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Argenteuil : Val d'Argent Le remodelage à l'échelle de la ville

MANUEL DELLUC |  le 04/07/1997  |  IngénierieUrbanismeAménagementLogementSécurité et protection de la santé

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Bénéficiant du dispositif «Grand Projet urbain« , le projet de restructuration du Val d'Argent à Argenteuil conçu par Roland Castro et Laurent Charré développe, à une vaste échelle, le principe du «remodelage» des grands ensembles et renoue avec la grande tradition de l'urbanisme social d'avant-guerre.

S'étirant sur le superbe site des coteaux d'Argenteuil, dans la banlieue nord de Paris, le quartier du Val d'Argent est un exemple caricatural des difficultés sociales et urbaines induites, au moins pour partie, par l'urbanisme des « grands ensembles ». Vaste composition réalisée entre 1964 et 1972, son gigantisme traduit aussi bien le volontarisme de l'époque que le brutalisme technocratique qui caractérisa sa mise en oeuvre. Zone d'urbanisation prioritaire (ZUP) conçue par l'architecte Roland Dubrul, elle permit la création d'environ 8500 logements accueillant 28000 nouveaux habitants, soit près du tiers de la population communale.

Divisé en deux grands secteurs (le « Val Sud » et le « Val Nord »), le quartier est desservi par un axe automobile nord-sud d'un kilomètre qui enjambe tant bien que mal le faisceau des voies ferrées provenant de la gare Saint-Lazare à Paris. A la démesure de l'ensemble s'ajoute l'irrationalité du principe de la séparation des flux automobiles et piétons. Dans les deux secteurs, tours, barres et rares équipements sont, en effet, dispersés autour d'immenses esplanades recouvrant des parkings. Enclavée au-delà des voies ferrées, cette disposition prend au Val Nord une dimension surréelle, la dalle se ramifiant en deux esplanades secondaires au-delà desquelles les derniers édifices d'habitations semblent littéralement rejetés.

Passée l'euphorie qui entoura la naissance d'un tel projet, les années 70/80 amenèrent les stigmates dont souffrent la plupart des grands ensembles. Chômage, insécurité, désertion des commerces, fuite des locataires, dégradation précoce du bâti conduisirent, en 1992, les élus argenteuillais à envisager avec l'Etat une action massive de restructuration urbaine. Un « contrat de ville » fut passé sur l'ensemble de la commune et, en novembre 1992, le secteur du Val d'Argent fut classé parmi les quatorze futurs « Grands projets urbains » concrétisant le volontarisme alors affiché au plus haut niveau de l'Etat en matière de politique de la ville.

Un concours fut organisé qui distingua deux lauréats, Laurent Charré, architecte qui fit ses classes d'urbaniste dans le cadre de la mission Banlieue 89 pilotée par Roland Castro et... Roland Castro (associé à Sophie Denissof), architecte et théoricien bien connu de la banlieue, désigné à ce titre porte-parole du projet. En accord avec le principe même des procédures GPU qui privilégient une action globale couplant action économique, sociale et urbanistique, la démarche adoptée par les deux concepteurs s'est voulue systématique. Castro et Charré (épaulés par les services de sociologues, économistes, paysagistes, etc.) ont adopté une attitude de contestation franche des principes urbanistiques (ou de leur absence) qui présidèrent à la conception du Val d'Argent, tout en ayant l'habileté de négocier au mieux avec l'existant.

Prolongeant les expériences du quai de Rohan à Lorient et de celle, en cours de réalisation, de Villeneuve-la-Garenne, toutes deux conçues par Roland Castro, mais les dépassant par ses dimensions hors normes, le projet renoue avec la grande tradition de l'urbanisme social d'avant-guerre portée par un idéal démocratique et un grand savoir-faire.

Il ne s'agit pas en effet ici de dissimuler ou contester puérilement ce qui existe, mais bien de réintroduire méthodiquement ce qui fait le langage articulé de la ville (variété, lisibilité, fonctionnalité, hiérarchie, nuance...) à l'intérieur même d'un type d'opération qui a explicitement prétendu l'effacer. Les concepteurs ont ainsi défini cinq grands types d'interventions (remaillage, points d'intensité, résidentialisation/remodelage, coutures) qui, ensemble, constituent comme les mots d'une langue simple et riche dont l'usage devra permettre aux habitants de renouer une relation amicale avec leur environnement, avant, éventuellement, de profiter de cette embellie pour tenter de remodeler des existences souvent précaires.

REMAILLAGE ET POINTS D'INTENSITE

Un principe de maillage des voies publiques est défini sur la totalité du site. Celui-ci rétablit le primat de l'espace public (la « rue ») sur l'espace privé, n'hésitant pas, s'il le faut, à sectionner un bâtiment mal placé pour créer une voie nouvelle. Des « points d'intensité » ponctuent les grandes articulations du quartier. Ainsi le « remodelage » de la tour Broca marquera symboliquement la nouvelle entrée dans le Val Sud, tandis qu'à la charnière du Val Sud et du Val Nord, un nouvel ensemble organisé autour d'une place circulaire en surplomb des voies ferrées viendra signaler la présence d'une nouvelle gare. Mais, à court terme, le principal « point d'intensité » sera constitué par le remodelage global de la dalle du Val Nord. L'esplanade est réduite, nettoyée des édicules qui l'encombrent et bordée de nouveaux édifices qui cadrent une place haute et basse. Les équipements publics créés ou existants (poste de police, poste, bibliothèque, sécurité sociale, « regroupement des équipements », crèche), que viendra compléter un centre culturel, y sont regroupés, tandis que de nouveaux commerces créeront un alignement bâti sur l'esplanade ouest. Par ailleurs, l'accessibilité de la dalle est systématiquement améliorée. Larges escaliers, rampes ou « jardins en pente » rétablissent une relation sans rupture entre l'esplanade et ses alentours.

RESIDENTIALISATION/REMODELAGE DU BATI

Les ensembles de logements, jusqu'alors en accès direct depuis l'espace public, sont « résidentialisés ». En pied d'immeuble un jardin privé, clairement délimité, établit une médiation entre l'espace de la dalle et l'espace du logement.

De leur côté, les immeubles sont « remodelés ».

Première opération du genre, le remodelage de la résidence Diderot, propriété de L'Office public intercommunal d'Argenteuil-Bezon, permettra d'améliorer l'organisation interne des logements et « d'attendrir » l'aspect particulièrement sévère de son architecture. Soulignés par un socle en brique, les rez-de-chaussée accueillent, sur rue, des locaux associatifs ou d'entreprises. Bow-windows et loggias viennent recomposer les façades tout en agrandissant les séjours qui passent ainsi de 15 m2 à 18/20 m2. Des halls double-hauteur établissent un lien entre le niveau de la rue et celui du jardin résidentiel.

Le remodelage des extrémités permet la création de logements neufs, nécessaires pour l'équilibre financier de l'opération, tandis qu'en toiture sont également créés de nouveaux logements qui achèvent de transformer la silhouette de l'édifice.

COUTURES

En périphérie du quartier une typologie de « maisonnée » semi-collective en brique, clairement inspirée des cités-jardins d'avant-guerre, établit une liaison morphologique avec le tissu pavillonnaire voisin. Elles comprennent généralement six logements, plutôt grands, qui permettront d'accueillir des familles « lourdes » déplacées au cas par cas lors des opérations de remodelage des ensembles existants.

UN GPU BIEN DOTE

S'inscrivant dans la continuité des procédures DSQ (développement social des quartiers), le GPU s'en distingue par l'ampleur des moyens financiers mis en oeuvre, budgétisés sur les contrats de Plan quinquennaux. Le GPU du Val d'Argent est administré par un Groupement d'intérêt public (GIP), dont la ville d'Argenteuil et l'Etat se partagent alternativement la présidence, dirigé par Bernard Weil. L'Etat (51 %), la ville (21 %) en sont les principaux bailleurs, auxquels sont associés la région Ile-de-France (15 %) et le département du Val-d'Oise (12 %). La Caisse des Dépôts (2 %) est aussi membre du groupement. Pour l'ensemble du projet, les financements votés pour le XIe Plan s'élèvent 280 millions de francs, 500 millions étant escomptés pour le XIIe, dont environ 80 % alloués au et 20 % aux actions économiques et sociales d'accompagnement.

PHOTOS : Enclavé au-delà des voies ferrées, le Val Nord et son immense dalle, en surhauteur des voies et des parkings.

UNE INTERVENTION GLOBALE

La comparaison du plan général «avant» (page de gauche) et «après» (page de droite) fait apparaître le caractère global des interventions de Castro et Charré. Par le moyen de la géométrie simple des alignements d'arbres, le remaillage est le premier instrument mis en oeuvre afin de redonner une «lisibilité» au quartier.

DESSINS :

1. Premier point d'intensité, la Tour Broca remodelée marquera emblématiquement l'entrée du Val Sud.

2. L'esplanade du Val Nord est réduite et remodelée en une place trapézoïdale, autour de laquelle les différents équipements publics du quartier sont regroupés.

PLAN :1 et 2. Plan-masse de l'esplanade du Val Nord, état actuel, avec ses extensions Est et Ouest. Plan-masse «après» l'intervention. La place centrale bordée d'équipements municipaux, la rue commerçante dense et les jardins résidentiels clairement délimités redonnent mesure et intelligibilité à l'ensemble.

DESSINS : 3 et 4. Pour la résidence Diderot, à l'extrémité Est de l'esplanade, des financements optimisés permettent une intervention affectant aussi bien l'image que l'organisation interne des logements. Principe retenu pour tout le quartier, les rez-de-chaussée sur rue sont affectés à des locaux associatifs ou d'activités, tandis que des halls double hauteur permettent un accès fluide au jardin résidentiel. En sous-sol, les parkings sont réorganisés pour l'usage exclusif des résidents.

5. Vue d'un des «jardins en pente» qui permettent de raccorder le niveau de la dalle au sol naturel.

MAQUETTE : 6. Maquette d'une «maisonnée». Conçues en référence aux typologies semi-collectives des cités- jardins, elles permettent une transition douce avec les quartiers pavillonnaires voisins. L'organisation, généreuse, offre jardin, terrasses et escaliers privatifs aux locataires.

FICHE TECHNIQUE

Maîtrise d'ouvrage générale : Grand projet urbain du Val-d'Argent.

Maîtrise d'ouvrage opérationnelle (espaces et équipements publics) : Semarg, ville d'Argenteuil ; bailleurs sociaux en présence : OIAB, OVO, la Sablière ; FFF, Logirep, Toit et Joie, Habitat et Résidence, Fiac.

Maîtrise d'oeuvre : Laurent Charré-Ville Ouverte ; Atelier Castro-Denissof ; Bruno Le Besnerais-Gerau Conseil ; Prodéveloppement, programmiste ; Tetra, sociologue ; Atec et Otui France, bureaux d'études ; Catherine Tournoux, Anne Foulon, paysagistes.

RESTRUCTURATION DALLE ESPACE PUBLIC

Maître d'ouvrage : Semarg. Surface : environ 8 000 m2. Coût : 41 MF. Dates : 1997/1998 et suivantes (XIe Plan). Architectes : Castro-Charré.

BUREAU DE POSTE

Maître d'ouvrage : ville d'Argenteuil pour le clos/couvert.

Surface : 170 m2 Shon. Coût : 2 MF. Dates : 1996.

Architectes : Castro-Charré.

EXTENSION BIBLIOTHEQUE DESNOS

Maître d'ouvrage : ville d'Argenteuil. Surface : 780 m2 Shon. Coût : 2,8 MF. Dates : 1997/1998 (XIe Plan). Architecte : Catherine Guyard.

REGROUPEMENT DES EQUIPEMENTS + 4/5 LOGEMENTS

Maîtrise d'ouvrage : ville d'Argenteuil. Surface : 800 m2 Shon + 500 m2 Shon (logements). Coût : 15 MF. Dates : XIe Plan.

POSTE DE POLICE

Surface : 600 m2 Shon. Coût : 12 MF. Dates : 1997/1998 (XIe Plan).

REMODELAGE ET RESIDENTIALISATION CITE DIDEROT

Localisation : Val Nord. Maître d'ouvrage : OPIAB.

Programme : avant, 120 logements, après, 148 logements dont 60 non touchés (60 %), 32 logements neufs (21 %) et 56 remodelés (38 %).

Ancienne répartition : 26X1P-19X2P-23X3P-44X4P-8X5P.

Nouvelle répartition : 13X1P-34X2P-47X3P-45X4P-9X5P.

Coût : 41 MF TTC.

JARDIN RESIDENTIEL DIDEROT

Maître d'ouvrage : Semarg.

Coût des travaux : 4,8 MF TTC.

MAISONNEES

Localisation : Val Nord et Sud.

Répartition moyenne par bâtiment : RDC : 1X5P-1X4P. R + 1 : 1X4P-1X5P. R + 2 : 2X3P.

Coût estimatif : 3,3 MF.

Début des travaux : fin 1998.

Architecte : Atelier Castro/Denissof.

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