Réalisations

Anne Hidalgo : « S’inspirer de la tour Bois-le-Prêtre »

Mots clés : Architecture - Bois - Collectivités locales - Communication - marketing - Prix d'architecture

Anne Hidalgo, première adjointe au maire de Paris, en charge de l’urbanisme et de l’architecture, parle de la restructuration de la tour Bois-le-Prêtre à Paris (XVIIe), prix d’architecture de l’Equerre d’argent 2011.

Que représente ce prix de l’Equerre d’argent pour la Ville de Paris ?
Nous sommes tout d’abord très fiers de recevoir l’Equerre d’argent. Frédéric Druot, Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal ont beaucoup innové avec la restructuration de la tour Bois-le-Prêtre et leur projet fait désormais référence en France mais aussi à l’étranger. Non seulement ils ont transformé la tour en un très bel objet architectural mais en plus la qualité des logements est exceptionnelle avec des surfaces habitables augmentées de 20 à 60 m2. Cela a même amené les habitants à redécorer leur intérieur, à changer leur mobilier. Ils l’ont fait, non pas contraints par leur nouvel habitat, mais avec l’envie d’accompagner cette innovation architecturale. Enfin, les travaux ont coûté moitié moins cher qu’une démolition-reconstruction. La tour Bois-le-Prêtre restructurée est aussi la preuve par l’exemple que la hauteur n’est pas à rejeter en bloc, qu’elle peut être synonyme d’un habitat de très grande qualité.

 
Cette opération assez exemplaire est-elle reproductible ?
Chaque réhabilitation doit être regardée en tant que telle. Notre objectif n’est pas de faire un copier-coller de l’expérience menée sur la tour Bois-le-Prêtre mais de s’en inspirer pour conduire d’autres réhabilitations comme celle de la tour Poissonniers, dans le XVIIIe arrondissement, ou de la barre Borel, également située dans le secteur de la Porte Pouchet.


La tour Borel, elle aussi implantée dans la ZAC de la Porte Pouchet, va-t-elle être démolie ?
Les architectes nous ont effectivement demandé de regarder s’il était possible de conserver la tour Borel mais une telle décision nous conduirait à revoir tout le projet de la ZAC, ce qui s’avère très compliqué. Nous nous orientons plutôt vers une démolition d’autant que la tour est vraiment implantée en bordure du périphérique. La reconfiguration de la tour Bois le Prêtre est extrêmement réussie, mais ce n’est pas pour autant que tous les immeubles de grande hauteur situés à proximité du périphérique feront l’objet d’un traitement identique.

Quelles sont vos attentes à l’égard des architectes qui travaillent à Paris ?
Construire à Paris n’est pas un acte anodin. La commande publique parisienne sur le logement social ou les équipements publics est d’une très grande exigence et les architectes le savent bien. Nous attendons d’eux qu’ils nous étonnent en faisant preuve d’audace architecturale, qu’ils repoussent les barrières de la technique, notamment dans le domaine de la performance énergétique, et qu’ils n’oublient jamais la qualité d’usage des logements. Celle-ci concerne l’intérieur des appartements, qui doivent être lumineux, dotés d’espaces généreux, mais aussi les espaces collectifs. Nous réfléchissons à l’aménagement de lieux mutualisés pour l’usage de tous les résidents, permettant ainsi de dégager les logements d’une partie de la logistique de la maison.

L’audace architecturale ne constitue-t-elle pas un frein à la construction de logements dans les arrondissements centraux de la capitale ?    
Il existe des associations de riverains, notamment dans le VIIe et le XVIe arrondissements, qui déposent des recours avec pour objectif n°1 d’empêcher la création de logement social avant même de parler d’architecture. Certaines d’entre elles sont, par ailleurs, très conservatrices en matière d’architecture et sont parfois soutenues en première instance par des juges administratifs qui se permettent de juger de la qualité architecturale de nos propositions. En appel ou en Conseil d’Etat, les juges ne se livrent pas à des interprétations esthétiques. Résolument, nous ne sommes pas pour le plagiat de l’haussmannien. Et même si nos projets doivent faire l’objet de recours, qui parfois peuvent être longs, je pense que nous allons continuer à être audacieux et à construire le patrimoine du XXIe siècle, y compris dans le coeur historique de Paris. Nous devons bien sûr prendre toutes les précautions en faisant appel à de très bons architectes et en travaillant avec les architectes des bâtiments de France (ABF). Je voudrais d’ailleurs rendre hommage au travail partenarial que les ABF mènent avec la Ville : ils sont de très bon conseil et nous aident à trouver ces touches d’architecture contemporaine. Notre objectif n’est pas d’abîmer le coeur historique de la capitale, mais bien d’accepter que la vie et notamment l’architecture contemporaine s’y invite aussi de temps en temps. C’est ce qui fait l’attrait de Paris.

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