faut renouveler les canalisations d’eau potable pour assurer la qualité de l’eau, les Français estiment qu’il faut le faire en moyenne tous les 24 ans. Un gouffre par rapport à la réalité. «En France, le taux moyen de renouvellement des réseaux est de 0,6. Cela veut dire qu’il faudra 160 années pour le changement d’une canalisation d’eau potable» déclare Alain Grizaud, président de Canalisateurs de France.

La fin des années noires ?

Ce taux effrayant de 0,6 ne devrait guère évoluer dans le bon sens même si les élus, fortement incités par les agences de l’eau, commencent à intégrer une gestion patrimoniale de leurs réseaux. En 2015, «pire année pour les travaux publics», l’activité des canalisateurs a chuté à nouveau de 8%. «Depuis le début de la crise en 2008, la perte d’activité de notre secteur s’est élevée à 1 152 millions d’euros» résume Alain Grizaud. La profession aurait semble-t-il touché le fond et commencerait à apercevoir les premiers effets de la reprise. Ainsi, l’activité de l’année 2016 devrait marquer la fin de ces baisses consécutives avec une stabilisation de l’activité, estimée entre -1% et +1,5% de chiffre d’affaires par rapport à l’année précédente. Un bémol toutefois. «Si les indicateurs comme les carnets de commandes sont globalement à un meilleur niveau qu’en 2015, ils restent encore négatifs ou très bas pour la plupart» nuance Alain Grizaud. Ainsi, selon le baromètre VecteurPlus , les appels d’offres «canalisations» en marchés publics accusent une légère baisse de 3% en 2016, avec un deuxième semestre difficile. Enfin, les niveaux de prix restent exceptionnellement bas, «résultat à la fois de la concurrence accrue, face au manque d’activité et de l’inquiétude des entreprises pour l’avenir».

Importance d’une bonne gestion patrimoniale

S’appuyant sur des études réalisées ou en cours de finalisation par les cellules économiques régionales (Normandie, Pays de la Loire et Bretagne) et dont les principaux enseignements ont été présentés lors du salon, les canalisateurs ont tiré la sonnette d’alarme. «48% du réseau a été posé avant 1970. La question du renouvellement se pose très prochainement avec un pic dès 2020 que ces études ont mis en évidence» prévient Alain Grizaud qui estime qu’il faut sortir du principe attendu qui veut qu’aujourd’hui «l’eau paie l’eau». Pour convaincre les élus de l’importance d’une gestion patrimoniale de long terme, une série de tables rondes a mis en lumière des pistes allant de la réalisation d’un inventaire à la mise en place d’un «Système d’information géographique» (SIG). Preuve que les solutions existent… surtout que des aides et des prêts de long terme à taux très intéressant sont aujourd’hui disponibles. «Les fonds structurels européens représentent une enveloppe de 15 milliards d’euros pour la France. Alors qu’une partie pourrait être utilisée pour les réseaux d’eau, ces fonds pourraient disparaître s’ils ne sont pas utilisés» s’est alarmée l’ancienne députée européenne Sophie Auconie, également coprésidente de l’Association Française «Cercle français de l’Eau» et membre du Comité des Gouverneurs du Conseil Mondial de l’Eau.

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