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Accident grave : comment amortir le choc

Caroline Gitton |  le 02/12/2011  |  Politique sociale

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Politique sociale
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Gestion de crise -

Un accident grave sur les chantiers peut laisser des séquelles chez les collègues de la victime. Pour dépasser le choc, un soutien psychologique et une communication adaptée s’imposent.

Un grand bruit, des cris, puis le silence. « Quand un accident survient, tout s’arrête sur le chantier, et chacun est frappé de sidération », évoque Pascal Garrouste, ingénieur prévention à l’OPPBTP. Les blessures graves, voire la perte d’un collègue, ne sont jamais sans conséquence pour les salariés. « Qu’ils soient ou non témoins du drame, le choc de l’événement peut induire un traumatisme psychologique », explique Sandrine Guyot, experte d’assistance-conseil à l’INRS (1). Avec une large palette de troubles, variables selon les individus : agitation ou au contraire incapacité à émettre la moindre idée, fuite, sentiment d’arbitraire, culpabilité, mise à distance de l’événement et refus d’y croire… « Le stress post-traumatique peut avoir différentes répercussions sur la santé, par exemple des palpitations, une sensation d’étranglement ou encore des vertiges, qui peuvent apparaître plusieurs mois, voire plusieurs années après l’événement », complète Patricia Herman, psychologue du travail à l’APST-BTP-RP (2). D’où la nécessité, selon la professionnelle de santé, de créer en priorité un espace d’écoute permettant aux salariés d’extérioriser leur ressenti. Non parfois sans difficultés. « Les salariés du BTP adoptent souvent un système défensif et préfèrent cacher leurs émotions. Il s’agit aussi de les aider à les accepter. » Si les grands groupes prévoient des cellules de crise, le médecin du Samu peut aussi contacter une cellule d’urgence médico-psychologique. Les services de santé au travail ont également un rôle à jouer.

Apaiser le climat social

« Je reçois les salariés individuellement jusqu’à trois fois puis je passe, le cas échéant, le relais à un confrère clinicien », illustre Patricia Herman. Mais le soutien psychologique ne suffit pas. « La reconstruction des uns et des autres passe aussi par une analyse des causes de l’accident, appuie Sandrine Guyot. Pour se remettre à travailler dans des conditions saines, les salariés doivent comprendre ce qui s’est passé. » Le risque à défaut : voir émerger une démotivation ou une montée en puissance de la rumeur et la mise en accusation de l’entreprise. Un avis partagé par Jean-Claude Delgènes, directeur général du cabinet Technologia. « Attention toutefois à ne pas s’avancer trop vite sur les causes de l’accident. Il faut inscrire le drame dans une réflexion collective sur la sécurité, qui viendra après le temps de l’émotion. »

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PHOTO - 601855.BR.jpg - © BRIGITTE CAVANAGH/LE MONITEUR
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PHOTO - 601853.BR.jpg - © Vincent Leloup/Le Moniteur
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PHOTO - 601851.BR.jpg - © Thomas Gogny/Le Moniteur
soutien psychologique - Libérer au plus vite la parole

« En cas d’événement brutal et soudain, nous devons pouvoir accompagner nos salariés dans les plus brefs délais », avance Franck Ollivier, directeur prévention d’Eurovia. L’entreprise a ainsi pris les devants il y a trois ans en concluant un partenariat avec un organisme d’accompagnement psychologique pour les salariés et la famille de la victime. En cas d’accident grave, un état des lieux par téléphone avec un psychologue joignable à tout moment permet d’élire un mode opératoire d’intervention : déclenchement d’entretiens téléphoniques ou physiques, ou déplacement d’un psychologue sur un chantier en vue d’entretiens individuels ou collectifs. « En 2011, 13 appels ont été émis. Ils ont donné lieu à 76 accompagnements et à cinq groupes de parole sur site. » Tout accident donne par ailleurs lieu à une recherche d’analyse des causes. « Un système de flash sécurité sur notre Intranet et les quarts d’heure prévention mensuels sur les chantiers permettent ensuite d’informer les salariés. Les groupes de parole constitués dans le cadre du soutien psychologique sont aussi l’occasion, pour les salariés touchés de plus près et leur encadrement, de revenir sur l’événement. »

Les moyens mis en œuvre

Mise en place d’un partenariat avec un organisme d’accompagnement psychologique.

Formation - Détecter les signes de souffrance chez les salariés

« La souffrance psychologique est au moins aussi importante que la souffrance physique : cela ne se voit pas toujours, mais ça peut détruire une vie ! », pointe Jörgen Mareau. Le directeur prévention de Vinci Construction France a ainsi coanimé, avec un psychologue spécialisé en urgence, des formations sur la conduite à tenir en cas d’accident grave pour les quelque 160 préventeurs de l’entreprise. L’objet : donner à ces derniers des clés pour détecter les signes de souffrance chez les salariés. « Le psychologue a ainsi sensibilisé les stagiaires sur le type de troubles engendrés par la survenance d’un accident, mais aussi d’un d’incident grave sans victimes, liés, dans ce cas, au fait d’avoir vu la mort de près. » Depuis 2007, le recours à une cellule psychologique est en outre systématique en cas d’accident mortel, et possible en cas d’accident de moindre gravité. L’entreprise a ainsi passé un contrat-cadre avec un cabinet privé de psychologues. « La cellule est déclenchée au niveau du siège, afin d’éviter qu’un responsable en région, persuadé que les salariés tiennent le coup, ne passe à côté de souffrances. » Le principe du dispositif : soutenir « toute personne qui en a besoin », y compris les intérimaires et les sous-traitants. Voire un passant qui aurait assisté à l’accident. « Nous sommes animés par une volonté farouche de prendre en charge tout individu impliqué de près ou de loin : nous ne voulons laisser personne au bord de la route ! » Les psychologues suivent les intéressés « le temps qu’il faut : cela peut durer des mois. » Après quatre ans de pratique, la cellule psychologique recueille les suffrages des salariés. « Aujourd’hui, ce dispositif fait partie de la procédure : ils en parlent entre eux. Les salariés ont compris qu’ils ne devaient pas avoir honte de leur souffrance. » Pas question ainsi, pour Jörgen Mareau, de faire marche arrière.

Les moyens mis en œuvre

Sessions de formation pour les préventeurs sur les troubles psychologiques causés par un accident grave.

Communication - Eviter une montée de la rumeur

Communiquer en toute transparence. Tel est le credo d’Ineo en présence d’un accident grave. « Nous expliquons à l’ensemble des salariés de l’agence concernée les circonstances du drame, rapporte Brahim Garda, directeur santé et sécurité. Il s’agit d’éviter que ne leur parviennent des informations erronées, et qu’ils soient ainsi conduits à faire des raccourcis. Cela ne ferait qu’amplifier une éventuelle rumeur : or ce sujet ne doit pas être tabou. » Une cellule de crise réunissant la direction générale, le directeur santé et sécurité, la direction de la communication, la DRH et la direction juridique, est chargée de planifier les actions à mettre en œuvre. « Car chaque cas est unique et nécessite une adaptation de notre démarche. » En fonction de la gravité du sinistre, la direction générale peut être appelée à déclencher une communication à destination des directeurs délégués et des directeurs d’agence. « Depuis la création d’Ineo, nous avons malheureusement connu des décès accidentels. Dans ces circonstances, nous accompagnons les proches collaborateurs et la famille en lui apportant une aide matérielle et morale. La solidarité de tout Ineo s’exprime par une minute de silence sur l’ensemble des sites et chantiers à la mémoire de la victime. » Une cellule psychologique est en outre déclenchée en cas d’accident grave ou de décès soudain pour les salariés et la famille de la victime. « Un ou deux psychologues se déplacent et sont à disposition des personnes qui le souhaitent. Cela leur permet de s’exprimer en toute confidentialité avec un professionnel extérieur à l’entreprise. Elles peuvent ensuite demander un suivi individuel pour bénéficier de séances spécifiques. » Un rapport d’ordre général sans mention du nom des salariés, secret professionnel oblige, permet de réaliser un suivi.

Les moyens mis en œuvre

Réunion de cellules de crise et actions de communication sur les causes de l’accident.

(1) Institut national de recherche et de sécurité.
(2) Association paritaire de santé au travail du BTP de la région parisienne.

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