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« Affaire ouate » (3/4) : qui veut la peau de la filière ?
Ouate - © © Isofloc

« Affaire ouate » (3/4) : qui veut la peau de la filière ?

eric Leysens |  le 29/05/2013  |  TechniqueQualitéVosgesFrance entièreEurope

En treize ans, l'Agence Qualité Construction a publié 70 mises sous surveillance de produits. Sa dernière concerne les isolants en ouate de cellulose. Arrivant après le revirement de la commission chargée de formuler les avis techniques sur les ouates avec sel de bore, sa décision a une résonance particulière. Chez les producteurs de ouate on se demande : "qui veut la peau de la filière ?"

Après avoir décidé, en juin 2011, d'annuler les avis techniques pour les ouates de cellulose avec sel de Bore, et contraint les PME à proposer des isolants avec sel d'ammonium, la commission chargée de formuler les avis techniques est finalement revenue sur sa décision à la fin de l'année 2012 (lire le première épisode de l'affaire ouate pour en savoir plus). Alors, quand  l'Agence Qualité Construction (AQC), association visant à prévenir les désordres dans le bâtiment et améliorer la qualité de la construction annonce, dans sa publication de janvier 2013, avoir mis sous surveillance les procédés d'isolation thermique à base de ouate de cellulose, les acteurs de la filière se demandent « qui veut la peau de la filière ? ».

Le communiqué de sa « Commission Prévention Produits mis en œuvre » (C2P)  pointe les dégagements d'ammoniac pour les ouates contenant des sels d'ammonium. Mais le C2P met également en avant un nouveau risque : l'incendie.  « Ces procédés font l'objet d'une sinistralité d'incendie non négligeable due au fait que les personnes (maîtres d'ouvrage ou entrepreneurs) ne sont pas sensibilisées à la spécificité de ce matériau. Ne sont pas suffisamment pris en compte les éléments de protection feu indispensables à la mise en œuvre en complément de l'isolant», indique le communiqué.

Pour Thierry Toniutti, directeur de la PME Ouateco, cette mise en surveillance n'arrive pas par hasard. « Le lobby des grands industriels français de l'isolant a échoué au sein du CSTB, alors ils le poursuivent à l'AQC. Et on se demande parfois si on ne va pas déboulonner nos machines pour aller les installer de l'autre côté de la frontière », poursuit le producteur de ouate implanté en Aquitaine, à moins d'une heure de la frontière avec l'Espagne.

Comme dans les groupes spécialisés dont le CSTB assure le secrétariat, les membres de la C2P bénéficient de l'anonymat. La commission rassemble des assureurs, des certificateurs, des bureaux de normalisation, la FFB, la Capeb, le CSTB, des contrôleurs techniques et un seul représentant des industriels. Un unique représentant qui renforce la méfiance des PME de la ouate de cellulose qui s'interrogent sur sa représentativité et son objectivité.

L'ombre d'un lobby

Un doute dont l'écho a raisonné jusqu'à l'Assemblée Nationale. Premier vice-président de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques, le député de Meurthe-et-Moselle Jean-Yves Le Deaut (PS), a fait savoir que le manque de lisibilité sur l'étude menée par l'AQC laisse planer l'ombre d'un lobby des minéraliers. Le député s'étonne de l'opacité avec laquelle l'Agence Qualité Construction a rendu son avis.

Au sein du cabinet du maire d'Epinal et député des Vosges Mickael Heinrich (UMP), région où est implanté le fabricant de ouate Nrgaia, on juge « peu responsable de publier une mise sous surveillance, sans l'accompagner d'une analyse ».

Joint par téléphone, le directeur général de l'AQC, Marc Ducourneau, s'explique. « La ouate ne s'enflamme pas toute seule. Les cas d'incendies relevés sont liés à une proximité de l'isolant avec un conduit de cheminée ou un spot. Par souci de confidentialité, nous ne donnons pas les sources ou les lieux des sinistres. Quant au nombre relevé, nous ne le communiquons pas non plus car il n'a pas de valeur statistique» explique Marc Ducourneau, qui note que  « les critiques des députés ne remettent pas en cause le bien-fondé de la démarche de la C2P».

Amélie Brackmann, responsable du marché français pour le fabricant suisse de ouate de cellulose, se demande si la C2P  remonterait des cas d'incendie impliquant des isolants classiques non combustibles avec spots encastrés. Mais pour le directeur général de l'AQC, « il n'existe aucun cas de sinistre incendie impliquant  une laine de verre ou de roche ».

« Ce que nous demandons aux fabricants, précise Marc Ducourneau, c'est que l'avis technique des ouates soit modifié de manière à inclure des prescriptions vis-à-vis de l'installation des spots. Les discussions sont constructives et nous espérons que la mise sous surveillance pourra être levée avant l'été 2013 ».

Pour lire le première épisode de l' "Affaire ouate", cliquez-ici.

Pour lire le second, cliquez-là

Le quatrième épisode sera publié jeudi

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