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Appliquer les nouvelles règles parasismiques
Dès le 1er mai, l’Eurocode 8 s’imposera comme règle de construction parasismique de référence pour les bâtiments neufs, ce qui impliquera des changements dans les modes constructifs. - © © SM

Appliquer les nouvelles règles parasismiques

Stéphane Miget |  le 29/04/2011  |  Technique

Dès mai 2011 la réglementation parasismique évolue. Une réglementation en phase avec les prérogatives de l'Eurocode 8 qui aura une influence sur la manière de construire. Conception, implantation et mise en œuvre, tous les professionnels du bâtiment sont concernés.

La nouvelle réglementation parasismique sera applicable aux bâtiments dont le permis de construire sera déposé à partir du 1er mai 2011. A partir de cette date, l'Eurocode 8 « Conception et dimensionnement des structures pour leur résistance aux séismes » s'imposera comme règle de construction parasismique de référence pour les bâtiments neufs dits à risque normal. Une période transitoire d'adaptation a néanmoins été prévue par le législateur. Ainsi, la nouvelle réglementation cohabitera avec l'ancienne jusqu'au 31 octobre 2012. Pendant cette période, les règles parasismiques PS92 2004 restent applicables pour les bâtiments de catégorie d'importance II, III ou IV ayant fait l'objet d'une demande de permis de construire, d'une déclaration préalable ou d'une autorisation de début de travaux. En revanche, les valeurs d'accélération à prendre en compte sont modifiées dès le 1er mai 2011.

Etude géotechnique

Outre un nouveau zonage du territoire qui permet d'être en accord avec les principes de dimensionnement de l'Eurocode 8 et une nouvelle classification des bâtiments*, ces nouvelles règles auront bien sûr des incidences sur la conception desdits bâtiments, leur implantation et leur mise en œuvre. Ainsi en ce qui concerne l'implantation, la réalisation d'une étude géotechnique s'impose. L'objectif étant de connaître les caractéristiques du terrain afin de caractériser les éventuelles amplifications du mouvement sismique éventuel. Le bâtiment doit également être protégé des risques d'éboulements et de glissements de terrain provoqués par le séisme. La consultation du plan de prévention des risques (PPR) sismique de la commune apporte des informations sur ce plan. Dans tous les cas, il convient de s'éloigner des bords de falaise, des pieds de crête ou des pentes instables. A prendre en compte également, le risque de liquéfaction du sol c'est-à-dire sa perte de capacité portante. Ainsi des bâtiments « souples élancés » seront davantage adaptés à un sol dur type roche, alors que les bâtiments « rigides massifs » auront un meilleur comportement sur des sols mous.

Principes de conception

Du côté de la conception, quatre principes sont à appliquer. En premier lieu, une préférence pour les formes simples en privilégiant la compacité du bâtiment, en limitant les décrochements en plan ou en élévation et en fractionnant l'ouvrage en blocs homogènes par des joints parasismiques continus. Deuxième principe, limiter les effets de torsion. Il s'agit de distribuer les masses et les raideurs (murs, poteaux, voiles...) de façon équilibrée. Troisième règle : assurer la reprise des efforts sismiques en assurant le contreventement horizontal et vertical de la structure, en superposant les éléments de contreventement et en créant des diaphragmes rigides à tous les niveaux. Enfin, toujours bon à rappeler, l'application des règles de construction. La mise en œuvre a, elle aussi, toute son importance et les entreprises, de la plus grande à la plus petite, doivent être sensibilisées à ces questions et assurer un suivi rigoureux de chantier. Les éléments de connexion, leur assemblage, leur recouvrement, leur continuité doivent faire l'objet d'une attention particulière et garantir la tenue mécanique de l'ouvrage. Et, quels que soient les matériaux utilisés pour le montage de la structure (béton, bloc à maçonner, métal, bois), il est nécessaire d'utiliser des produits et systèmes normés et de qualité.

Contreventement

En toute logique, les ouvrages liés à l'isolation des parois, aux cloisonnements, les planchers et plafonds techniques ou encore les équipements techniques sont, comme le gros œuvre, exposés au risque. Pourtant pendant longtemps, ces parties de la construction, jugées comme secondaires, n'ont pas été prises en compte. Ce ne sera plus le cas car l'Eurocode 8 s'intéresse à tous les aspects de la construction. L'objectif étant d'éviter les chutes, le renversement, d'assurer l'intégrité des fonctions de sécurité en évitant le grippage, les déformations ou encore les pertes d'étanchéité ou les ruptures dues à des déplacements différentiels entre les différentes parties des équipements. Par exemple, la conception des plafonds suspendus doit être étudiée de telle sorte que leur stabilité reste assurée dans l'hypothèse d'un déplacement par rapport au gros œuvre. L'expérience a montré que les chutes, tout en provoquant des blessures, entravent l'évacuation des locaux. Pour assurer la tenue de ces éléments, une seule solution : le contreventement. Cette règle est valable pour les plafonds, les cloisons, les planchers techniques, les gaines de ventilation, mais aussi pour les chemins de câbles ou les luminaires. Autre élément sensible de la construction, les vitrages. L'utilisation du verre courant (verre recuit) ne convient pas pour les zones de passage et les baies sur rue sans protection (balcons, loggias, etc.). Le verre Securit, feuilleté, organique ou simplement muni de film adhésif, évite la destruction sous forme "tranchante". De leur côté, les menuiseries et le système de fixation doivent pouvoir absorber la déformation de la structure et protéger le vitrage par des systèmes découplés et/ou des matériaux résilients.

* Les bâtiments à risque normal sont classés en quatre catégories d'importance croissante : de la catégorie I à faible enjeu à la catégorie IV qui regroupe les structures stratégiques et indispensables à la gestion de crise.

Pour en savoir plus

Le site du plan Séisme, programme national de prévention du risque sismique

Le portail de la prévention des risques majeurs

Evolution des chaînages verticaux et horizontaux

Conséquence de la nouvelle réglementation, la réalisation des liaisons entre les chaînages verticaux et horizontaux dans le cadre de constructions parasismiques en blocs béton évolue. L'objectif est de garantir la résistance mécanique des structures en cas de séisme. Jusqu'alors, dans le cadre des anciennes règles parasismiques PS 92 et PS-MI 89 révisées 92, les chaînages étaient reliés entre eux à l'aide d'équerres en acier placées au niveau des angles. A cette méthode pas toujours bien appliquée sur les chantiers, se substitue une nouvelle plus simple à mettre en œuvre et tout aussi efficace pour assurer la continuité du chaînage. Cette nouvelle technique, fruit d'une collaboration entre l'Umgo (1) et le Cerib (2), consiste à relier les deux chaînages, horizontaux et verticaux, par des boucles d'armature liaisonnées entre elles au niveau des angles. Concrètement, ces boucles, mises en place dans la continuité des armatures horizontales, passent dans le chaînage vertical. Ainsi la liaison est continue. Aujourd'hui, ces boucles sont réalisées sur place à l'aide de fers de 10 ou de 12 mm, selon le degré de risque _ les fers de 8 ne sont plus autorisés pour la construction parasismique. A priori, les fabricants devraient sous peu proposer des systèmes prêts à mettre en œuvre.

(1) Union de la maçonnerie et du gros œuvre (FFB)
(2) Centre de recherche de l'industrie du béton

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