Paysage

Agriville, un manifeste agricole et urbain pour franges métropolitaines

Mots clés : Architecture - Démarche environnementale

Agriville ne lâche rien. Recalée de la compétition « Réinventons la métropole », l’équipe continue à défendre son concept écologique, urbain et agricole, imaginé sur 15 hectares dans le triangle de Gonesse au nord-est de Paris, mais transposable ailleurs. Elle s’appuie sur un atout maître : la présence d’un groupement d’agriculteurs, aux côtés des trois agences d’architecture et du promoteur.

Au lieu d’un classique front urbain, les voyageurs de la ligne 17 du métro aérien automatique longent une vitrine agricole. Du sol au plafond, l’agriculture pénètre dans la ville : au rez-de-chaussée des bâtiments dont les premiers niveaux se situent à 6 m de hauteur, dans les vergers plantés au troisième étage, et entre les terrains de sport qui égayent les toitures ensauvagées. L’intensité urbaine des espaces construits ménage la place pour le déploiement de l’agroforesterie, le long de l’autoroute. L’omniprésence de l’agriculture, jusque dans les espaces urbanisés, rompt avec la vision traditionnelle des espaces verts, finalement entérinée par le jury de Réinventons la métropole, avec son parc central qui structure la ville.

 

Zéro enrobé

 

Les trois agences d’architecture du groupement Agriville, emmené par Eiffage, n’en continuent pas moins à croire dans leur concept, développé sur une surface constructible de 135 000 m2. Avec zéro enrobé, une seule artère de circulation automobile et des constructions sur pilotis, elles revendiquent la faisabilité d’une ville réversible : « Un projet d’aménagement ne doit pas sacrifier définitivement une des terres les plus fertiles du monde », justifie Anouk Legendre, architecte associée de l’agence XTU, porteuse d’Agriville aux côtés d’Arep et de Jean-Paul Viguier & Associés.

 

 

Plus encore que de sa dimension technique, l’originalité du projet vient de sa méthode de fabrication : « Nous l’avons construit avec les agriculteurs », insiste Louis Moutard, architecte urbaniste de l’agence Arep, en faisant résonner le mot Avec de tout son souffle. Incarnation de cette coopération et porte-parole d’un groupement d’agriculteurs, Laurent Chatelain y trouve l’occasion de réunir ses deux métiers et d’y ajouter une troisième compétence: pépiniériste spécialisé dans les arbres et exploitant céréalier, il a récemment obtenu un agrément de maraîcher bio. A travers l’agroforesterie, Agriville renforce sa détermination à contribuer à de nouvelles pratiques agricoles respectueuses de l’environnement.

 

L’entretien, source de richesse

 

Présente dans la phase conception, l’agriculture constitue la clé économique de l’entretien de la ville réversible : « Les coûts de fonctionnement des espaces verts deviennent des sources de richesses pour les producteurs », décrypte Louis Moutard. L’anticipation du fonctionnement résulte également de la gestion gravitaire des eaux pluviales qui irriguent les exploitations. Réponse implicite au projet voisin Europa City qui fonde le développement du triangle de Gonesse sur les loisirs, Agriville mise sur l’attractivité touristique de son modèle de frugalité urbaine.

Dans les domaines de la construction bois, de l’agriculture, de l’alimentation et des fibres, quatre clusters portés avec des instituts techniques spécialisés – dont le FCBA, garant des performances du bois CLT – donnent au concept son statut de « démonstrateur d’urbanisme agricole », nom du dossier soumis en 2017 au concours « Réinventons la métropole ». Déterminés à approfondir ce qu’ils définissent comme un « manifeste », les membres de l’équipe profiteront de toutes les opportunités pour l’enrichir et le promouvoir dans les mois à venir, dans différents lieux d’Ile-de-France.

 

Nouvelles prospections foncières

 

« Grand Paris Aménagement envisage de nous proposer d’autres sites. Quels que soient les résultats de cette prospection, nous continuerons à défendre notre approche des franges urbaines », annonce Louis Moutard. Dans la phase de consolidation qui s’ouvre, le groupement envisage de se pérenniser sous forme associative. Dans tous les sites qu’elle étudiera, l’équipe débordera des périmètres des opérations pour intégrer leur raccordement aux transports publics métropolitains, cœur du métier de l’Arep. Le téléphérique urbain, imaginé pour raccorder Gonesse à la station Villepinte du RER A, figure parmi les images emblématiques de l’esprit d’Agriville : connecter les îlots de l’archipel métropolitain en gardant les pieds sur terre, mais sans s’interdire des échappées visionnaires.

 

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