Entreprises de BTP

Acquisition d’entreprises : le Grand-Ouest choisit la proximité (1/6)

Mots clés : Concurrence - PME

Premier volet de notre feuilleton sur les fusions, acquisitions et  créations de GIE qui font émerger de mini-groupes de BTP dans les régions françaises. Dans le Grand Ouest, nombreuses sont les PME qui se constituent en petits groupes spécialisés pour augmenter leurs parts de marchés et mieux résister à la concurrence des majors.

A l’ouest, le paysage est marqué par de grosses PME solidement ancrée dans leur région. A la différence des gros indépendants comme Demathieu et Bard, Rabot Dutilleul ou Léon Grosse, le territoire des grosses PME de l’ouest s’étend de Caen à Nantes, avec toutefois une exception pour l’Ile-de-France en raison de sa proximité et de l’importance de ce marché.
C’est le cas de groupes comme Charier (251 millions de CA, 1545 salariés) ou Legendre (202 millions d’euros de CA, 1100 salariés) qui n’affichent pas d’ambition nationale « Ce sont les crises qui nous ont fait nous intéresser à d’autres marchés. Nous sommes allés à Cherbourg en 1981, puis Paris en 1983 et Nantes en 1991 » se souvient Jean-Paul Legendre, co-gérant avec son fils Vincent du groupe rennais éponyme. Pour ces groupes, la proximité reste le mot clé et une des raisons de leur succès. « Je pense que nous avons un côté rassurant pour nos clients car nous avons à la fois des garanties financières, une qualité de l’organisation mais aussi une obligation de cultiver la relation dans la durée », explique Bruno Lucas, président du Medef des Pays de la Loire et P-DG du groupe de bâtiment Lucas (80 millions d’euros de CA, 1000 salariés).
« Si la concurrence est rude sur les très gros chantiers, nous avons une meilleure réactivité que les majors sur les opérations moyennes car les clients savent que s’il y a un problème, ils peuvent appeler directement le patron » poursuit-il. « Il y a dans cette partie de la France une tradition démocrate chrétienne qui met au premier plan la relation humaine qui se traduit aussi par une volonté de garder en interne notre main d’œuvre et donc notre savoir-faire. Beaucoup de gens sont surpris de voir que mon groupe compte 1000 salariés pour un chiffre d’affaires de seulement 80 millions d’euros ».

 

 

Une terre d’entrepreneurs

 

Dans l’ouest, l’émergence de grosses PME régionales s’explique par plusieurs raisons. De la Vendée à la Bretagne, c’est d’abord une terre d’entrepreneurs. « L’esprit entrepreneurial est beaucoup plus vivant ici que dans les autres régions, explique Jean-Marcel Morisset, directeur interrégional Ouest de la Caisse des Dépôts. J’en veux pour preuve que l’ouest est la région la mieux pourvue en structures de prêt d’honneur soutenant les créateurs d’entreprises ».

Pour Bruno Lucas, l’attitude de la maîtrise d’ouvrage publique et le mode de dévolution des marchés ont également été déterminants. « Dans l’esprit de beaucoup de maîtres d’ouvrage, le corps d’état séparé doit prévaloir et c’est une chance » explique-t-il. Daniel Delaveau, maire de Rennes et président de Rennes Métropole affiche ainsi clairement sa volonté de soutenir l’économie locale à travers les marchés publics : « Même pour nos gros marchés de travaux comme le métro, nous avons opté pour une stratégie d’allotissement qui a largement profité à croissance de nos entreprises locales » affirme-t-il. Une stratégie saluée par Hugues Vanel, président de la FFB d’Ille et Vilaine qui estime que « les marchés traités en entreprise générale desservent les entreprises locales, tandis que les partenariats public-privé sont tout simplement inaccessibles aux PME dans la mesure ils exigent une partie de financement très importante ».

 

Mini-majors

 

Beaucoup de grosses PME locales ont diversifié leurs activités par opportunisme en reprenant d’autres sociétés. « Nous recevons au moins une demande de rachat par semaine », explique Bruno Lucas dont la société s’est développée surtout à partir de 1975, date de la loi sur la sous-traitance qui a permis le paiement direct permet au sous-traitant de premier rang. Aujourd’hui, le groupe est véritablement pluridisciplinaire et intervient dans son métier d’origine (revêtements de sols), mais aussi dans la peinture, le ravalement, la plomberie, l’électricité, la menuiserie aluminium, la miroiterie, l’isolation, et même le gros-œuvre. « Nous ne mettons jamais cet aspect pluridisciplinaire en avant, sauf si les clients le souhaitent » explique Bruno Lucas.

D’autres entreprises vont, au contraire, privilégier cet aspect pluridisciplinaire afin de faire jouer les synergies. C’est le cas de l’entreprise nantaise Aethica (270 salariés, 33 millions d’euros de CA) qui intervient dans la promotion (ADI), l’ingénierie (APC) et la construction avec André BTP (gros œuvre), Le bâtiment guérandais (second œuvre), AGCM (bois), Pinard (isolation et cloison sèche), Martin (plâtrerie traditionnelle) et ALM (société de location de matériel interne au groupe). Son dirigeant, Patrick Fontaine, un ancien directeur régional de Quillery, s’inscrit dans une démarche d’ensemblier. « J’avais décidé de reproduire le même modèle que Quillery et nous nous sommes mis en chasse de reprises à partir de 2000 » se souvient-il. « Pour autant, toutes nos entités n’ont pas vocation à travailler en vase-clos et l’idéal est de réaliser 25 % de notre activité avec notre promotion » ajoute-t-il.

Cette stratégie copiée sur les majors n’est pas réservée aux entreprises moyennes. De plus petites entreprises peuvent y avoir accès à travers des montages originaux. Dans la région nantaise, le groupe énorA se positionne comme un interlocuteur unique pour les chantiers publics ou privés de rénovation. « Notre groupe ne compte que trois salariés mais nous travaillons avec un réseau exclusif d’entreprises-partenaires. Nous regroupons toutes les compétences de conception et de réalisation et sommes l’interlocuteur unique de nos clients qui peuvent être des institutionnels, des bailleurs sociaux ou des particuliers » précise Olivier Briand, directeur général.

Autre initiative intéressante, celle d’AXE 303. Ce GIE qui regroupe six entreprises spécialisées dans la charpente et l’ossature bois est né pour répondre à la demande croissante de construction bois sur les petits habitats collectifs et les bâtiments d’envergure dans les Pays de la Loire. « Individuellement, il nous était impossible de répondre à ces gros appels d’offres, sauf à concentrer notre activité sur un seul client ce qui est risqué », explique Georges Delrieu, le président d’AXE 303 et de la société Le Duramen (40 salariés). « Avec Axe 303, nous affichons 330 salariés et 30 millions de chiffre d’affaires et on devient crédible sur ces appels d’offres importants » explique-t-il.

 

Demain sur le Moniteur.fr, suite de notre feuilleton sur les mini-groupes régionaux du BTP avec un reportage dans le Sud-ouest

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