Paysage

Alfred Peter : « La ville se libère des infrastructures »

Mots clés : Aménagement paysager

La relation incestueuse entre infrastructures et urbanisme tire à sa fin, selon Alfred Peter, l’un des paysagistes français les plus présents sur la scène mondiale de l’urbanisme. De Saint-Pétersbourg à Kairouan et de Pékin à sa ville de Strasbourg, il observe avec joie l’agonie du modèle du XXème siècle, auquel il oppose « la festivalisation de l’urbanisme »…

Pour imaginer le schéma de mobilité adapté à Krasnogvardeyski, une banlieue de Saint-Pétersbourg forte de 300 000 habitants, le climat facilite l’observation des usages : « Comme autrefois dans nos régions, les empreintes de pas dans la neige donnent une vision exacte des cheminements les plus pratiqués », note Alfed Peter, partie prenante d’un collectif qui projette l’avenir du territoire périurbain à l’heure de la ville frugale et participative. La libération de la parole des habitants repose sur l’intermédiation d’un cirque qui donne corps à une idée chère au paysagiste urbaniste : « La festivalisation de l’urbanisme ».

Minimalisme à Kairouan

 

« Avant de penser ponts, métros, milliards, commençons par travailler la matière évaluée comme négative », embraye celui qui, depuis la fin des années 1980, accompagne le développement du tramway de Strasbourg. L’esprit de Krasnogvardeyski anime un autre groupe auquel il prête mainforte, sous de toutes autres latitudes : sans attendre la fin de la vacance du pouvoir politique municipal à Kairouan (Tunisie), des habitants ont invité Alfred Peter à participer à leur réflexion sur des interventions modestes, mais susceptibles de baliser un chemin vers une nouvelle ambiance urbaine, dans la quatrième ville sainte de l’Islam.

 

Vélo à Pékin

L’appétit planétaire pour des transformations radicales obtenues par des moyens minimum se manifeste jusqu’à Pékin : « L’installation de bordurettes métalliques, sur les grands axes routiers, a suffi pour ramener au vélo deux millions d’habitants », s’émerveille Alfred Peter. Certes, il aura fallu que les pékinois constatent par eux-mêmes l’impasse dans laquelle les avaient jetés l’assujettissement de la ville à l’automobile : « J’ai renoncé à l’idée de gagner du temps dans ce domaine, quand j’ai vu la frénésie automobile s’emparer de Tbilissi, après l’éviction de Saakachvili », témoigne le paysagiste.

 

Mémoire à Strasbourg

 

En se libérant de l’automobile, les villes touchées par la « festivalisation de l’urbanisme » mettent fin à une phase d’amnésie : Alfred Peter le voit à Strasbourg, dont les habitants retrouvent leur relation atavique avec l’Ill, longtemps rompue par des quais dimensionnés pour la voiture. La priorité aux modes doux libère des marges de manœuvre démocratiques en même temps qu’elle desserre l’étau règlementaire : « la zone de rencontre reste l’invention récente la plus géniale, car la moins normée », sourit Alfred Peter.

 

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