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Architecture Les centres-bourgs, un champ d'action ouvert

ELISABETH ALLAIN-DUPRE |  le 24/01/1997  |  Prix d'architectureArchitectureAménagementConcoursConception-réalisation

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-Les projets d'équipements des petites communes révèlent souvent un besoin de stratégie urbaine globale. -Du projet d'ensemble aux réalisations de détail, l'exemple de Philippe Madec montre que les architectes sont particulièrement adaptés à cette demande multiforme.

En 1990, la petite commune de Plourin-lès-Morlaix, 4 500 habitants, lance un concours d'architecture pour la réalisation d'une mairie-médiathèque et d'une place au centre du bourg. Parmi les quatre architectes retenus figure le parisien Philippe Madec, dont Pierre Barbier, maire de Plourin, avait pu apprécier la démarche lors d'un précédent concours (sans suites) pour le siège de la compagnie Britair à Morlaix. A l'issue d'une longue période de réflexion qui implique toute la commune, son projet est retenu. Il dépasse le cadre strict des bâtiments pour esquisser un véritable projet urbain à long terme. «Finalement, note Philippe Madec, notre projet concrétisait une volonté urbaine contenue en germe dans les différentes mesures adoptées précédemment par les élus : schéma urbain en 1983, ZPPAU en 1986, POS, acquisitions foncières, etc.» Soutenue par Benoît Jullien, alors architecte conseil du Finistère, largement médiatisée grâce au prix de l'aménagement urbain décerné en 1992 par notre confrère «Le Courrier des Maires» (qui s'appelait alors «Moniteur des villes» ), l'aventure de Plourin-lès-Morlaix fait école. Tandis que Philippe Madec poursuit phase après phase l'amélioration du bourg, cinq autres communes, dont quatre bretonnes, font appel à l'architecte (voir encadré), d'autres prennent contact. Aujourd'hui, plans d'aménagement, détails d'espaces publics et petits équipements occupent largement l'atelier d'architecture de cinq personnes, avec l'appoint de commandes plus classiques, comme l'immeuble de 20 logements pour la RIVP livré cette année à Paris, nominé pour l'Equerre d'argent 1996 (voir page 48).

Une demande profonde de qualité de vie et d'espaces

Tantôt consulté pour un équipement, comme à Plouguin (une maison de l'enfance et de la culture) ou Arradon (un gymnase et une maison des sports), tantôt pour résoudre un problème urbain précis (un contournement routier à Ploudaniel, la dilution du centre à Pacé) l'architecte et les élus aboutissent immanquablement à un projet urbain d'ensemble, assorti d'un programme de construction d'équipements échelonné dans le temps. «Car, observe Philippe Madec, on ne travaille pas dans un bourg en termes de densité mais en termes de continuité, et chaque bâtiment "tient" sa part d'espace public ». Parce qu'elles correspondent à une demande profonde, essentielle, de qualité de vie et d'espace, parce qu'elles reposent sur des rapports de confiance, d'intimité presque, avec toute une population, ces interventions donnent, dit-il, toute sa plénitude au métier d'architecte. Par ailleurs, reconnaît-il, elles offrent une certaine stabilité à son agence, ce qui n'est pas négligeable en ces temps où le bâtiment marque partout le pas. Fort de sa propre expérience, il y voit de plus pour les architectes un champ d'action à la fois vaste et stimulant « arrêtons de rêver à des commandes impossibles ; aujourd'hui la réalité de la commande est là, dans ces aménagements de centres et ces extensions ou petits équipements dont des centaines d'anciennes communes agricoles ont besoin pour accompagner leur mutation sans perdre leur âme ». A priori peu rémunérateurs, ajoute-t-il, ces petits projets doivent être gérés dans une économie globale qui comprend aussi les études en amont.

Six mois pour «apprendre la commune»

Destinées à doter la commune d'un outil fin, cohérent et durable de gestion de l'espace, celles-ci constituent le noyau dur de son intervention. Etablir ces documents beaucoup plus fouillés et précis qu'un POS réclame un engagement personnel initial important pour lui-même et pour les ingénieurs des deux bureaux d'études rennais qui sont ses partenaires habituels, Xavier Leclerc d'I2C, et Roger Roussel du Setur (1). Ils se donnent environ six mois ou plus pour « apprendre la commune ». Il s'agit bien sûr de cerner les données objectives mais aussi de faire émerger des demandes plus ténues qui tiennent à l'usage ou aux traditions, bref à « l'âme » du bourg.

Après ce bilan-diagnostic on peut commencer à élaborer un projet, à « l'installer » dans l'espace, puis étudier sa définition fonctionnelle, sa faisabilité technique et réglementaire, le financement, le phasage, etc., le tout dans un processus d'allers-retours constants avec les élus et l'administration. L'architecture proprement dite vient en dernier parce que « ce qui donne du sens, ce n'est pas l'architecture, c'est l'usage ». Ainsi, les équipements nécessités par le développement de la commune deviennent les maillons forts d'une chaîne faite d'opérations souvent minuscules, mais toujours liées à l'usage et fortement structurantes : un jeu de murets redécoupe une place trop grande à Plourin, une halte d'autobus associée aux toilettes et au téléphone public ancre un carrefour trop vague à Ploudaniel, un simple auvent accolé à un superette fabrique une place du marché à Pacé. Formes et matériaux annoncent toujours ouvertement leur époque. L'architecture moderne « passe » bien, dit Philippe Madec, lorsque le fonctionnement est bon, l'échelle juste et les matériaux vrais. Moyennant quoi, il s'émerveille de participer ainsi à l'invention des modes de vie «rurbains» du prochain siècle.

(1) Voir «Le Moniteur» du 6 septembre 1996, page 38.

FICHE TECHNIQUE

Maîtrise d'ouvrage : commune de Ploudaniel (Finistère-Nord).

Maîtrise d'oeuvre : atelier Philippe Madec, architectes. Sobretec, ingénierie bâtiment ; Setur, ingénierie paysage. Surfaces : 448 m2 HON bâtiments ; 2 400 m2 jardin. Coût travaux : 2 756 100 F HT (bâtiment) ; 1 798 000 F HT (jardin).

PHOTO : La maison de l'Enfance de Ploudaniel (Finistère). Les volumes sont fragmentés à l'échelle du bourg, les formes et les matériaux simples : bois pour la crèche ronde, cubes en béton brut pour la garderie, voûte en berceau pour la PMI.

PHOTO : Philippe Madec, architecte : «On ne travaille pas dans un bourg en termes de densité mais en termes de continuité.»

Les six bourgs de Philippe Madec

Plouguin (Finistère), 2 074 habitants. Ingénierie : Sobretec

Plourin-lès-Morlaix (Finistère) 4 758 habitants. Ingénierie : I2C

Arradon (Morbihan) 5 298 habitants. Partenaires : Setur, I2C

Pacé (Ille-et-Vilaine) 7 500 habitants. Ingénierie : Setur, I2C

Fontenay-les-Briis (Essonne), 1600 habitants

Ploudaniel (Finistère) : 3 488 habitants. Ingénierie : Setur, Sobretec

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