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Après le Mondial 2018, ces zones d'ombres qui planent sur l'avenir des stades russes
Construit en 1956, le stade Loujniki de Moscou avait été rénové en 2017, pour un coût estimé à 24 milliards de roubles (332 millions d'euros au taux actuel).

Après le Mondial 2018, ces zones d'ombres qui planent sur l'avenir des stades russes

La rédaction, avec AFP |  le 16/07/2018  |  InternationalTravaux publicsVie du BTP

Les stades construits ou rénovés à grand frais pour accueillir la Coupe du Monde 2018 -près de 3,4 milliards d'euros-, sont à la recherche d'un avenir viable. Le pouvoir russe veut s'éviter les polémiques sur les coûts de l'organisation de ce Mondial, le plus cher de l'histoire.

Un stade de la Coupe du Monde reconverti en marché aux puces ? Vladimir Poutine l'a dit clairement: c'est un non "catégorique". Et pour les gouverneurs des régions ayant accueilli le tournoi, les ennuis commencent. Une semaine avant le début du Mondial 2018, le président russe avait appelé les autorités locales à utiliser "avec intelligence" les stades flambant neufs construits à grands frais pour la Coupe du Monde.

"Je veux prévenir mes collègues tout de suite: il ne faut en aucun cas permettre que ces endroits deviennent des sortes de marchés à ciel ouvert, comme on l'avait vu dans les enceintes sportives de Moscou au milieu des années 1990", avait-il déclaré lors de sa session annuelle de questions-réponses télévisée. De l'autre côté de l'écran, les gouverneurs des onze villes du Mondial 2018 se sont figés, notamment celui de Saransk, Vladimir Volkov, qui avait proposé de transformer le stade de sa ville en marché.

 

Une rénovation à 330 millions d’euros

 

Pour les supporters ayant acheté à prix d'or leur place pour la finale France-Croatie au stade moscovite de Loujniki dimanche 15 juillet, difficile de s'imaginer que l'enceinte sportive aux 80 000 places pourrait devenir un marché aux puces.

Construit en 1956, ce stade, le plus célèbre du pays, avait été rénové en 2017, pour un coût estimé à 24 milliards de roubles (332 millions d'euros au taux actuel). Il a accueilli sept matchs du Mondial 2018, dont celui d'ouverture et la finale.

Mais le Loujniki a connu des jours plus sombres, notamment dans les années 1990, lorsque le pays était plongé dans une profonde crise économique. La seule solution pour renflouer les caisses de ce stade au bord de la faillite était souvent de louer des parcelles à des vendeurs à la sauvette, qui déployaient leurs stands sur le terrain.

Jusqu'en 2011, date à laquelle les autorités ont mis fin à ce marché, le stade Loujniki était pour de nombreux Russes l'amer symbole du marasme économique du pays après la chute de l'URSS.

 

Poumon économique

 

Pour Vladimir Poutine, trouver un avenir aux stades représente un enjeu important: si les stades sont laissés à l'abandon, les Russes risquent de s'interroger sur le bien-fondé de la décision de consacrer 3,4 milliards d'euros pour construire ou rénover les stades du Mondial 2018. Mais s'ils deviennent un poumon économique pour chacune des villes, le président russe pourra bénéficier d'une popularité renforcée.

Si le Loujniki, à Moscou, peut espérer ne plus revivre cette époque, les onze autres stades sont situés loin des centres névralgiques du pays, comme la Mordovia Arena à Saransk, dont la région est surtout connue pour ses colonies pénitentiaires. Seuls six des stades construits ont des équipes de football qui jouent dans la Première Ligue russe. Or cette catégorie attire seulement 13 000 spectateurs de moyenne par match; les stades les plus petits construits pour le Mondial ont une capacité de 44 000 sièges.

Les autres stades ont des équipes jouant dans des divisions inférieures, où le nombre moyen de spectateurs par match est de... 2029 spectateurs. Pour tenter de susciter plus d'intérêt de la part des supporters, le FC Mordovia Saransk est passé de la troisième à la deuxième division. Et le stade de Sotchi (sud) qui n'avait pas d'équipe assignée, s'en est vu assigner une en juin.

 

Frais de fonctionnement

 

Les frais de fonctionnement des stades est estimé à 86 millions d'euros par an, ont affirmé les autorités régionales au quotidien russe Kommersant. Le gouvernement russe contribuera à hauteur d'au moins 172 millions d'euros, mais cette somme devra être partagée (entre fonctionnement et formation des jeunes joueurs), et sera versée par tranches successives sur cinq ans.

"Quand on a conçu le stade, on prévoyait d'inclure plein d'options pour le rendre viable économiquement", explique le ministre des Sports pour la région de Samara, Dmitri Chliakhtine. "Mais maintenant, nous ne comprenons pas vraiment comment cela peut-être réalisé".

Le géant américain du BTP AECOM reste mitigé: si le stade Spartak, à Moscou, peut devenir rentable, l'avenir de celui de Saransk avec ses 45 000 places, est moins prévisible. "Il est très difficile de penser à la façon dont les capacités de ce stade peuvent être viables économiquement sans un changement fondamental de la démographie des supporters", explique AECOM, dans une note.

Pour faire face à ces défis, les stades envisagent des solutions tous azimuts: celui de Nijni Novgorod pourrait ainsi devenir en partie une clinique médicale.

Le gouverneur de Kaliningrad souhaite créer une zone de libre-échange autour du stade, tandis qu'à Ekatérinbourg, les tribunes temporaires seront démontées, baissant la capacité d'accueil du stade à 12 000 places, afin de le rendre moins cher à entretenir.

La Russie espère par ces initiatives éviter de suivre l'exemple des stades laissés à l'abandon au Brésil après le Mondial 2014. Car, au-delà du football, c'est l'économie du pays et les "circonstances géopolitiques" qui décideront de l'avenir des douze stades, affirme AECOM.

 

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