En direct

Alexandre Chemetoff mal remercié à Nantes
Nantes - © © LeMoniteur.fr/Arnaud Duboys Fresney

Alexandre Chemetoff mal remercié à Nantes

le 05/01/2010  |  Loire-Atlantique

La mission de conception urbaine confiée à l'architecte-urbaniste s'achève sur un différend. Il est mis fin à ses missions "à ses torts", ce qui soulève son indignation.

Qui veut évoquer l'intervention réussie d'un architecte, d'un urbaniste ou d'un paysagiste dans une ville cite spontanément Nantes et Alexandre Chemetoff. Qui aurait arpenté l'île de Nantes il y a une quinzaine d'années et y reviendrait seulement maintenant ne la reconnaîtrait pas. Plus exactement, il serait ravi des transformations subtiles opérées sur ce territoire chargé d'histoire qu'Alexandre Chemetoff s'est ingénié à revivifier. Ceci est bien connu. En revanche, le fait que le contrat qui liait la Samoa (Société d'aménagement de la métropole ouest Atlantique) à Alexandre Chemetoff ait été résilié dans des conditions dénoncées par l'architecte l'est un peu moins. Voici ce qu'il nous en a dit...

"Quels sont nos torts ?"

"La Samoa vient de signifier, par courrier, la fin, à nos torts, des missions qui nous ont été confiées à l'exception de celles portant sur les travaux engagés. Cette position de la Samoa manque de sens et de bon sens. Le 8 septembre dernier, son directeur général déclarait à Presse Océan : "C'est un très grand projet, magnifique. Alexandre Chemetoff a réalisé un apport essentiel tant pour sa pensée que pour sa réalisation. La qualité de la réalisation d'Alexandre Chemetoff est rare et a permis de développer un projet hors du commun, une première dans l'histoire de l'urbanisme en France". Trois mois plus tard, le même directeur notifie la résiliation de notre contrat à nos torts. Dans le même temps, la Samoa nous demande de continuer les chantiers en cours ou qui vont prochainement commencer et donc de poursuivre des projets, à ses côtés, durant plusieurs années encore.
Quels sont nos torts ? Avons-nous eu le tort de mener à bien un projet de transformation de l'île depuis l'est jusqu'à l'ouest pendant près de dix ans, aux côtés de la ville, puis de la communauté urbaine, puis de la Samoa ? Avons-nous eu le tort de dire toujours notre point de vue pour qu'un projet de ville soit toujours en relation avec la vie quotidienne ? Avons-nous eu le tort de réaliser les projets d'espaces publics qui nous ont été confiés dans des temps courts, dans les budgets fixés ? Avons-nous eu le tort de chercher partout, dans les logements comme dans les lieux de travail, dans les espaces commerciaux comme dans les lieux de loisirs et de promenades ou encore dans les établissements d'enseignement, les raisons d'être à Nantes aujourd'hui, de réinventer une économie et une identité de la ville ?
Avons-nous eu le tort de faire ce que nous avons fait pour que Nantes soit fidèle à elle-même et différente ? Avons-nous eu le tort d'avoir, avec la confiance des élus et du maire, réalisé un des plus importants projets urbains en Europe et envisagé autrement la manière dont la question urbaine peut être posée ? Avons-nous eu le tort de vouloir rester fidèles à notre engagement, à la méthode que nous avons initiée, avec la Samoa, sur l'île de Nantes, une méthode qui place le projet au centre des discussions et des décisions ?
La Samoa peut changer d'avis ; elle veut changer de méthode, d'objectifs et de partenaire. Nous l'avons lu et nous l'avons entendu. Pourquoi la Samoa décide-t-elle alors de résilier le contrat qui nous lie à nos torts si ce n'est pour se soustraire à ses obligations contractuelles ? C'est injuste et sans fondement. En réalité, notre tort porte un nom : c'est l'île de Nantes. L'île parle et dit tous nos torts, ceux déjà commis et ceux à venir. L'île telle qu'elle a été transformée, l'île avec ses nefs et ses chantiers, ses rues, ses boulevards, ses places, ses parcs, ses squares, ses quais, ses berges, son bassin, et la cohabitation de ce qui est nouveau et de ce qui était déjà là."

Débat

Pour ceux qui y ont assisté le 19 mai 2009 à Paris, le débat passionnant mené lors d'un "Défi de ville" organisé par la Cité de l'architecture et le Moniteur à propos de Nantes reste un grand moment. Il réunissait Alexandre Chemetoff et le maire de Nantes, Jean-Marc Ayrault. La relation maître d'ouvrage-maître d'œuvre paraissait solide. Alors que s'est-il passé ?

Une réaction ? Ecrivez-nous à [email protected]

Pour en savoir plus, lisez ce premier article et ce deuxième article du site Internet www.nantes.maville.com

Le point de vue de la Samoa

Pour la maîtrise d'ouvrage (Samoa), c'est au cours de l'année 2008 qu'Alexandre Chemetoff a énoncé sa volonté de mettre fin à son activité de concepteur urbain du projet de l'île de Nantes, estimant que l'évolution du projet n'était pas conforme à ses propres orientations. Dans un courrier cité dans un communiqué de la Samoa, il a même affirmé : "le plan guide est en grève" et a cessé de son fait les missions de conception du projet d'ensemble (la dernière version du plan guide date d'octobre 2008) et d'accompagnement des projets immobiliers tout en poursuivant les missions en cours sur les chantiers d'espace public.
Selon Alexandre Chemetoff, plusieurs sujets étaient en cause, le plus important étant - comme il l'indique - le choix d'implanter le futur CHU dans son ensemble sur l'île de Nantes.
Or, la Samoa fait remarquer que "ce choix relève de la puissance publique, c'est une décision politique de l'Etat, de la Communauté urbaine et du CHU lui-même". Les acteurs spécifiques du projet de l'île de Nantes, maîtrise d'ouvrage (Samoa) comme maîtrise d'œuvre (l'Atelier de l'Ile de Nantes, cabinet d'Alexandre Chemetoff) ont à s'y conformer en recherchant la meilleure intégration urbaine d'un choix aussi stratégique indique le communiqué.
Selon Laurent Théry, Directeur Général de la Samoa, les échanges avec Alexandre Chemetoff n'ont pu aboutir dans un cadre conventionnel, ce dernier voulant conserver la maitrise d'œuvre des espaces publics inscrits dans le contrat initial quelle que soit leur date de réalisation. "Nous avons alors dû procéder à la résiliation de son contrat" explique-t-il tout en précisant que "la porte de la Samoa reste ouverte pour trouver une conclusion heureuse d'une coopération sur 10 ans dont chacun devrait se féliciter".

Commentaires

Alexandre Chemetoff mal remercié à Nantes

Votre e-mail ne sera pas publié

Éditions du Moniteur

AMC N°270 - SPÉCIAL INTÉRIEURS 2018

AMC N°270 - SPÉCIAL INTÉRIEURS 2018

Presse - Vente au n°

Prix : 29.00 €

Voir

Opérations Immobilières n°106 - Loi ELAN

Opérations Immobilières n°106 - Loi ELAN

Presse - Vente au n°

Prix : 37.00 €

Voir

Aménager sans exclure, faire la ville incluante

Aménager sans exclure, faire la ville incluante

Livre

Prix : 24.00 €

Auteur : Éditions du Moniteur

Voir

Accéder à la Boutique

Les bonnes raisons de s’abonnerAu Moniteur

  • La veille 24h/24 sur les marchés publics et privés
  • L’actualité nationale et régionale du secteur du BTP
  • La boite à outils réglementaire : marchés, urbanismes, environnement
  • Les services indices-index
Je m’abonne
Supports Moniteur
Les cookies assurent le bon fonctionnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookiesOKEn savoir plusX