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Ansembourg débarrassé de ses coins à champignons
Le château d’Ansembourg est l’un des monuments majeurs du patrimoine historique du Luxembourg. - © PHOTOS : BCB TRADICAL

Ansembourg débarrassé de ses coins à champignons

Christine Hoarau-Beauval |  le 14/09/2018  |  EuropeRénovationBéton de chanvreMonument historiquePathologie du bâtiment

Rénovation -

L'utilisation du béton de chanvre permet au château de régler ses problèmes d'humidité, responsables de la prolifération de la mérule.

Monument historique majeur de la vallée de l'Eisch au Luxembourg, le Grand-Château d'Ansembourg, construit entre 1639 et 1647 puis agrandi au XVIIIe siècle, fait actuellement l'objet d'une vaste campagne de rénovation. Pour Ngoma Madoki, architecte de l'agence MDK qui s'est vu confier la réfection d'une partie du premier étage du corps central, « le château représente un cas d'école des pathologies de la construction ». Au-delà des problèmes structurels qui mettaient en péril la stabilité du bâtiment - occupé par l'association S?ky? Mahikari, considéré en France comme un mouvement à caractère sectaire -, il fallait ré-2 Luxembourg gler l'inattendue contamination généralisée de 700 m de murs par la mérule, champignon lignivore.

Etant donné sa persistance (lire page 74) , le traitement se devait d'être radical. C'est pourquoi, dans les étages, une grande partie des planchers, des structures portantes et des plafonds a été déposée. Pour garantir que le champignon ne prolifère de nouveau, un traitement de la pierre couplé à l'installation d'une ventilation efficace était nécessaire.

L'étape suivante a été la mise en œuvre du béton de chanvre. Pour Yannic Santandreu, responsable technique de l'entreprise bisontine BCB Tradical, c'était la solution idoine, « car ce matériau laisse respirer la paroi et participe à la régulation thermique ».

Préserver les ornements. Un test avec le produit chaux-chanvre a d'abord été mené fin 2016 sur une pièce de 4 x 4 m, représentant une surface totale à traiter de 44 m². Après validation du modèle, l'ensemble des murs infectés a été décapé couche par couche jusqu'à la pierre. Avant le traitement, toutes les causes d'humidité (infiltrations, fuites, humidité ascensionnelle ou pénétrante… ) ont été supprimées, et une ventilation permettant d'éviter l'humidité et de stabiliser la température à 20 °C a été mise en place.

Des injecteurs ont ensuite été installés afin d'imbiber la pierre de produit fongicide anti-mérule. Cinq litres par mètre carré de mur ont été nécessaires. Une fois la pierre assainie et séchée grâce à la ventilation naturelle, le béton de chanvre pouvait être mis en œuvre. Dans le cas d'un monument historique, il faut à la fois respecter la perméance du mur et préserver les éléments décoratifs ou ornementaux comme les moulures, le papier peint et les décorations diverses. C'est de cette contrainte qu'est née une double innovation : l'association chanvre-chaux aérienne, dont la prise utilise le CO de l'air ambiant, et la mise en place d'une ossature métallique inversée par rapport à la paroi qui le soutient. Cette seconde peau isolante pourra être facilement ôtée sans abîmer les murs historiques, si une future restauration l'exige.

Cloison « déposable ». Pour ces travaux, des profilés galvanisés de 48 mm d'épaisseur ont d'abord été positionnés tous les 40 cm à la verticale du mur à isoler. Puis le béton de chanvre a été déversé entre le mur et le coffrage, constituant une structure indépendante. Afin d'obtenir un remplissage dont l'épaisseur respecte la réglementation, avec un positionnement esthétique, l'astuce a consisté à utiliser des profilés en U et de poser les rails face creuse vers l'extérieur.

Le béton de chanvre enrobe ainsi la structure et crée une cloison « déposable » qui n'altère ni le support, ni la structure du bâtiment. Le mélange chaux-chanvre régule l'hygrométrie du volume habitable comme celle du mur. Autre atout, il améliore les propriétés acoustiques. Le chantier devrait aboutir d'ici à la fin 2019, après dix semaines de travaux réparties sur dix mois.

Maîtrise d'ouvrage : privée. Maîtrise d'ouvrage déléguée : Anne Atifé. Maîtrise d'œuvre : Ngoma Madoki, agence MDK Architecture.

Entreprises et artisans associés : atelier Saint-Fiacre France et société Thomas Millereaux (tailleurs de pierre), entreprise Georges Hennen (construction), atelier Montomble (ébénisterie et menuiserie). Béton de chanvre : BCB Tradical (groupe Lhoist).

Suivi de la restauration : service des Sites et Monuments nationaux du Luxembourg. Budget travaux : NC. Livraison prévue : 2019.

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Le traitement de la mérule a notamment concerné les murs en pierre, qui ont été imbibés de produit fongicide : 5 l/m2 ont été nécessaires. - © PHOTOS : BCB TRADICAL
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Des ossatures métalliques ont été mises en oeuvre contre les murs en pierre. - © PHOTOS : BCB TRADICAL
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Le béton de chanvre est tassé dans le coffrage à la manière du pisé pour la terre crue. Le matériau laisse respirer la paroi et régule l’hygrothermie. - © PHOTOS : BCB TRADICAL
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Une fois le mur complètement isolé, le matériau chaux-chanvre participe à la régulation thermique de la pièce, comme du mur. - © PHOTOS : BCB TRADICAL
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Egalement respirants, les enduits ont été adaptés pour que leurs teintes restent dans les nuances du château. - ©

La mérule, une espèce particulièrement résiliente

La mérule est un champignon lignivore qui fait son nid dans la pierre et se nourrit de la cellulose du bois, un matériau très présent au château d'Ansembourg. Quatre conditions favorisent son développement : la présence de nutriments (cellulose, bois et dérivés), le manque de ventilation, une humidité du support comprise entre 22 % et 35 %, et une température comprise entre 20 °C et 26 °C. Dans les cas les plus extrêmes, lorsque la propagation est trop avancée, il est nécessaire de brûler le bâtiment, car le bois ne se traite pas et le champignon peut rester des siècles à l'état latent, pour reprendre son développement dès que les conditions le permettent.

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Mérule - © ANDRÉ MASLENNIKOV / BIOSPHOTO

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