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Architecture Un centre d'affaires traité comme un jeu de mikado
PHOTO - 222647.HR.jpg - © EIK FRENZEL

Architecture Un centre d'affaires traité comme un jeu de mikado

Laurent miguet |  le 02/10/2009  |  EntreprisesArchitectureRéalisationsInternationalEurope

Pour favoriser le brassage entre les compétences rassemblées dans le centre d'affaires d'Actelion, start-up bâloise des biotechnologies, les architectes ont décomposé les cinq étages en rayons empilés selon des tracés aléatoires, reliés par des nœuds verticaux où se concentrent les échanges.

La commande d'une représentation architecturale de l'innovation ne pouvait que stimuler l'agence suisse d'architecture Herzog & De Meuron. Le gros œuvre achevé au printemps 2009 montre que les architectes bâlois ont su relever le défi lancé par Actelion, industriel du médicament né en 1998 et fort aujourd'hui de plus de 2 000 salariés, dont 900 sur le site principal d'Alschwill (banlieue de Bâle) : une croissance qui justifie l'extension en cours des bureaux mitoyens du siège social. Le gros œuvre s'est achevé au moment où, sur le même site, les mêmes architectes engageaient le chantier du centre de recherche et développement d'Actelion, un bâtiment de facture plus classique, dont la construction s'achèvera en 2011.

Apparence chaotique

Derrière l'apparence chaotique d'un jeu de mikado, les cinq niveaux de barres longitudinales se trouvent classiquement assemblés par quatre nœuds verticaux qui associent les fonctions de circulations et de salles de réunion. Mais au lieu de former l'angle de murs qui circonscriraient l'ensemble du bâtiment, ces coins jettent des lignes aux orientations aléatoires. Seules pièces identiques d'un étage à l'autre, les noyaux ne jouent aucun rôle statique. Les lignes qu'ils distribuent se matérialisent sous la forme des niveaux en béton dans lesquels se succèdent les bureaux desservis par des corridors. Cette disposition rend visibles les articulations, favorisant la compréhension immédiate d'un point clé du programme : « La visibilité des points de rencontre crée un environnement favorable à l'innovation, et la qualité esthétique suscite la fierté des salariés », commente Jean-Paul Clozel, directeur général d'Actelion. La même idée de brassage se développe à travers la multiplicité des vues horizontales, obliques et verticales offertes à chacun des 385 salariés du futur Business Center.

Au-dessus et en dessous des barres, la virtuosité des ingénieurs qui ont calculé la structure métallique de 2 500 t ne peut échapper à l'œil du profane : seule une peau de plâtre destinée à la protection au feu recouvre l'infinie variété des X ou des Y qui reprennent les efforts horizontaux et verticaux, puis distribuent les forces du haut vers le bas, en excluant tout poteau vertical : « La conception de la structure a suscité 1 200 plans d'exécution intégrant la stabilité provisoire, pendant la phase de montage », souligne Michaël Fischer, chargé du suivi de l'opération chez Herzog & De Meuron. La maîtrise d'œuvre a validé certaines idées proposées par le charpentier : « Pour nouer les profilés, nous avions prévu de les souder, avant de donner un feu vert à la proposition de l'entreprise, consistant à araser les poutres pour permettre leur chevauchement, selon une technique empruntée au bois », témoigne le chef de projet de l'agence d'architecture.

L'empilement de rayons ainsi dessiné et réalisé abolit les frontières : aucune rupture ne marque la transition entre l'extérieur et l'intérieur, pas plus qu'entre les deux niveaux de parking en sous-sol et la cour du rez-de-chaussée, dont les premiers rayons forment un X horizontal. La structure métallique des étages prolonge les piliers béton verticaux du sous-sol. Le travail de la designer allemande Tita Giese renforcera l'effet de fondu enchaîné : les mêmes plantes décorent l'extérieur et l'intérieur, séparés par des cloisons transparentes et sans joints, avec un total de 2 500 pièces de verre. Recouvrant l'ensemble des tubes, les toitures végétales interprètent à l'échelle urbaine cette même idée de transition douce : le Business Center d'Actelion se situe sur une bande longitudinale de bâtiments d'activités, séparant d'un côté des parcs d'Allschwill, de l'autre des champs situés en territoire français. Vu du ciel, l'immeuble pourrait se définir comme un lien de continuité transfrontalière entre deux espaces verts. Sur le plan thermique, la fonction d'isolation jouée par la cinquième façade contraste avec l'absorption de la chaleur montante par les dalles béton non isolées, où circulent les circuits d'eau qui chauffent et rafraîchissent les bureaux. La régulation climatique repose aussi sur les apports extérieurs, grâce aux pare-soleil qui protègent contre les rayonnements verticaux de l'été, tout en favorisant les apports solaires hivernaux.

Outil de recrutement

« Tous les candidats que nous recevons se disent fascinés par l'image du projet, qui se confirme aujourd'hui dans le chantier », témoigne Louis de Lassence, vice-président d'Actelion. « La force d'attraction de l'architecture résulte en partie de la sobriété dans le choix des matériaux. Pas de marbre, ni de boiseries. Il n'y a que du métal recouvert de plâtre, du verre et du béton : tout s'exprime par le design », s'émerveille Louis de Lassence Par la place éminente qu'il accorde à l'architecture, le jeune industriel des biotechnologies rejoint ses aînés bâlois Roche et Novartis, engagés depuis le début des années 2000 dans une politique consistant à séduire les cerveaux du monde entier par des immeubles d'exception.

Architecte de conception : Herzog & De Meuron (Suisse) Architecte d'opération : Proplaning (Suisse) Bureau d'études structure : WGG Schnetzer Puskas Ingenieure AG (Suisse) Designer paysagiste : Tita Giese (Allemagne) Charpente métallique : Winterhalter (Allemagne) Façades vitrées : Frener & Reifer (Italie)

Surfaces de planchers hors sous-sol : 15 485 m2 Montant de l'opération : 130 millions de francs suisses Calendrier du chantier : août 2007-automne 2010.

« Notre client nous a poussés aux limites »

Jacques Herzog (à g.) et Pierre de Meuron, architectes.

Pourquoi l'organisation par rayons vous est-elle parue adaptée à la commande d'Actelion ?

Nous travaillons toujours avec l'état d'esprit le plus ouvert possible, sans idée préconçue. Avec sa demande de solutions innovantes formulée dès la commande, Actelion nous a placés dans une configuration idéale. Après avoir mis à plat le programme en surface, puis en hauteur, nous avons testé les typologies classiques de cours ou de peignes, qui ont montré leur lourdeur et leur manque d'ouverture : on se trouve soit dedans, soit dehors. Au contraire, l'idée de barres aux orientations aléatoires transcende les notions d'intérieur et d'extérieur, et donne de multiples possibilités d'ouverture et d'échange, conformément à la demande d'Actelion, mais sans pour autant empêcher une certaine intimité dans les bureaux.

Comment s'est organisé votre dialogue avec le maître d'ouvrage et les futurs utilisateurs ?

La solution inhabituelle résulte du soutien d'un maître d'ouvrage ouvert, qui nous a poussés aux limites : les architectures fortes ont besoin de clients forts, qui savent ce qu'ils veulent, et avec qui nous avons partagé, ce printemps, le moment fantastique de la découverte, à l'échelle 1, de cette structure enlacée et complexe.

Egalement composé de rayons empilés à proximité de Bâle, le musée Vitra réinterprète-t-il le modèle d'Actelion avec d'autres matériaux ?

L'empilement de bases linéaires crée en effet une certaine analogie avec Vitra. Mais la structure massive en béton et la coupe domestique du musée Vitra, composée d'hexagones coiffés de toits à deux pans, trouve sa référence dans l'habitat. L'extrusion en longueur vise à créer des vues vers l'extérieur, comme des lorgnettes orientées vers le paysage naturel. Au contraire, Le Business Center d'Actelion cherche la pénétration de la lumière naturelle à l'intérieur du bâtiment. Le travail sur la lumière nous amène d'ailleurs à travailler à la conception de lampes spécifiques à ce bâtiment.

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