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« A Paris, conjuguer la protection du patrimoine et celle de l’environnement », par Jean-Louis Missika, adjoint à la Maire de Paris [tribune]
Jean-Louis Missika. - © Sophie Robichon/Mairie de Paris

« A Paris, conjuguer la protection du patrimoine et celle de l’environnement », par Jean-Louis Missika, adjoint à la Maire de Paris [tribune]

le 12/06/2018  |  ProfessionGrand ParisUrbanisme

Jean-Louis Missika, l'adjoint à la Maire de Paris chargé de l'urbanisme, de l’architecture, du projet du Grand Paris, du développement économique et de l’attractivité, dresse pour « Le Moniteur » l’ordre des priorités de la Ville en matière de construction mais surtout de préservation du tissu urbain de la capitale. Avec trois maîtres-mots : conserver, réemployer, biosourcer.

"De nos jours, la défense du patrimoine s’oppose souvent à la protection de l’environnement : le mur végétalisé serait l’ennemi du mur en pierres, les panneaux solaires, des menaces pour les toits de Paris et le Paris minéral, agressé par la végétalisation du bâti. Est-il possible d’allier patrimoine et écologie ? Comment respecter les accords de Paris sur le climat et préserver une ville belle et durable ? Nous avons la chance d’hériter d’une forme urbaine très écologique par sa densité et la forme de ses îlots. Nous devons poursuivre cette histoire et l’enrichir des nouvelles techniques permises par le numérique ainsi que de l’émergence de nouveaux matériaux ou de la redécouverte de certains.

Pour tirer le fil de cet héritage, la Ville doit affirmer un ordre de priorité simple et clair : en premier lieu, la conservation du patrimoine, dès que cela est possible. En second lieu, le réemploi. Enfin, en cas de construction nouvelle, l’utilisation de matériaux biosourcés qui permettent de construire mieux, plus vite et plus écologique.

1. Conserver le patrimoine dans sa diversité

Nous cherchons à développer une prise de conscience globale de la valeur du patrimoine parisien qu’il soit industriel, faubourien ou moderne. Ce patrimoine parfois modeste est essentiel dans l’histoire architecturale de notre ville et constitue son paysage de la rue. C’est pourquoi nous souhaitons convaincre toutes les parties prenantes que la conservation et la transformation sont préférables à la démolition, quelle que soit l’échelle et la nature de ce patrimoine. C’est ici que la protection du patrimoine et celle de l’environnement se rejoignent, qu’elles apparaissent clairement comme des alliées et non comme des adversaires. En termes d’empreinte carbone, la conservation est la meilleure des solutions. En Ile-de-France, 70 % des déchets sont issus du BTP et 90 % des déchets du bâtiment sont issus de la démolition. Si nous voulons atteindre l’objectif de neutralité carbone fixé par notre Plan Climat, nous devons arrêter de démolir quand ce n’est pas nécessaire.

C’est un changement d’approche radical. Restructurer est souvent plus difficile que démolir pour reconstruire. Architectes et maîtres d’ouvrage, publics ou privés démontrent pourtant régulièrement que de très beaux projets peuvent naître de ce système de contraintes. Prenons quelques exemples :

Au terme d’une discussion approfondie avec le promoteur Gecina sur le site historique de Peugeot, avenue de la Grande Armée (XVIe), nous sommes tombés d’accord pour que ce bâtiment, remarquable issu du mouvement moderne [Louis, Luc et Thierry Sainsaulieu, architectes - 1966, NDLR.], soit préservé. Par un dialogue de qualité avec le maître d’ouvrage, nous avons abouti à un projet de restructuration respectueux du bâtiment, par l’agence Baumschlager-Eberle.

« Refaire la ville sur la ville »

Autre exemple marquant, le site « Renault-Amelot » dans le XIe arrondissement, composé d’un ancien garage mais aussi d’une grande halle industrielle avec une belle verrière, le tout promis à une démolition probable si une discussion n’avait pas été engagée avec Renault, propriétaire actuel et vendeur du site, qui a bien voulu s’inscrire dans la démarche « Réinventer Paris II » (*). Dans cet échange, l’importance de la conservation de ces éléments patrimoniaux a été mise en lumière. Le projet lauréat, porté par 3F et dessiné par Gaëtan Le Penhuel et SAM architectes, conserve la totalité de de cet « immeuble pour automobiles » selon le titre de l’exposition présentée au Pavillon de l’Arsenal sur ce sujet. D’ailleurs, cette exposition démontre que les garages parisiens, dont certains sont d'une grande qualité patrimoniale, doivent être majoritairement transformés plutôt que démolis.

Dans le tissu urbain diffus, sur des immeubles plus modestes, la protection du patrimoine rejoint là encore celle de l'environnement. Les parcelles d’angle par exemple, héritées des cafés parisiens, font l'objet de nombreuses discussions avec les porteurs de projet qui proposent trop souvent de raser ces bâtiments historiquement bas pour venir développer des programmes immobiliers démesurés : que ce soit rue Oberkampf, boulevard de Ménilmontant, nombreux sont les cas où nous avons refusé, pour des raisons patrimoniales, des permis de construire pour trouver d’autres solutions. Refaire la ville sur la ville est un acte délicat de couture urbaine.

2. Réemployer

Protéger l’environnement ne signifie pas arrêter de construire, mais construire autrement. Dans le cadre des restructurations, et davantage encore dans le cas où les bâtiments doivent être démolis, il est possible d’aller très loin dans la déconstruction des bâtiments pour permettre le réemploi. L’objectif est de considérer tout déchet comme une ressource, comme un gisement de matériels ou de matériaux dans une logique d’économie circulaire.

« Se mobiliser pour structurer la filière »

Nous sommes en train de mener sur des équipements publics de la ville de premières expérimentations spectaculaire. Il en va ainsi de la crèche rue Bourdan (XIIe), dont 97 % des déchets issus de la déconstruction seront recyclés (soit plus de 1000 tonnes de matériaux). Les exemples foisonnent : l’agence Rotor a inventorié pour Paris Habitat les matériaux de la caserne de Reuilly (XIIe) pour en réintégrer un grand nombre dans le nouveau projet. Les façades de la tour Montparnasse (XVe) seront, elles aussi, réutilisées à l’intérieur de la future tour.

Tous les acteurs du bâtiment doivent se mobiliser pour structurer la filière et donner une valeur à ces déchets qui peuvent parfois créer l’âme d’un futur bâtiment.

3. Construire autrement

Dans cette approche, chaque nouveau bâtiment doit être un modèle de sobriété, produire de l’énergie pour la ville, la rafraîchir, la verdir. Pour cela, nous devons donner la priorité absolue aux matériaux biosourcés. Le béton a grandement participé aux progrès de la construction mais il n’est plus adapté aux exigences d’aujourd’hui, en raison de sa dépendance à des ressources limitées telles que le sable et de son empreinte carbone élevée. Si nous voulons tenir nos objectifs en matière de climat, nous devons favoriser les matériaux biosourcés tels que le bois, la paille, la terre crue, disponibles à proximité et n’engendrant pas de dommages pour l’environnement.  Neuf projets en structure bois ont été choisis dans « Réinventer Paris I », donnant le signal d’une évolution nécessaire. Faisons des matériaux biosourcés la norme plutôt que l’exception.

Construire mieux c’est enfin construire plus flexible : la réversibilité des bâtiments doit devenir un élément-clé du cahier des charges et c’est aussi comme cela que nous honorerons notre histoire architecturale. La lutte contre le changement climatique nous offre l’opportunité d’ouvrir une nouvelle page de l’histoire architecturale de Paris : durable, respectueuse du patrimoine et résolument contemporaine. C’est une responsabilité qui incombe à tous les acteurs de ce secteur, pour faire de la construction un moteur de filières locales, de biodiversité et d’embellissement de notre ville.

Jean-Louis Missika, mai 2018

(*) La Ville précise que le site « Renault-Amelot », dans le XIe arrondissement, a fait l’objet d’un calendrier spécifique et resserré dans le cadre de « Réinventer Paris II ». Les autres sites sont actuellement en phase 2 avec des résultats prévus en fin d’année.

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