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ALSACE-LORRAINE Face aux soubresauts de la commande publique l'industrie routière dans le creux de la vague

AUDREY REINHARDT, LAURENT MIGUET |  le 09/08/2002  |  Collectivités localesConjonctureRéglementation des marchés publicsAménagementFrance entière

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L'industrie routière d'Alsace et de Lorraine subit les effets des soubresauts de la commande publique. Président du syndicat régional d'Alsace, Gérard Vieille a résumé cette tension en quelques chiffres, devant les professionnels réunis en assemblée générale le 2 juillet à Strasbourg : alors que, sous l'effet de la croissance enregistrée dans les années 1999 et 2000, les entreprises ont gonflé leurs effectifs permanents de 13 % au cours des deux dernières années, elles enregistrent aujourd'hui une contraction inquiétante de leur activité. Le fléchissement de 8 % observé sur un an en 2001 s'est brusquement accéléré au premier trimestre 2002, avec une nouvelle chute de 8 %. En mars de cette année, les carnets de commande s'étaient rétrécis de 18 % en dix-huit mois.

Le Bas-Rhin « en chute libre »

Nettement plus préoccupantes que les chiffres nationaux, ces données ne suscitent pas de réponses à court terme : « Comme les entreprises, les donneurs d'ordre auraient intérêt à pouvoir lisser les commandes », reconnaît Emmanuel Rouedde. Le directeur de l'aménagement et des équipements du conseil général du Bas-Rhin annonce 300 millions d'euros d'opérations en gestation, mais pas pour le très court terme. Selon François Bouchard, directeur régional de l'équipement, l'exécution du volet routier du contrat de Plan suit malgré tout un cours aussi linéaire que possible : « Avec 40 % de réalisation à la fin de l'année, l'Alsace se situe parmi les régions les mieux placées », plaide-t-il.

Dans le creux conjoncturel régional que traversent les entreprises routières, le principal lot de consolation vient du Haut-Rhin : « L'activité se maintient dans ce département, alors qu'elle connaît une chute libre dans le Bas-Rhin », constate Gérard Vieille.

Selon les professionnels, la réorganisation récente de la direction des routes du conseil général du Haut-Rhin ne serait pas étrangère à cette évolution (voir ci-contre l'interview de René Jacques).

Lorraine : le contrat de Plan en retard

En Lorraine, les routes ne semblent pas non plus constituer les chantiers prioritaires. Si, dans cette région, la baisse des travaux publics se situe à 3,5 % entre le premier semestre 2001 et le premier semestre 2002, elle atteint 10 % pour les travaux routiers. Côté investissements privés (routes d'accès aux lotissements), industriels et commerciaux (parkings de supermarchés), la diminution du nombre de chantiers semble refléter l'activité globale de l'économie française.

En ce qui concerne les investissements publics, le quatrième contrat de Plan Etat-Région accuserait un certain retard en matière d'infrastructures routières, selon le syndicat professionnel régional de l'industrie routière de Lorraine. « Il est déterminant pour l'économie lorraine en général et le secteur des travaux publics en particulier que ce retard soit rattrapé », affirme Gilbert Cola, secrétaire général.

Pour la plupart des opérations programmées, les travaux de creusement et de remblai débuteront à l'automne prochain et, si aucun retard n'intervient, les travaux routiers se dérouleront en 2003. Le volet routier du contrat recense notamment le contournement sud-est de Metz et la voie rapide 52 entre Rombas et Florange en Moselle, ainsi que l'accès à l'A31 par le sud des Vosges (Vittel, Contrexéville, Bulgnéville), dont le chantier a commencé au début de l'année. En revanche, la Meuse et la Meurthe-et-Moselle ne présentent pas de chantier significatif, en dehors du doublement de la RN4 à l'est de Lunéville.

Quant aux collectivités territoriales, elles assument un investissement régulier à un niveau important, « mais insuffisant », ajoute Gilbert Cola. Selon lui, le secteur est dans l'attente d'une nouvelle impulsion en matière d'équipements et d'infrastructures, indispensables à l'économie régionale. « Seul l'Etat peut déterminer l'avenir de la Lorraine par la mise en oeuvre rapide des infrastructures notamment routières et autoroutières », estime le secrétaire général.

Dans l'espoir d'une reprise rapide et malgré leurs inquiétudes, les entreprises ont maintenu le niveau de l'emploi : une diminution du nombre d'intermédiaires et des heures supplémentaires a compensé la baisse d'activité.

« Les entreprises du secteur comptent sur le chantier du TGV pour décrocher des marchés de travaux routiers. Mais là aussi, il y a des retards », regrette Gilbert Cola.

En Alsace aussi, les entreprises attendent avec un espoir teinté d'impatience la relance des travaux ferroviaires inscrite au contrat de Plan. Elles peuvent compter sur l'enthousiasme du directeur régional de l'équipement : « Je m'emploie chaque jour à faire démarrer la troisième DDE alsacienne, constituée par le couple RFF-SNCF », a déclaré François Bouchard, dans son plaidoyer pour l'intermodalité prononcé le 2 juillet devant les industriels régionaux de la route.

Enrobés : la Moselle absorbe les nouvelles capacités alsaciennes

Engagé au début août, le recalibrage de la départementale 28, entre Albestroff et Webing (Moselle), absorbe à lui seul la moitié de la production prévue cette année pour la plus jeune centrale d'enrobage d'Alsace. Mis en service au début 2002, le nouveau poste d'Oberschaeffolsheim, à l'ouest de Strasbourg, a également trouvé un débouché pour 20 % de sa production de l'année dans deux autres chantiers du conseil général de la Moselle : la réfection des départementales 91 et 46.

Préserver l'indépendance

« Malgré la surcapacité alsacienne, nous avons investi 2 millions d'euros dans cette nouvelle centrale, vitale pour la préservation de notre indépendance, en raison de notre diversification récente dans les couches de surface. Cette première année illustre le dynamisme de la politique d'entretien des routes mise en oeuvre par le département de la Moselle, au moment où les marchés du Bas-Rhin connaissent une chute », analyse Franck Lingenheld, gérant de Semaroute. La SARL créée pour l'occasion par le groupe régional de TP (35 millions d'euros, 220 salariés) vise une production annuelle de 50 000 tonnes, dont 10 à 20 % vendus à l'extérieur.

Avant d'engager l'acquisition d'une centrale d'enrobage, l'entreprise basée à Dabo (Moselle) avait frappé à la porte des groupements d'intérêt économique (GIE) constitués en Alsace par les majors de la route.

L'échec de cette tentative a abouti à la mise en service de deux centrales : à Sélestat, en premieu lieu, Lingenheld s'est associé avec les entreprises régionales Vogel et Leonhart pour exploiter une centrale en 1999 dans le cadre d'un GIE. A l'ouest de Strasbourg, le groupe régional a pris l'initiative seul, avec une deuxième machine fournie par le suisse Amman et qui affiche une capacité de 200 tonnes à l'heure.

Ces investissements mettent Lingenheld en position de répondre aux appels d'offres pour des chantiers nocturnes ou pour les grandes opérations routières de l'Etat, qui exigent la possibilité de mobiliser plusieurs centrales d'enrobage.

PHOTO : A Oberschaeffolsheim, avant le début de l'hiver, l'entreprise Lingenheld équipera son nouveau poste d'enrobage d'un bardage métallique, afin d'atténuer les chocs thermiques.

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« Une équipe rajeunie et dévouée à l'intérêt général » INTERVIEW René Jacques, directeur des routes du conseil général du Haut-Rhin

Autrefois montré du doigt par les entreprises routières pour sa difficulté à sortir les opérations, le conseil général du Haut-Rhin fait aujourd'hui figure de bouée de sauvetage, face à une conjoncture alsacienne morose. Comment analysez-vous cette évolution ?

La volonté et la confiance d'Antoine Boithiot, président de la commission « infrastructures et transports collectifs », ne nous a jamais fait défaut. Les budgets ont progressé de 25 % entre 2001 et 2002, soit près de 64 millions d'euros cette année après la décision modificative 1. Installés depuis vingt mois dans des locaux neufs et fonctionnels, nous nous appuyons sur une équipe renforcée, rajeunie et paritaire, avec 23 femmes sur 49 personnes. Issue d'horizons très divers, cette équipe fait preuve d'un fort dévouement à la chose publique.

Ce changement d'équipe s'est-il accompagné de changements de méthode ?

L'informatique constitue la partie la plus visible : nous montrons et nous expliquons désormais nos projets sur Power Point. Sur le fond, nous nous concentrons de plus en plus sur nos missions de maîtrise d'ouvrage, sans perdre totalement la pratique de la maîtrise d'oeuvre pour les études précédant les petites opérations non individualisées et d'un montant inférieur à 500 000 euros.

Les entreprises se plaignent des soubresauts de la commande publique. Avez-vous les moyens de répondre à leur demande visant à un meilleur lissage ?

Nous ne maîtrisons pas les aléas des procédures concernant les opérations neuves. En revanche, nous sommes parvenus cette année à publier, dès le mois de mars, notre programme annuel d'entretien, alors que jusqu'en 2000, cette annonce n'intervenait qu'en juin.

Le nouveau Code des marchés publics vous a-t-il incité à accorder davantage de places aux variantes proposées par les entreprises ?

Les variantes ne nous ont jamais fait peur. Le nouveau Code rend leur examen plus complexe, en raison d'une obligation de classement. Le chantier de la rocade ouest de Mulhouse témoigne de notre ouverture : titulaires du marché de 64 millions d'euros entre juin 2002 et fin 2003, GTM et Ganter Lavigne ont proposé un réemploi in situ du loess du Sundgau en couche de forme, après traitement. Cette solution entraîne une diminution des volumes à évacuer.

Le département va-t-il donner une nouvelle impulsion à son réseau cyclable ?

Notre schéma cyclable a déjà dix ans. Sa mise en oeuvre mobilise 3 millions d'euros par an pour des pistes que nous finançons à 90 %. Nous avons prévu de finaliser en 2003 les réflexions en cours sur l'actualisation de ce schéma : face à l'afflux des demandes, il s'agit de redéfinir, d'une part, la finalité du réseau, d'autre part, nos relations avec nos partenaires. Ce deuxième point concerne les communautés de communes, porteuses d'un nombre croissant de projets, mais aussi l'Etat, maître d'ouvrage de la partie française de la véloroute Nantes-Budapest, qui empruntera le canal du Rhône au Rhin.

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