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Accidents mortels : comment faire face au traumatisme

Defawe Philippe |  le 27/10/2006  |  France TravailFormation BTPLot

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Un accident grave ou mortel constitue toujours un choc, que les entreprises gèrent tant bien que mal. "L’accident du travail est d’abord vécu comme un échec, puisque c’est un accident de trop, quelle que soit sa gravité", déclare un jeune conducteur de travaux interrogé dans le film "Une chute, c’est un accident de trop!". Cette phrase est le fil conducteur du DVD de 12 minutes réalisé par l'OPPBTP de la région ouest à la suite de la recrudescence en 2003 d’accidents graves et mortels.

A travers le témoignage d’une dizaine de TPE-PME, ce film fait apparaître le désarroi des cadres et des dirigeants. Tous subissent un traumatisme: "J’ai vécu comme une sanction le décès en 2003 d’un salarié électrocuté par une décharge de 20.000 volts, témoigne un chef d'entreprise de 70 personnes qui souhaite garder l'anonymat. Je me suis posé la question de ce que je n’avais pas mis en application. Le salarié ne portait pas ses gants de sécurité alors qu’il intervenait sur un poteau électrique sous tension. Aujourd’hui, j’envisage d’embaucher un animateur prévention. Le jour des obsèques, nous avons fermé l’entreprise pour que tout le monde puisse s’y rendre. La plaque commémorative posée devant l’entrée de l’entreprise est là pour rappeler l’importance de la sécurité et qu’un homme, qui avait la vie devant lui, est mort".

En 2004, 172 salariés du BTP sont décédés, soit plus d'un accident mortel du travail sur quatre survenu en France. C'est dire si le chantier demeure dangereux. La mise en cause pénale du dirigeant, souvent proche de ses salariés, ajoute au traumatisme. Le film de l'OPPBTP, réalisé pour rappeler que l’impact d’un accident n’est pas que financier, montre très bien le refuge dans l’action: "L’accident du travail provoque une fêlure, dans le sens où il a cassé une dynamique de groupe. Pour prendre le dessus et re-motiver les salariés, la solution pour beaucoup a consisté notamment à mobiliser l’entreprise autour d’un projet de réorganisation ou de formation", explique Bruno Lanyi, ingénieur de prévention à l’OPPBTP.

Un nécessaire accompagnement
PME ou grands groupes, toutes les entreprises du secteur sont concernées. Toutes tentent d'aider leurs salariés à faire leur deuil mais dans ce domaine, les PME sont moins bien armées que les majors.
Axées sur la prévention, les organisations professionnelles avouent leur impuissance: "Nous n’avons pas les outils pour les accompagner dans la gestion de crise", admet Christian Estève, secrétaire général du BTP dans le Lot. En Lorraine, François Lassalle, chef de file prévention pour la FFB Lorraine, réfléchit à des actions : "L’idéal serait de préparer les entreprises à l’éventualité d’un accident, qu’elles disposent d’une procédure adaptée à mettre en place pour savoir qui avertir, comment contacter les cellules psychologiques, quelles instructions donner?".
Les services publics de secours (sapeurs-pompiers, Samu), qui proposent une aide psychologique, n’interviennent que dans l’urgence. Et selon les départements, la cellule psychologique ne se déclenche pas dans les mêmes délais, voire n’existe pas. Confrontée à cette réalité, un grand groupe (qui ne souhaite pas non plus être cité) a fait intervenir une société spécialisée à la suite d’un accident mortel. Un psychologue est venu le lendemain sur le site et a réalisé un entretien collectif avec les membres de l’équipe. Dans la foulée, les salariés, qui le souhaitaient, ont eu la possibilité d’avoir un entretien individuel avec le spécialiste. La société leur a également proposé d’ouvrir un numéro vert mis à disposition des managers et des salariés pour qu’ils bénéficient d’un espace d’écoute avec des psychologues expérimentés. Ces entretiens ont permis d'évacuer la charge émotionnelle et de maintenir la cohésion de l’équipe du chantier, très affectée par le décès d’un collègue de plus de dix ans.
Christiane Wanaverbecq


Retrouvez l'enquête complète dans "Le Moniteur" du 27 octobre.

Repères


Les accidents mortels BTP ont essentiellement concerné en 2004:
- des ouvriers (148 décès sur 172)
- du gros oeuvre (76 décès), devant le second œuvre (33 décès), la plâtrerie et les travaux urbains et d'hygiène publique (13 décès).

Les 3 principales causes sont:
- les chutes de hauteur (48 décès)
- les véhicules (26 décès)
- les objets en mouvement accidentel (17 décès)
Source: Cnam, statistiques nationales 2004

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