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Amc 1967-1969 Premières années d’une revue

le 01/02/2012  |  ArchitectureParisInternationalFrance entièreEurope

Alors que la revue AMC vient de lancer sa nouvelle formule, il paraît opportun de revenir sur ses origines et les circonstances de sa création. Ce moment est d’autant plus significatif qu’il a été à la fois bref et d’une étonnante densité. De novembre 1967 à janvier 1969, Alain Sarfati et Philippe Boudon transforment le bulletin de la SADG (Société des architectes diplômés par le gouvernement) en une revue de recherche et de débat. Au plus fort de l’épisode des rénovations urbaines, ces deux jeunes architectes issus de l’atelier Zavaroni à l’école des Beaux-Arts posent, sous toutes les formes, une question : qu’est-ce que faire de l’architecture ? Les onze numéros qu’ils conçoivent, avec André Ménard pour la conception graphique, marquent de ce fait un tournant dans l’histoire de la pensée architecturale en France. Par Simon Texier*

Quand Alain Sarfati annonce la création de la revue architecture mouvement continuité, le bulletin intitulé SADG dont elle est issue en est à son 160e numéro. A la demande d’Otello Zavaroni, alors président de la Société des architectes diplômés par le gouvernement, le n° 161 inaugure une formule entièrement nouvelle, avec un titre qui le place désormais sous le signe de la contradiction et du débat. L’idée n’est pas de saper un édifice qui finira d’ailleurs par tomber quelques mois plus tard, mais de le renouveler de l’intérieur. Dans son propos liminaire, Sarfati légitime cette révolution douce en constatant : « les choses bougent, partout. Mais les idées et les concepts restent figés, difficiles à reconsidérer, voire immuables .»

Le premier numéro

Les vingt-huit pleines pages – la publicité est rassemblée en pages centrales – que compte le premier numéro de la nouvelle formule méritent que l’on s’y attarde. Mentionnons tout d’abord un courrier retranscrit dans la page « tribune libre », adressé le 22 octobre 1966 par Martin Pinchis, exerçant en Roumanie, dont les propos tendent à justifier le changement amorcé : « Le bulletin est trop sage. On fait trop attention à ne pas vexer un tel, etc. On évite surtout de parler architecture. Certainement un sujet très embêtant ! Pourquoi n’arrivons-nous pas à faire revivre l’atmosphère des discussions qu’on avait à l’atelier ? A la place, nous sommes en train de faire crever Laprade en lui faisant écrire chaque mois un article. »

À défaut d’être polémique, la revue sera théorique, ouverte à d’autres champs disciplinaires, ce qui lui sera reproché in fine. L’éditorial de Philippe Boudon, qui présente l’originalité graphique de courir tout au long du numéro, a pour objectif de relier les différents articles, qu’a priori rien ne semble rapprocher : le célèbre texte de Christopher Alexander « Une ville n’est pas un arbre » (paru en 1965 aux Etats-Unis (1)), critique de l’urbanisme moderne en partie fondée sur des données mathématiques, où l’auteur démontre que la structure des villes anciennes est, par la complexité des rapports sociaux, en semi-treillis tandis que les villes nouvelles sont organisées comme des arbres, d’où leur échec ; une contribution de David Georges Emmerich, (« Charrettes ! »), qui expose un système de voiture pliante, un véhicule écologique à géométrie variable ; enfin un plaidoyer du sculpteur Jean-Claude Bédard pour l’union de l’art abstrait et de l’architecture. Dans son analyse comparée des trois textes, auxquels il en ajoute un lui-même (« Structure, espace et architecture »), Philippe Boudon évoque la notion de complexité, au cœur du travail d’analyse fonctionnelle d’Alexander, complexité « ressentie par beaucoup comme une nécessité vitale après les abus de formes fonctionnelles, desséchées, qui nous entourent », qu’il met en relation avec la réhabilitation de l’ornement implicite dans son propre texte sur les structures complexes, tout comme avec les réflexions de Bédard et Emmerich. De cet enchevêtrement des concepts, il tire une conclusion rhétorique mais ambitieuse : « Superposés ou non le rationnel n’exclut pas l’irrationnel, et l’irrationnel n’exclut pas le raisonnable. Alexander nous donne un exemple de rationalisme (à ne pas confondre avec fonctionnalisme), Bédard nous fait sentir l’irrationnel, Emmerich nous donne une leçon de raisonnable ».

Sur le plan formel, l’iconographie de ce premier numéro est révélatrice de l’ampleur du renouvellement. Il est d’ailleurs difficile de ne pas rapprocher les semi-treillis représentés par Alexander des dessins de Bédard, des tridimensionnelles d’Emmerich tout comme de celles d’Alexander Graham Bell, Robert Le Ricolais, Richard Buckminster Fuller au moyen desquelles Philippe Boudon illustre son texte. Ce dernier constitue un autre manifeste dans lequel l’auteur fait le procès d’un mauvais usage du béton, matériau lourd que l’on voudrait vainement rendre léger. à l’exemple du CNIT à La Défense, il oppose les recherches sur les structures tridimensionnelles, remontant à Viollet-le-Duc et Eiffel pour, au final, insister sur le caractère inévitablement esthétique de ces assemblages : « Aujourd’hui dans un monde où règne la nudité fonctionnelle – qu’on pourrait appeler exhibitionnisme fonctionnel – le décor, l’ornement ont perdu beaucoup de sympathies, d’autant qu’ils nous avaient longtemps lassés de leurs excès ». Mais redoutant déjà les dérives formalistes, voire utopistes des adeptes de la « tridi », il prend aussi le parti d’une architecture non visionnaire en soulignant l’importance de répondre aux questions techniques pour notamment faire face aux problèmes du logement.

Pour mesurer l’unité de ce numéro, il faut encore citer l’analyse d’ Alain Sarfati sur l’ouvrage de Brian Richard portant sur les modes de transport dans les villes, New Movement in Cities, où il tire une conclusion qui, encore une fois, fait figure de programme : « L’intégration du mouvement comme donnée, au même titre que les données géographiques ou de site, doit nous permettre d’envisager une nouvelle image de la ville. » Enfin on n’aurait pas tout dit de ce premier Architecture-Mouvement-Continuité si l’on ne mentionnait les deux pages « Information », occasion pour les rédacteurs de rappeler leur admiration pour Frank Lloyd Wright, dont l’Imperial Hotel à Tokyo est alors promis à la destruction.

Les textes qui composent ce numéro sont au fond, pour ses deux concepteurs, une suite de professions de foi, le plus souvent faites par procuration. Une manière habile de prendre la parole en empruntant celle des autres, et par là même en donnant à lire de nouveaux auteurs. Car il n’y a là aucune polémique, aucune radicalité, pas de référence explicite à l’actualité de l’architecture : il s’agit d’études de fond, à partir desquelles une pensée se met en place. Une pensée cherchant d’abord à interroger l’architecture et qui, en cela, se distingue nettement de certains propos tenus dans Melp !, autre revue « détournée » de sa fonction première – Melpomène est le bulletin de liaison de la Grande Masse des Beaux-Arts – : à la question « quelle architecture faire ? », Jacques Barda ne répond-il pas « on ne fait pas l’architecture, il y a architecture dans une organisation ou une construction quand des problèmes sont résolus dialectiquement en fonction de certaines données (2) ».

L’intégration des sciences humaines et sociales

Le numéro 2 d’AMC est préfacé par Jean-Pierre Épron, vice-président de la SADG, dont les recherches théoriques tendent à démontrer en quoi l’architecture est en permanence balancée entre mouvement et continuité. Dans l’esprit du précédent numéro, il constate que pour exprimer les formes architecturales et les dispositions générales de l’aménagement : « Le processus intellectuel reste fondamentalement le même, mais il doit maintenant se développer consciemment et dans bien des cas non plus par une seule intelligence, mais simultanément par plusieurs. »

Dans le premier article de cette seconde livraison, Bernard Hamburger, futur associé de Boudon et Sarfati au sein de l’AREA, propose de décrypter l’œuvre atypique et foisonnante de l’Américain Bruce Goff, trop souvent cantonnée dans le registre des architectures fantastiques. En la réintégrant dans le domaine de la pratique, Hamburger opère une inversion du regard sur ce qui, à ses yeux, [...]

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