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A Rennes, l’expérimentation du loyer unique est-elle une
La place de la mairie, à Rennes. La municipalité met en place ce mois de septembre un encadrement des loyers dans son parc HLM. - © Lotharingia - stock.adobe.com

A Rennes, l’expérimentation du loyer unique est-elle une "fausse bonne idée" ?

Florent Maillet, avec AFP |  le 12/09/2018  |  Ille-et-VilaineBailleurs sociauxHLMOPHOrganisme HLM

La métropole impose un loyer unique pour ses 30 000 logements sociaux, depuis ce mois de septembre.  Une mesure qui produit, dans un premier temps en tout cas, des contre-effets…

C’est une démonstration de plus que les sujets touchant au logement sont d’une complexité rare. Afin de privilégier une mixité sociale, Rennes Métropole a instauré un loyer unique pour ses 30 000 logements sociaux. Si cette expérimentation inédite est saluée par l'ensemble des acteurs, son mécanisme va tendre vers… une augmentation des loyers à court terme.

Concrètement, depuis ce mois de septembre 2018, le loyer d'un nouveau locataire est identique pour un T3 dans le centre-ville de Rennes, à Chartres-de-Bretagne, ou dans les 43 communes que compte la Métropole. "Une fausse bonne idée", déclarent à l'unisson les associations Consommation Logement Cadre de vie (CLCV) et la Confédération nationale du logement (CNL).

Manque à gagner

La raison ? "Pour pouvoir avoir un loyer unique, il va y avoir des immeubles dont le loyer va baisser dans le centre-ville, pour permettre à toutes les populations d'y accéder. Mais les bailleurs ne voudront pas perdre le manque à gagner et vont augmenter des loyers qui sont plus bas", dénonce Yasmina Héligon, vice-présidente de CLCV de Rennes.

Rennes Métropole, qui reconnaît qu'il y aura une hausse des loyers, précise cependant que celle-ci sera contenue et qu'elle évitera l'augmentation que le bailleur peut appliquer à chaque relocation, plafonnée à 5%.

Quartiers monotypés

"Plus un ménage a des revenus faibles, plus il va être orienté vers Maurepas, Villejean ou Le Blosne qui sont des quartiers pour lesquels il y a déjà des difficultés importantes et donc on arrive à des quartiers monotypés où on ne peut plus assurer cette mixité dont ils ont besoin pour fonctionner", justifie la maire (PS) de Rennes, Nathalie Appéré.

Ces quartiers sont des "assignations à résidence" où "80% des attributions se font à des gens qui touchent la moité du seuil de pauvreté", poursuit l'édile dont la commune s'est engagée à construire 1000 logements sociaux neufs sur la période 2015-2020. A Rennes comme dans l'ensemble du parc HLM français, "il existe de grandes disparités dans ses loyers", indique la maire. "Le niveau de loyer dans le logement social est lié aux financements et aux années de construction", précise l'élue.  Pour briser cette hétérogénéité, Rennes Métropole expérimente donc le "loyer unique", un dispositif qui s'inscrit dans la loi Égalité et citoyenne (2016).

Dispositif à long terme

"Ce ne sont pas aux locataires les moins pauvres, de payer pour les plus pauvres, pour que les plus pauvres puissent accéder à tout type de logement", s'insurge Yasmina Héligon. "La solidarité doit être nationale". La seconde préoccupation des associations concerne l'avenir des aides au logement. "Le loyer unique est fixé sur le maximum du plafond des APL. Avec la décision du gouvernement de baisser les APL, qui va payer la différence ? Jamais la Métropole ne va rebaisser les loyers", avertit Maguy Gaillard, présidente de la CLN 35.

La maire de Rennes reconnaît la limite. Et précise que "ce n'est pas qu'avec le loyer unique que la mixité va advenir. Il faut rester humble". "Le processus va prendre énormément de temps", 5 à 10 ans, "le temps de rotation du parc HLM". "On veut casser le mécanisme où si je suis une femme seule, sans revenu avec mes deux enfants, on va me proposer un quartier où je vais me retrouver avec d'autres mêmes femmes", insiste Nathalie Appéré, également présidente de l'Office public de l'habitat (OPH). Et de préciser que "le loyer est un obstacle pour accéder à certains logements mais n'est pas pour autant un gage d’attractivité".

Pour attirer les locataires sur l'ensemble de son parc de logement social, y compris dans les quartiers bénéficiant actuellement d'une mauvaise image, la ville s'est donc lancée dans un plan de rénovation urbaine dont la facture s'élève à 516 millions euros, partagée avec les bailleurs sociaux .

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