Antoine Grumbach ouvre l’œil du Grand Paris
Béatrice Abollivier, préfète de Seine-et-Marne, dévoile la plaque inaugurale des Yeux du ciel. A droite, Laurent Mogno, président d'ECT. A gauche, Antoine Grumbach, architecte - © Laurent Miguet

Antoine Grumbach ouvre l’œil du Grand Paris

Laurent Miguet |  le 25/01/2019  |  Grand ParisRoland CastroTerrassement

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Autour de l’architecte Antoine Grumbach et de l’entreprise ECT, commanditaire des Yeux du Ciel, la plantation du premier cil de cette œuvre de Land’Art a rassemblé les autorités locales, le 25 janvier sur le site de la plus grande décharge de déchets inertes d’Europe, à Villeneuve-sous-Dammartin (Seine-et-Marne). Espace ludique et culturel pour les habitants de l’agglomération de Roissy, les yeux adresseront la bienvenue aux 70 millions de voyageurs qui chaque année, arrivent ou partent de Paris par l’aéroport voisin.

Chapeau à large bord au-dessus d’un grand manteau pourpre, la silhouette d’Antoine Grumbach se détache du brouillard et de la neige dans le jour naissant et humide, comme celle d’un génie bienfaisant. Derrière lui au bord d’un trou invisible de 30 m de profondeur, la préfète de Seine-et-Marne et les élus locaux, invités de l’entreprise ECT, apportent une dose de pompe républicaine inhabituelle, dans le plus grand centre de stockage de déchets inertes de France et d’Europe, qui couvre 130 hectares et accueille près de 2 millions de t/an.

Land’Art métroplitain

Dans le barnum aussi blanc que la neige et le brouillard, la petite troupe se rassemble avant le dévoilement de la plaque inaugurale et la plantation du premier cil des Yeux du ciel, pièce maîtresse d’une série d’une douzaine de belvédères, situés à une trentaine de km du centre de la capitale, et par lesquels Antoine Grumbach tente de répondre à la question qui le taraude : « Qu’est-ce que le Land’art métropolitain » ?
En 2024 de part et d’autre de ce premier cil matérialisé par un chêne vert, deux yeux contrastés, de 400 m de long sur 170 m de large, regarderont les passagers des avions en voie d’atterrissage à Roissy, ou juste après leur décollage : le plus proche de l’aéroport prendra la forme d’un trou, et le second d’une colline. La composition végétale de l’œuvre lui donnera la propriété de changer de teinte avec les saisons.

Sur 9 hectares, les  Yeux du ciel offriront à l'agglomération de Roissy des espaces récréatifs, culturels et sportifs.

Antidisney

Depuis la surface, les géoglyphes prendront la forme de parcs dont les populations locales définiront les usages : promenades, expositions, observatoire du ciel… Les yeux de l’enchanteur Grumbach pétillent à l’évocation de cet « antidisney » du futur dont il puise l’inspiration à l’aube de l’humanité : Stonhenge et Nazca, les sites des géoglyphes protohistoriques du Royaume-Uni et du Pérou.
700 à 800 camions quotidiens alimentent le chantier nuit et jour : « Quatre Kheops par an », calcule le land-artiste. Ils proviennent principalement des chantiers immobiliers environnants, et bientôt des tunneliers du Grand Paris express, dont la ligne 17 passera à 1 km de Villeneuve-sous-Dammartin. En plus du matériau et des engins d’ECT, Antoine Grumbach peut compter sur une jeune recrue de son commanditaire : l’exploitant du site a embauché Antoine Merrien à la fin 2018, jeune diplômé de l’école du paysage de Versailles. Sur lui repose le chiffrage du projet, annoncé pour ce premier trimestre 2019.

Chapelet de belvédères

Exploitant de la majorité des sites pressentis pour les « belvédères entre ciel et terre » d’Antoine Grumbach, ECT lui donne l’occasion, sur 9 hectares, d’exprimer sa vision et sa passion pour le Grand Paris : une opportunité longtemps attendue par l’architecte et urbaniste, qui figurait parmi 10 les lauréats de la consultation lancé en 2008 par le président Nicolas Sarkozy.
A l’autre extrémité de la métropole par rapport à Villeneuve-sous-Dammartin, Antoine Grumbach espère même trouver l’occasion de magnifier un site clé, dans sa vision qui donne à la Seine la fonction de colonne vertébrale d’une région urbaine tournée vers la mer, de Paris au Havre : à Carrières-sous-Poissy (Yvelines), il s’appuierait sur le comblement de la plus grande décharge sauvage d’Europe.

De l’eau au moulin de Roland Castro

« Je vous présente un géo-architecte qui voit du ciel » : autre urbaniste et militant historique du Grand Paris présent ce matin, Roland Castro confirme le souffle poétique d’une inauguration singulière. Avec sa gouaille optimiste, républicaine mais peu préfectorale, l’auteur du récent rapport remis au président de la République sous le titre « Du Grand  Paris à Paris en grand » n’a pas barguigné pour rendre hommage au concepteur comme au maître d’ouvrage :
« Faire d’une décharge un lieu de poésie majeure, quelle mutation géniale ! Voilà une initiative privée d’intérêt public menée en bonne intelligence avec les élus de terrain. Cette manière de faire permettra de transformer les quartiers les plus moches du Grand Paris », s’enthousiasme l’ami.

Décharges et paysage

Leader français de la réutilisation de terres excavées, ECT enrichit, sur son site principal, un savoir-faire historique : l’entreprise a contribué au modelage du parc Georges Valbon de la Courneuve, avec les terres issues des chantiers des Halles et du périphérique parisien. A Villeneuve-sous-Dammartin avant même le lancement des Yeux du ciel, les mesures compensatoires au contournement du Mesnil Amelot par la Nationale 104 ont conduit l’exploitant à créer, sur deux hectares, un habitat favorable à l’oedicnème criard, un échassier migrateur.
« Le Land’Art contribuera à l’appropriation complète des objets que nous créons », parie Laurent Mogno, président de l’entreprise de 200 salariés, qui gère 15 millions de t/an. Pour creuser cette piste, ECT a signé à la fin 2018 une convention de préfiguration d’une chaire sur la valorisation paysagère des terres excavées, avec l’école nationale supérieure du paysage de Versailles.

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