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Alain Maugard : "les acteurs du bâtiment doivent se serrer les coudes..."

Defawe Philippe |  le 30/09/2008  |  France entièreTechnique

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Au terme de 15 années passées à la présidence du CSTB, Alain Maugard, Président de la Section "risques, sécurité, sûreté" du Conseil général de l'environnement et du développement durable, livre sa vision sur l'évolution du bâtiment en France.

Après 15 années de présidence du Centre scientifique et technique du bâtiment, vous venez de rejoindre le Conseil général de l'environnement et du développement durable. En quoi consistent vos nouvelles fonctions?

En effet, depuis le 6 septembre j'ai accédé à la présidence de la Section "risques, sécurité, sûreté" de ce conseil. Ce conseil est né du regroupement du Conseil général des ponts et chaussées et de l’Inspection générale de l’environnement. Il est "l’autorité environnementale" prévue par les directives européennes sur l’évaluation environnementale des "plans et programmes" et des "projets". C’est aussi l’instrument d’expertise, d’inspection et d’évaluation du ministère de Jean-Louis Borloo. La partie "sécurité, sûreté" du conseil correspond aux aléas provoqués par l'homme (transports, incendie, …). L'actualité de l'incendie du tunnel sous la Manche nous conduit par exemple aujourd'hui à nous intéresser de près à la sécurité dans les tunnels ferroviaires et routiers. Alors que la partie "risques", qui est nouvelle dans cette section, correspond aux aléas naturels et technologiques (séisme, inondation, ouragan…). Notre rôle est de veiller à ce que la prévision, la prévention et la gestion des risques se fassent au mieux de l'intérêt général. J'inclus dans les attributions de cette section le risque "santé et environnement" qui est d'ailleurs une discipline sur laquelle le CSTB a mené de nombreuses recherches.

Quels enseignements tirez-vous des années passées au CSTB?
Je reste un homme du bâtiment et de l'urbanisme. C'est une passion car cela concerne la société, la civilisation urbaine. Il y a de tout dans le bâtiment : des sciences, des techniques et de l'art. J'aime l'architecture.
Nous connaissons une période formidable pour le bâtiment et l'urbanisme. Il y a eu le grand moment de la Reconstruction de l'après-guerre pendant laquelle on a rebâti, étendu des villes, imaginé des villes nouvelles… suivi d'un ralentissement économique qui a donné moins d'horizon à ce secteur. Au point que certains se sont même demandé s'il était bien utile de garder "bâtiment" à l'appellation du CSTB. Le bâtiment n'apparaissant plus comme moderne. A cette traversée du désert ont succédés deux évènements qui ont bousculé la donne : l'arrivée des nouvelles technologies de l'information et de la communication qui continuent aujourd'hui à faire bouger le secteur, et puis la question environnementale. C'est le moment où les pro-environnementaux ont dit qu'on allait pas retourner dans la grotte de nos ancêtres, que cela n'était pas honteux d'avoir fait des villes, d'avoir créé un patrimoine architectural… et que la question centrale était de poursuivre notre développement en s'assurant de la compatibilité de ce que nous faisions avec les ressources naturelles dont nous disposions. Dès lors, au lieu d'être des bétonneurs, nous sommes revenus au cœur des enjeux de société avec cette question de compatibilité entre développement et écologie. Le secteur du bâtiment, qui représente plus de 40% des consommations d'énergie et presque 25% des émissions de gaz à effet de serre, est revenu au centre du jeu. Nous avons tous ressenti cette évolution. Et avec elle, compris que du low-tech (ou no-tech) le secteur était en train de passer au high-tech. Nous en sommes fiers.

Quel est le challenge actuel pour le bâtiment?
Le secteur du bâtiment s'est placé dans un challenge énorme le jour où il s'est engagé à aller vers les bâtiments neufs à énergie positive et vers la réduction des consommations d'énergie du parc existant. Ce n'est pas rien : zéro effet de serre en exploitation d'un bâtiment neuf! C'est formidable. L'automobile, souvent citée en exemple n'en est pas là. Les innovations arrivent, les industriels, l'ingénierie et les centres techniques se mobilisent… les acteurs du bâtiment se serrent les coudes. Les belles heures de la construction sont à nouveau devant nous. Cela change tout. C'est un vrai plaisir.

Cette évolution peut-elle se faire avec les pratiques professionnelles actuelles?
Nous n'allons pas relever ce défi environnemental sans se repenser complètement. La mutation profonde des pratiques est indispensable. D'abord, architectes et ingénieurs doivent cheminer ensemble. Le risque étant que l'ingénieur impose des choix techniques qui contraignent l'architecture. Ensuite et concernant les entrepreneurs, le rebrassage des métiers n'en est qu'au début. Le renouvellement de la génération de chefs d'entreprises également. De jeunes garçons ou filles reprennent par exemple l'entreprise de leurs parents avec des idées nouvelles de redéfinition et de redélimitation des métiers. Mais attention, je veux être sûr que tous les acteurs du bâtiment jouent dans la même équipe. Architectes, entrepreneurs, industriels, centres techniques… doivent se serrer les coudes et former le pack pour réussir le formidable challenge qui se présente à eux. Il doit y avoir de l'entraide. Dans ce jeu d'acteurs, le CSTB a sa place comme soutien de l'innovation et de la qualité grâce à son indépendance, à sa compétence, à sa réactivité nouvelle...
Ce renouvellement des pratiques doit profiter aux démarches qualité du secteur. Et cela pour les ouvrages, des acteurs, ou comme c'est déjà le cas pour les produits du bâtiment. Les fédérations d'entreprises ont désormais compris qu'on n'échappera pas à cela. Qui aurait parié il y a quelques années sur la réussite des certifications de bâtiments…

Le bâtiment devient un secteur de pointe?
Au CSTB, nous avons constaté que le CNRS, le CEA et l'Ecole des mines s'intéressent au bâtiment. C'est une grande nouvelle que l'"aristocratie" de la recherche juge que ce n'est pas déchoir que de s'occuper de bâtiment. Ces centres vont d'ailleurs découvrir la passion dans nos métiers. L'énergie solaire appliquée au bâti est désormais un enjeu comparable à la maîtrise de l'énergie atomique. Le bâtiment vit une époque formidable...

Propos recueillis par Dominique Errard

* Meeddat : ministère de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement durable et de l’Aménagement du territoire.

A propos d'Alain Maugard


Ancien élève de l’Ecole polytechnique et ingénieur général des Ponts et Chaussées, Alain Maugard, 65 ans, a rejoint le 6 septembre le Conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD) en tant que président de la section Risques, Sécurité, Sûreté. Il était précédemment président du Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB) depuis 15 années, après avoir notamment été directeur de la Construction au ministère de l’Equipement, et directeur général de l’Etablissement public d’aménagement de la Défense.

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