Entreprises de BTP

Acquisition d’entreprises : dans le Sud-Ouest, la croissance externe gagne du terrain (2/6)

Après le Grand Ouest, suite de notre feuilleton sur les fusions, acquisitions et  créations de GIE qui font émerger de mini-groupes de BTP dans les régions françaises. Zoom sur quelques exemples de croissance externe réussie dans le Sud-Ouest.

La logique de croissance externe et de constitution de groupes à taille régionale connaît aujourd’hui un regain d’intérêt dans le Sud-ouest. Traditionnellement, le tissu des PME du BTP est très éclaté : une large majorité de très petites entreprises (moins de 10 salariés), quelque dizaines de PME de plus de 20 salariés par département et le plus souvent une demi-douzaine de PME de 100 salariés par région. Depuis plusieurs années, la tendance à la constitution de petits groupes régionaux avait connu un ralentissement. La crise a rebattu les cartes et accéléré le mouvement.

Pour Philippe Durand, directeur général du groupe de TP Cassous (Mérignac), cela répond à la nécessité de s’imposer face aux majors, eux-mêmes multi-métiers. Ainsi, le groupe Cassous a consolidé son activité autour de trois pôles : BTP pour 70%, services pour 20% et immobilier pour un chiffre d’affaires de 148 millions d’euros, ce qui en fait la première PME de travaux publics d’Aquitaine. Dans les TP, elle vient de constituer une entité route, Atlantic routes, issue de la mise en commun de l’activité routière de trois de ses entités (Sotrap, STR et Pépériot) et dégage ainsi la possibilité d’accéder, via ses participations dans des carrières, à des marchés où seuls les majors pouvaient se positionner.

Autre logique, l’extension géographique, que poursuit depuis 30 ans Alain Blaclard, entrepreneur corrézien qui s’est spécialisé dans l’isolation soufflée. Son groupe A. Blaclard Finance vient de racheter Madi Isolation (4 millions de chiffre d’affaires pour 22 salariés), basée à Givet dans les Ardennes. Ce rachat lui permet de couvrir le quart nord-est de la France, alors que sa société Iso Inter basée à Objat (Corrèze), couvre le grand Sud-ouest. Avec à la clé une position de leader français de l’isolation soufflée « nous sommes le plus gros client d’Isover en produits isolants soufflés » explique Pascal Biar, directeur financier. Reste un ou deux concurrents de taille similaire en France et un objectif clair de croissance externe…

 

Thiviers (Dordogne)

Crespy agglomère les compétences pour être plus fort

A l’origine spécialisée dans le génie civil, l’entreprise périgourdine Vigier s’est peu à peu développée et diversifiée. Aujourd’hui dirigée par Jean Vigier –le fils du fondateur- et son associé Vincent Panier, cette PME basée à Thiviers (Dordogne) regroupe désormais au sein d’une holding sept sociétés intervenant dans des domaines d’activités variés : du génie civil de l’eau à la construction métallique en passant par le gros œuvre. Implantées dans le quart sud-ouest, les entités du groupe Vigier représentent un chiffre d’affaires consolidé de 45 millions d’euros pour 350 salariés. La stratégie du groupe consiste à se diversifier. En 2010, le groupe a pris 50% des parts dans la société BMCR (30 salariés, 4 millions d’euros de chiffre d’affaires)  implantée à Barp (Gironde) et spécialisée dans les énergies renouvelables et la construction clé en mains. Avec cette acquisition, le groupe Vigier a ainsi complété l’offre de deux de ses sociétés, V2I et Elite immobilier, respectivement contractant général et spécialiste du bâtiment industriel clé en mains. Sa stratégie passe également par le développement de partenariat, notamment avec un “canalisateur” pour s’adjoindre de nouvelles compétences en adduction d’eau potable et canalisations. Enfin, Jean Vigier envisage d’aller de plus en plus vers la promotion immobilière et le service clé en main « Nous voulons intervenir de la définition du projet à sa réalisation en passant par son financement et sa commercialisation », confie-t-il.

 

Saint-Front-Saint-Pardoux (Dordogne)

Laurière veut maîtriser tous les métiers des TP

A quelques encablures de Thiviers, la société de travaux publics Laurière a connu une évolution similaire. Cette PME créée dans l’entre-deux-guerres à Saint-Front-Saint-Pardoux (Dordogne), regroupe aujourd’hui trois autres SAS réparties entre la Dordogne, la Haute-Vienne et les Pyrénées-Atlantiques. Chacune des entités maîtrise les trois métiers des travaux publics (génie civil, canalisations, travaux routiers), mais développe d’abord sa propre spécialité. Deumier privilégie ainsi les travaux de VRD, tandis que Castello et Pradeaux réalisent à 95% des canalisations. Le mini-groupe familial, qui dispose de deux centres de travaux à Toulouse et Ganat (Allier), est organisé en holding et pèse environ 40 millions d’euros de chiffre d’affaires.

 

Roiffé (Vienne)

RTL-RMC-RFO : trois entités sur la même longueur d’onde

Après plusieurs postes à la Colas, Christian Charier revient à Roiffé (Vienne) où il crée, en 1989, RTL (Roiffé Travaux Location). « Il ne sert à rien de vouloir lutter contre les grands groupes. Ils sont présents sur tous les chantiers mais nous pouvons travailler en partenariat sur les gros chantiers. Je ne parle pas de concurrents mais de collègues. Le dialogue est toujours ouvert. Il n’est pas rare qu’ils nous fassent appel sur des opérations compliquées, à la limite du génie civil et de la maçonnerie puisque nous développons les deux compétences. »

En effet, après avoir créé RTL, Christian Charier reprend l’activité de maçonnerie de son père, en 1991. Les deux métiers vont cohabiter avant que le nouveau patron ouvre RMC (Roiffé Maçonnerie Construction). Les deux entités sont réunies sous la holding RFO (Roiffé Financement Organisation).

RTL intervient beaucoup dans les communes voisines. On retrouve l’entreprise sur les boulevards extérieurs de Loudun. Mais participer à un chantier-phare comme la LGV ne fait pas peur à Christian Charier. « La LGV m’intéresse dans un certain nombre de domaines précis comme la location de camions, le terrassement et la fourniture de remblais à partir des deux carrières que nous possédons dans la région. » Pour Christian Charier, se diversifier, c’est aussi multiplier les chances de partenariat tout comme, disposer de carrières renforce l’importance du petit groupe régional qui emploie quelque 80 personnes (intérimaires compris).

 

Demain sur le Moniteur.fr, suite de notre feuilleton sur les mini-groupes régionaux du BTP avec un reportage en Rhône-Alpes et en Auvergne

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