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Architectes Archilab met les 30-40 ans sur les rails

PASCALE JOFFROY |  le 30/04/1999  |  TransportsArchitectureLoireLoiretRhône

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A Orléans, la première session d'Archilab mesure les effets des nouvelles technologies et des nouveaux contextes de la commande sur les jeunes architectes.

Sous le titre d'Archilab, les premières rencontres internationales d'architecture d'Orléans présentent, jusqu'au 30 mai*, les projets de jeunes architectes des quatre continents pour traduire les dernières turbulences conceptuelles de l'architecture. La ville de Jean-Pierre Sueur, qui s'honore d'avoir confié sa médiathèque à Lyon et Du Besset, et son quatrième pont sur la Loire (en construction) à Santiago Calatrava, confirme ainsi son attachement au débat architectural et urbain, et sa volonté d'ouverture internationale.

La ville est aussi le siège du Frac (Fonds régional d'art contemporain) de la région Centre, qui valorise par ses acquisitions l'architecture contemporaine. Sa directrice, Marie-Ange Brayer, a assuré le commissariat de l'exposition, avec le conseil de Frédéric Migayrou, délégué du ministère de la Culture auprès de la direction régionale des affaires culturelles (DRAC).

L'ambition de la manifestation ne pêche pas par modestie : les organisateurs entendent être la caisse de résonance de la mutation que traverse l'architecture ; ils espèrent favoriser l'épanouissement d'une nouvelle architecture sur le sol français, où ni le déconstructivisme ni l'expressionnisme n'ont réussi à s'imposer face au courant moderne qui domine toujours. En dépit de la diversité d'approches choisies, les projets exposés ont pour point commun des télescopages nouveaux d'atmosphère et d'échelle, des formes diluées dans les capacités infinies de calcul et de représentation des ordinateurs, des peaux inattendues, la façon de pulvériser les frontières entre l'architecture et le paysage.

Collages, hybridations

« Le système de pensée d'une architecture fondée sur le plan est en train de s'épuiser », explique la commissaire de l'exposition se référant au projet pour la bibliothèque de Jussieu de Rem Koolhaas : il laissera la place à des collages et des hybridations issues de situations de plus en plus complexes et codées. Manuel Gausa, rédacteur en chef de la revue «Quaderns» (Barcelone), présente cette jeune génération comme « effrontée, décontractée face au réel, mettant en oeuvre des processus dynamiques de combinaisons, qui ne sont pas une absence d'ordre mais un ordre plus souple ayant un rapport avec une stratégie de réponse ».

Discours politique

On en resterait bien là. Mais Marie-Ange Brayer et Frédéric Migayrou vont plus loin. Ils critiquent « le discours politique, idéologique, dur, ferme, moral » de la génération des 55-60 ans, qui « a effectué une sorte de police du sens pour affirmer l'architecture comme sociale, alors que ses défenseurs n'ont construit que des monuments : le ministère des Finances, la Très grande bibliothèque, l'Arche de La Défense, le projet de la Tour sans fin » (sic). Quid de la réflexion sur la ville et le logement social menée par ces mêmes architectes ? Réponse : « Ils ne s'attaquent pas aux véritables problèmes, celui des grandes banlieues », et oublient que « l'architecture doit être l'objet d'un désir, doit faire envie ». Voilà renvoyées dos à dos, une fois de plus, les visions hédoniste et puritaine de l'architecture, histoire d'assécher le débat d'entrée de jeu.

En prime, la profession s'autoflagelle (avec la bénédiction du ministère de la Culture, associé à la manifestation) en se rejouant la vieille querelle des anciens (jeunes poulains d'hier) contre les modernes (« has been » de demain). Par ailleurs, les organisateurs assurent que l'avant-garde présentée à Orléans saura rétablir le dialogue avec la société. L'entretenir dans un rôle de démiurge illuminé est-il le meilleur moyen d'y parvenir ? Les débats narcissiques à la médiathèque d'Orléans les 14 et 15 avril n'ont pas convaincu d'une capacité renouvelée à s'adresser au plus grand nombre...

(*) Manifestation organisée par la ville d'Orléans, en partenariat avec le conseil régional du Centre et avec le soutien du ministre de la Culture. Jusqu'au 30 mai. Les citations sont tirées du numéro spécial de « Beaux-Arts Magazine » : « Archilab, architecture du futur ».

PHOTOS

Shigeru Ban (architecte japonais) : maison sans murs, Karuizawa, Japon, 1997.

Asymptote (Etats-Unis) :

une bourse de New York virtuelle, 1999.

Dagmar Richter (Allemagne) :

projet de redécoupage souple de la ville de New York, 1998.

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