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A Nantes, le Voyage se poursuit malgré la crise
« Rideau », une cascade d’eau surgira de la corniche de l’Opéra, tombera sur les marches pour venir ruisseler dans un immense bassin conçu comme une extension potentielle du monument. - © Stéphane Thidet

A Nantes, le Voyage se poursuit malgré la crise

Jean-Philippe Defawe (Bureau de Nantes du Moniteur) |  le 27/05/2020  |  UrbanismeLoire-Atlantique1 % artistiqueArchitectes

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Alors que bon nombre de villes ont été contraintes d’annuler leurs festivals ou leurs événements estivaux, le parcours touristico-artistique « Le Voyage à Nantes » s’adapte au Covid-19. La 9e édition se tiendra du 8 août au 27 septembre et viendra enrichir une collection de plus de 110 créations permanentes dans l’espace public.

L’expérience de Bilbao l’a prouvé, la culture peut être un formidable moteur de développement et de promotion d’une ville. La recette miracle a été exploitée dans bon nombre de métropoles en Europe, et parfois jusqu’à saturation. « Le tourisme de masse peut tuer la personnalité d’une ville et la transformer en coquille ville. C’est le cas à Barcelone, Venise ou Prague », explique Jean Blaise, Directeur général de la SPL « Le Voyage à Nantes » dont la vocation est de promouvoir la destination Nantes sur la base de son offre culturelle et touristique. Et de créateur du Festival des allumées ou de la première Nuit blanche parisienne d’ajouter : « Ce n’est évidemment pas le cas à Nantes où l’offre touristique que nous proposons n’est pas seulement patrimoniale ».

De fait, à la différence de sa « concurrente » Bordeaux caractérisée par sa « beauté classique », Nantes présente moins d’attraits sur le papier mais a su se rendre « intrigante et singulière ».

L’art, accélérateur de la métropole

Sur le plan politique, cette vision a été portée par l’ancien maire Jean-Marc Ayrault. Conscient que l’art contemporain peut rebuter de nombreux citoyens qui n’oseront jamais rentrer dans un musée, il s’est servi de l’espace public comme lieu d’exposition. Sur le modèle de l’Emscher Park, dans la Ruhr (Allemagne), il initie avec Joël Batteux, ancien maire de Saint-Nazaire, la biennale d’art contemporain Estuaire, dont la première édition se tient en 2007. Au fil des éditions, une série d’installations artistiques forme un parcours le long de l’estuaire de la Loire entre Nantes et Saint-Nazaire. L’idée est de donner du sens, de la forme et une identité à un grand territoire au pôle métropolitain Nantes-Saint-Nazaire.

La biennale s’est arrêtée en 2012 mais son modèle se décline aujourd’hui juste dans les territoires ruraux du pôle métropolitain avec le récent appel à projet « eau et paysages » qui a donné le parcours Sémaphores.

Un monument dispersé

C’est ainsi que le Voyage à Nantes (VAN) est né. Administrativement à travers une Société publique locale (SPL) regroupant les équipements touristiques et culturels de la ville, mais surtout sous la forme d’un « monument dispersé » le long d’une ligne verte de 15 km tracée sur le trottoir et dotée d’une collection de 112 créations, s’enrichissant chaque été.

Malgré la crise du Covid-19, l’été 2020 ne fera pas exception. « Nous sommes passés par tous les stades, on a même pensé qu’on ne le ferait pas et puis un jour, on a décidé qu’on y allait » raconte Jean Blaise. Une décision soutenue par les élus nantais. « Nous avons besoin de retrouver ce temps d’échange et de partage » justifie Fabrice Roussel, président du Voyage à Nantes et vice-président de Nantes Métropole.

Chantiers stoppés

Fort d’un budget de 2,5 millions d’euros, l’équipe du VAN a toutefois dû s’adapter. D’où la décision de décaler l’événement d’environ un mois. « Les études étaient réalisées, les entreprises commençaient à travailler sur les œuvres mais elles ont stoppé les chantiers lorsque le confinement est arrivé » explique Jean-Blaise. Quelques œuvres, trop complexes à monter en si peu de temps, ont été reportées. C’est notamment le cas de l’incroyable épave de bateau rouillé du plasticien Ugo Schiavi qui devrait s’échouer dans la fontaine de la place Royale. A la place les organisateurs se sont reportés sur une œuvre plus modeste et déjà réalisée : une fontaine de 3 mètres en grès émaillé imaginée par Esla Sahal, sorte de « pendant féminin et féministe du Manneken-pis de Bruxelles » précise Jean Blaise.

Gigantesque rideau d’eau

Mais le clou de cette 9e édition sera très certainement à voir sur la place Graslin (qui sera fermée à la circulation pour l’occasion) avec « Rideau » de Stéphane Thidet, une immense chute d’eau qui recouvrera la façade de l’Opéra pour retomber dans un bassin où, il sera peut-être possible de patauger. « Il se dit que derrière les cascades se trouve une grotte. Pouvoir se glisser derrière et la contempler à l’abri est un fantasme pour nombre d’entre nous » explique l’artiste qui, en 2009, avait scandalisé une partie des Nantais en conviant une meute de loups à occuper les douves du Château des Ducs de Bretagne pendant trois mois.

Architectes à l’œuvre

L’intervention de Stéphane Thidet symbolise bien la philosophie du Voyage à Nantes. « Nous privilégions les opérations in situ où les artistes interprètent la ville et ses bâtiments » assure Jean Blaise. Les « bâtisseurs de ville » l’ont bien compris. En tout premier lieu, nombreux sont les architectes à être intervenus sur des œuvres pérennes le long de la ligne verte comme a/LTA (arbre à basket), Barré-Lambot (Feydball), Patrick Bouchain (Les anneaux avec Daniel Buren), Détroit (On va marcher sur la lune), Fichtre (canadienne et mobiliers divers), ou Tact (Paysage glissé). Les promoteurs et autres groupes de BTP sont également largement associés, soit pour leurs compétences techniques, mais le plus fréquemment pour leur soutien financier. Sous le nom d’Art et territoire, un club de mécènes rassemble ainsi une large majorité de constructeurs comme Art Dan, Ataraxia, Bouygues Immobilier, Cogedim, Colas, Duval, EDF, Eiffage immobilier, Réalités ou le groupe Launay.

Retour du 1 %

Fort d’un discret mais indispensable soutien financier, d’autres promoteurs ont rejoint cette nouvelle édition du Voyage à Nantes. Kaufman & Broad est l’un d’entre eux. Sur l’île de Nantes, « Les brutalistes », deux sculptures de Martine Feipel et Jean Bechameil — qui auront également une fonction de four à pain —, viendront animer la minérale place Clémence-Lefeuvre créée par l’opération Polaris conçue par l’agence LAN pour le promoteur.

Voyage à Nantes 2020 : « Les brutalistes », de Martine Feipel et Jean Bechameil (maquette)
Voyage à Nantes 2020 : « Les brutalistes », de Martine Feipel et Jean Bechameil (maquette) - © Martine Feipel et Jean Bechameil
Au cœur de la récente opération Polaris, conçue par LAN sur l’île de Nantes, Martine Feipel et Jean Bechameil installeront deux sculptures en béton et pierre de lave émaillée équipées de fours à feu de bois pour les habitants du quartier. © Martine Feipel et Jean Bechameil

Toujours sur l’île de Nantes, mais plus à l’ouest, Evor a planté un métaséquoia de 20 mètres de haut entouré d’un immense anneau avec le soutien des groupes Duval, Icade, Marignan et Chessé. « Gigantesque et majestueux, résistant et à croissance rapide, il agit comme un signal dans la ville hyperconstruite et rappelle que la présence du végétal est nécessaire » déclare l’artiste que sa passion pour les plantes l’a amené à réaliser « Jungle intérieure », un jardin suspendu dans une petite cour du vieux centre-ville.
Si le VAN a su trouver le soutien des acteurs privés, cette année il renoue avec le bon vieux 1 % artistique en coproduisant, avec l’Université de Nantes, deux sculptures géantes de Nathalie Talec (In a silent way) qui seront installées dans le quartier de la création, entre la Halle 6 Ouest qui accueille depuis la rentrée 2019 le pôle universitaire dédié aux cultures numériques (LIN, avec F.au, architectes) et l’hôtel d’entreprises créatives et la cantine numérique de la Halle 6 Est (Avignon-Clouet, architecte).
Difficile de citer toutes les œuvres de cette nouvelle édition. Mais impossible de ne pas mentionner le retour à Nantes de Lilian Bourgeat, auteur du « mètre à ruban » géant installé en 2013 dans la cour du groupe Aethica. S’évertuant à brouiller nos repères par l’agrandissement des objets, il installera deux bottes (gauches) de trois mètres de haut (pointure 2000) dans le potager de la Cantine du Voyage, sur le quai des Antilles.

Un belvédère dans le vignoble

Enfin, cette année encore, le VAN s’étend autour de Nantes et dans le vignoble. A Saint-Sébastien-sur-Loire, le collectif d’architectes Yokyok transformera une ancienne écurie en buvette ludique (Station nuage). Et surtout, un peu plus loin, à Château-Thébaud, devrait voir le jour le « Porte-vue », un belvédère dominant la Maine conçu par l’architecte savoyard Emmanuel Ritz, avec le bureau d’études Méca et Arias Montagne. Cette flèche de 30 mètres, dont 20 mètres en porte-à-faux au-dessus de l’affluent de la Loire, est appelée à devenir une étape phare du Voyage à Nantes dans le vignoble. Mais il faudra pour cela attendre le 2 octobre. Une façon de prolonger cette édition bien particulière.

Voyage à Nantes 2020 : « Porte-vue » d’Emmanuel Ritz (perspective)
Voyage à Nantes 2020 : « Porte-vue » d’Emmanuel Ritz (perspective) - © Emmanuel Ritz
Retardé, le chantier du « Porte-vue » à Château-Thébaud sera inauguré le 2 octobre, après la fin de cette 9e édition du Voyage à Nantes. © Emmanuel Ritz

Pour découvrir la programmation 2020 complète :


https://www.levoyageanantes.fr/

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