En direct

Alsace Solaire, biomasse, méthane, géothermie : les nouvelles énergies de l’agriculture
PHOTO - ESTsolaire-68.eps - © christophe Bourgeois/le moniteur

Alsace Solaire, biomasse, méthane, géothermie : les nouvelles énergies de l’agriculture

Laurent miguet |  le 12/09/2008  |  EnergieBas-RhinHaut-Rhin

Thème du salon Biobernai 2008 qui se tient ce week-end à Obernai, à l’initiative du Syndicat des agriculteurs biologiques d’Alsace avec la participation du « Moniteur », les énergies renouvelables métamorphosent l’économie rurale régionale.

Cinq toitures photovoltaïques totalisant 35 000 m2 arrivent à Weinbourg (Bas-Rhin) depuis le mois d’août, acheminées dans des containers par voie maritime à partir du Japon. Maître d’ouvrage par l’intermédiaire de la société Hanau Energie qui investit 20 millions d’euros, l’agriculteur Jean-Luc Westphal présente les cinq hangars comme « le plus grand complexe de toitures photovoltaïques agricoles du monde ».

L’incapacité des industriels européens à répondre à sa demande dans les délais souhaités ne suffit pas à justifier le choix du japonais LSK : « Les panneaux associent la simplicité de la pose et l’esthétique d’une toiture intégrée, qui se confond avec les paysages des Vosges du Nord », explique le gérant du Groupement agricole d’exploitation en commun (Gaec) du Comté de Hanau.

Le souci d’intégration paysagère a également guidé l’agence d’architecture Hugues Chalumeau, qui a dessiné des toitures démarrant à 1 m du sol pour se hisser en pente douce jusqu’à 11 m. Le projet servira de référence à la filiale française de l’autrichien Système Wolf, l’un des leaders européens de la construction de bâtiments agricoles, et au charpentier métallique alsacien Wihlelm.

Biomasse séchée sous un toit photovoltaïque

Prévus pour un couplage au réseau au début 2009, les 4,5 MW ne constituent que la face émergée du gisement d’énergies renouvelables convoité par ce projet : les hangars serviront à stocker, sécher et transformer en granulés des plantes énergétiques et des déchets forestiers, destinés aux chaufferies collectives locales. La production évaluée à 10 000 tonnes par an réduira les incertitudes sur la disponibilité de la biomasse forestière. « La plantation d’igniscum, développée avec un institut de recherches de Munich, constitue une première nationale », souligne Jean-Luc Wesphal. Le producteur céréalier a également mis en culture du miscanthus, remarquable par la rapidité de la production ligneuse, et deux variétés de sorgho énergétique, dont la plantation alternée avec le blé améliore la rentabilité du sol et évite son lessivage. Avec le bureau d’études bordelais Climat, Hanau Energie cherche à rendre ses granulés hydrophobes, pour en améliorer le rendement.

« Dans le photovoltaïque comme dans la biomasse, nous développons un modèle applicable par d’autres agriculteurs », estime Jean-Luc Westphal. Le souci de reproductibilité se retrouve au pôle d’excellence rurale d’énergie renouvelable (Peren), créé en 2006 à l’initiative de François Loos, alors ministre de l’Industrie. Principal projet de ce pôle dans le domaine de la biomasse, la mobilisation de coproduits céréaliers et de déchets forestiers se traduit ce mois-ci par l’inauguration de trois silos dans les communes bas-rhinoises de Niederrœdern, Seebach et Stattmatten, pour un total de 500 000 euros. Le comptoir agricole de Hochfelden, maître d’ouvrage, a confié la réalisation clés en main au spécialiste allemand de la biomasse Cebe, basé à Karlsruhe.

« Toutes les régions rurales et boisées peuvent s’intéresser à des démarches de ce type », commente Régis Huss, détaché de la chambre d’agriculture du Bas-Rhin pour le Peren. Le combustible ainsi conditionné vise le marché domestique, en particulier les futurs propriétaires de la chaudière à biomasse développée à Niederbronn par De Dietrich Thermique, avec le soutien financier du Peren.

Méthanisation : deux chantiers en 2009

Cet organisme a également joué un rôle de pionnier régional de la méthanisation agricole, par son soutien apporté à l’entreprise agricole à responsabilité limitée Schleiffer, à Uhrwiller. La puissance installée, égale à 150 kW après un investissement de 700 000 euros réalisé en 2007, sert au chauffage du poulailler. En partenariat avec Sita Alsace, l’exploitant étudie un gisement complémentaire issu de déchets alimentaires, et cherche à valoriser sa production de chaleur par le séchage de plaquettes forestières. En phase d’instruction à la direction sanitaire et vétérinaire, deux unités de méthanisation agricole de plus grande taille devraient voir le jour en 2009 en Alsace.

A Obernai, le lycée agricole joue le rôle de chef de file d’un projet qui affiche une puissance de 120 kW électrique et 200 kW d’eau chaude. Les 5 000 tonnes de déchets organiques à traiter chaque année proviendraient pour moitié de l’exploitation agricole, et pour l’autre moitié de l’industrie agroalimentaire. Sous la maîtrise d’œuvre du bureau d’études Naskéo de Malakoff, le projet, évalué à 1,4 million d’euros, associe les communes environnantes pour leurs déchets verts, la charcuterie industrielle Stoeffler (qui récupérera une partie de sa mise sous forme de chaleur), l’abattoir de la région de Strasbourg exploité par Copvial et l’hypermarché Rond Point d’Obernai. Le digestat issu de l’unité de méthanisation servirait d’engrais liquide. Les déchets ultimes s’intégreraient à un plan d’épandage sur une surface de 300 à 400 ha.

A Ribeauvillé (Haut-Rhin), une ferme laitière et deux exploitations céréalières regroupées dans la SARL Agrivalor Energie programment un investissement de plus de 4 millions d’euros, pour une puissance de 1,2 MW électrique, complétée par une production de chaleur destinée à la fromagerie, à un restaurant et au casino. L’unité de méthanisation devrait également traiter les déchets verts et fermentescibles des communes environnantes, d’une usine et de deux écoles.

Pôle d’excellence en voie de pérennisation

« Inscrits dans une démarche territoriale, les projets de Ribeauvillé et Obernai contribueront à formaliser la doctrine de l’Etat dans le domaine de la méthanisation. Pour l’heure, il n’existe pas de guichet pour accompagner ce type d’investissement », souligne Marie Mamdy, chargée des énergies renouvelables à l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie Alsace. A quelle administration confier l’instruction des dossiers d’installation classée ? Quel tarif d’achat appliquer ? Dans le prolongement de l’arrêté ministériel du 22 avril dernier, un décret d’application répondra à ces questions à la lumière des premières expériences, mais aussi de la volonté affichée par les pouvoirs publics lors du Grenelle de l’environnement. A l’échelle régionale, une autre question reste en suspens : quelle suite donner au Peren, créé en 2006 pour deux ans ? L’agence de développement de l’Alsace du Nord et le conseil régional étudient les modalités de l’intégration du pôle dans la politique régionale Energivie.

Commentaires

Alsace Solaire, biomasse, méthane, géothermie : les nouvelles énergies de l’agriculture

Votre e-mail ne sera pas publié

Les bonnes raisons de s’abonnerAu Moniteur

  • La veille 24h/24 sur les marchés publics et privés
  • L’actualité nationale et régionale du secteur du BTP
  • La boite à outils réglementaire : marchés, urbanismes, environnement
  • Les services indices-index
Je m’abonne
Supports Moniteur