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Albert Dubler, architecte, un destin mondial à l’UIA vécu comme un gag
Albert Dubler, architecte - © © UIA

Albert Dubler, architecte, un destin mondial à l’UIA vécu comme un gag

Laurent Miguet, bureau du Moniteur à Strasbourg |  le 30/09/2011  |  France UIAInternationalBas-Rhin

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Fils de bûcheron alsacien et précurseur de la renaissance du bois en architecture, le tout nouveau président de l’Union internationale des architectes, élu fin septembre au congrès mondial de Tokyo 2011, retrace sa carrière comme une suite de gags.

Pour atteindre son bureau illuminé par un patio près de la gare de Strasbourg, il faut passer la porte cochère fatiguée d’une ancienne chocolaterie, puis traverser un couloir et un garage plongés dans les ténèbres. Ce scénario à rebondissements ressemble à une métaphore de la carrière d’Albert Dubler.

« J’ai découvert le solaire passif par erreur » : un discret sourire d’autodérision aux lèvres, le voilà de retour dans ses jeunes années. Albert Dubler a 20 ans en 1968. La mort de son père bûcheron le contraint à mettre entre parenthèses ses études d’architecture pour apprendre le métier. En 1974, il entre au cabinet Philippi, auquel il restera fidèle jusqu’à la fin 1987. En 1978 dans une ancienne ferme du centre du village viticole fortifié d’Eguisheim, l’aménagement d’une maison familiale offre peu de marge de manœuvre : « Impossible de caser les 3000 litres de fuel ! J’ai dit au client de remplir une cuve de 1000 litres trois fois par an, et il m’a fallu longtemps pour comprendre pourquoi cette capacité a suffi à ses besoins annuels »… Un escalier vitré avait servi à stocker les apports solaires.

40 ans pour finir ses études

Etalé sur 40 ans, le gag du diplôme figure parmi les plus révélateurs : poussé par Yves Ayrault, alors directeur de l’école d’architecture de Strasbourg, Albert Dubler se décide à reprendre en 86 les études laissées en jachère en 68. La veille du grand jour au moment d’imprimer son mémoire sur la construction bois, fausse manip : la réinitialisation de son McIntosh préhistorique anéantit son travail. Sa soutenance lui vaut la bienveillance du jury auquel participe son oncle Robert Braun, alors président du syndicat européen des scieurs, mais sous condition d’apporter le mémoire en bonne et due forme. Les années passent, et il manque un autre papier : la dérogation qui justifie le droit à préparer le diplôme, après dix ans de vie professionnelle… Le dossier ne ressurgit qu’à la fin des années 2000, quand un justiciable conteste la compétence d’Albert Dubler, assesseur au conseil d’Etat. Finalement, en 2010, il fera partie des derniers architectes « diplômés par le gouvernement », avant la réforme qui met fin à cette appellation.

Entre temps, un autre gag l’a propulsé dans les instances ordinales : « Quand je suis arrivé au conseil régional de l’Ordre en 1994, je faisais figure de pied nickelé. Le président Francis Parent m’a dit : va voir du côté des écolos. » Et voilà Albert Dubler vice-président d’Alsace Qualité Environnement, l’une des premières associations régionales à adapter en France les référentiels de la haute qualité environnementale. Il ne lui reste plus qu’à dérouler la pelote de laine qui l’amènera de l’Alsace au monde en passant par la France et l’Europe.

Conteur, joueur et bosseur

A chaque morceau du fil, correspond un lien amical avec une personne dont on devine qu’elle aussi est tombée sous le charme du conteur prolixe et drôle : après Yves Ayrault et Albert Braun, voici Françoise-Hélène Jourda, rencontrée au Sénat lors d’une table ronde sur la haute qualité environnementale (HQE), animée par Nathalie Seyer, directrice de la rédaction du « Moniteur ». Un peu plus loin, apparaît Jean-François Susini, président de la section française de l’Union internationale des architectes (UIA) et futur président du conseil national de l’Ordre, qui lui délègue ses fonctions au conseil européen des architectes. Et plus récemment Solange d’Herbez Delatour, présidente de l’Union internationale des femmes architectes, l’un de ses plus précieux soutiens pendant la campagne présidentielle de l’UIA, remportée fin septembre 2011 lors de son congrès à Tokyo, au Japon.

Tous ont sans doute apprécié le conteur et le joueur, mais aussi le bosseur, à raison de deux fois 35 heures hebdomadaires, partagées entre la production architecturale et l’activité associative, comme en témoigne la documentation du bureau : une pile de « Moniteur » pour entretenir sa culture française de la construction au premier plan, et une ceinture de dossiers en carton autour des murs, à raison d’un par pays. Grâce à sa maîtrise de l’anglais et de l’allemand, Albert Dubler devient le traducteur incontournable des instances françaises et européennes de l’architecture, avec à la clé de nouvelles histoires drôles et émouvantes : « Je ne connaissais rien au chinois, et je travaillais avec une traductrice qui ne connaissait rien à l’architecture. Ensemble, nous avons produit en 99 la version chinoise du livre blanc du conseil des architectes européens. »

Architecte responsable

Au fil des mandats internationaux qui l’amènent à fédérer l’Ordre et les syndicats au sein du conseil international des architectes français, l’apprenti apparatchik forge une doctrine qui glisse de l’environnemental vers le social : il défend l’architecte « responsable », prêt à descendre de son piédestal pour établir la preuve de son savoir-faire. Haïti contribue à révéler les clivages qui, sur le plan social, séparent la communauté mondiale de professionnels : les Européens obtiennent la prise en charge collective de la cotisation du nouvel adhérent, né du tremblement de terre. Dans la foulée, Albert Dubler milite pour la création d’une cagnotte sociale indexée sur l’empreinte écologique générée par les déplacements de l’UIA.

Les aventures mondiales ne le détournent pas de ses chantiers, presque toujours privés et orientés vers la réhabilitation ou l’extension. Symptomatique, la reconversion de l’ancienne chocolaterie, où il exerce sa profession en libéral tout en partageant le rez-de-chaussée avec un jeune urbaniste, suit un rythme assez analogue à celui du diplôme : alternance de longues périodes de sommeil et de brusques accélérations. En 2002, Albert Dubler fait acquérir l’immeuble par un de ses clients. Le permis de construire et l’élargissement du patio ont rapidement suivi l’acquisition, mais l’aménagement des appartements, sur deux étages plus combles, n’a redémarré que cette année. Entre temps, au milieu du patio et grâce au paysagiste strasbourgeois Alfred Peter, l’érable pousse, et Albert Dubler expérimente une méthode biologique pour éloigner les pigeons en attirant les merles, aimantés par les objets brillants.

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