En direct

A Marseille, la rénovation de la plus grande place commence sous l’œil des CRS
Les travaux de requalification de la place Jean-Jaurès démarrent. Surnommée « la Plaine », elle forme la plus grande place publique de la cité phocéenne (2,5 ha). Le lifting piloté par la SPL Soleam et l'agence APS vise à libérer l'espace de l'emprise de l'automobile. - © AGENCE APS

A Marseille, la rénovation de la plus grande place commence sous l’œil des CRS

Florent Maillet, avec AFP |  le 16/10/2018  |  Bouches-du-RhôneProjet

La rénovation de la Plaine est l'un des projets majeurs de la municipalité. Mais les opposants se mobilisent. Au premier jour des travaux, les heurts ont été violents.

Des travaux sous protection des CRS. Marseille a vu débuter sous tension, ce mardi 16 octobre 2018, la réhabilitation de sa plus grande place, Un chantier stratégique pour la deuxième ville de France qui peine toujours à rénover son centre.

La rénovation de la Plaine est l'un des projets majeurs de la municipalité dirigée par Jean-Claude Gaudin (LR) et un serpent de mer de la politique marseillaise. Au total, 13 millions d'euros (HT) sont investis pour des travaux programmés jusqu'en décembre 2020.

L'ambition ? Faire de cet espace de 2,5 ha en plein centre-ville, avec ses pavés défoncés, son immense parking en plein air et son parc jonché de détritus qui font le bonheur des rats, une vaste zone piétonne, dans une ville qui n'en comporte quasiment pas, avec des aires de jeu, bordée de cinq rangées d'arbres.

Lacrymogènes

Mardi, le chantier a pourtant commencé par l'abattage de tilleuls. A chaque vrombissement de la tronçonneuse, des cris: "Nooooon! Pas ça! Ne tuez pas les arbres! Assassins!". Après deux heures de cache-cache dans les lacrymogènes entre CRS et manifestants qui grimpent dans les arbres, deux jeunes hommes sont interpellés et placés en garde à vue.


Quarante-six arbres sont finalement abattus, "des arbres morts, abîmés ou blessés" selon la Soleam (Société locale d'équipement et d'aménagement), chargée des travaux. Dans les prochaines semaines, promet la Soleam, "43 arbres seront transplantés et conservés dans des conditions optimales, au sein de pépinières locales".

Carnaval anarchique

De vives oppositions sont nées dès l'annonce du projet en 2015. La grogne de près de 300 forains qui y tenaient l'un des marchés les plus fréquentés de la ville s'est unie à celle de Marseillais qui craignent la disparition d'un des hauts lieux de la vie associative, militante et festive locale, concentré du Marseille populaire.

"Ici tout le monde se mélange: jeunes, vieux, arabes, noirs, blancs! Ca sera fini quand ils auront bien nettoyé la place", déplore Daniel Stolla, gynécologue retraité. Un carnaval anarchique et populaire y était notamment organisé chaque année.

"La Plaine sera votre Viet-Nam !"

Depuis des mois, des militants, qui dénoncent ce qu'ils voient comme l'embourgeoisement programmé du quartier, ont promis de faire capoter les travaux. "La Plaine sera votre Viet-Nam !", promet une affiche.

Mardi, parmi un groupe de militants aux visages masqués, un jeune explique: "On n'en est pas encore à faire une ZAD, mais à résister en faisant perdre du temps et du fric à la mairie".

La mairie reste ferme

Ces menaces n'ont pas fait trembler la mairie. Interpellé par l'ensemble de ses opposants, qui critiquent le projet, Jean-Claude Gaudin avait répliqué, début octobre, au conseil municipal: "Il fallait refaire la place (...). Il y a longtemps qu'on l'a décidé, il y avait trop de difficultés, d'accès, de stationnement".

Pour ses opposants, ce chantier est un symptôme des difficultés qu'a la deuxième ville de France à rattraper son retard. Malgré les nombreux projets d'aménagement engagés par la mairie, les habitants continuent de souffrir au quotidien de la pollution record, du manque de transports en commun et de parcs.

"La politique des années 1980 continue! On rase des arbres, on bétonnise, on imperméabilise. La ville ne comprend rien, c'est un gâchis", raille le patron de l'opposition socialiste Benoît Payan. "Bien sûr, on ne pouvait pas rester avec une place qui serve uniquement aux punks à chien", mais "on aurait pu réaménager la Plaine de façon plus simple, en végétalisant".

Belles bastides

"Je comprends tout à fait l'angoisse" des opposants au projet de rénovation, mais "on ne peut pas parler de "gentrification" (embourgeoisement) à chaque fois qu'on veut embellir un endroit", nuance de son côté Mathieu Grapeloup, un Marseillais dont la page Facebook sur les transformations de la ville est suivie par 27 000 personnes.

Il partage toutefois les critiques de nombreux défenseurs du patrimoine: "Il y a énormément de belles bastides qui disparaissent pour faire des cages à lapin en béton". "On perd de l'espace public, des bâtiments qui pourraient servir à autre chose que l'hôtellerie et l'immobilier pour faire entrer de l'argent dans les caisses", regrette-t-il.

Parmi les autres projets contestés de la mairie, celui de concéder une partie de l'un des seuls parcs publics avec vue plongeante sur la Méditerranée, la Villa Valmer, à un hôtelier de luxe.

Commentaires

A Marseille, la rénovation de la plus grande place commence sous l’œil des CRS

Votre e-mail ne sera pas publié

Éditions du Moniteur Le Moniteur boutique

Batiprix Bordereau 2019 - 36 ème édition

Batiprix Bordereau 2019 - 36 ème édition

Livre

Prix : 98.00 €

Auteur : Groupe Moniteur

Voir

Hors-série AMC : 50 ans d'architecture

Hors-série AMC : 50 ans d'architecture

Presse - Vente au n°

Prix : 29.00 €

Voir

200 initiatives pour la transition énergétique des territoires

200 initiatives pour la transition énergétique des territoires

Livre

Prix : 24.00 €

Auteur : Éditions du Moniteur

Voir

Accéder à la Boutique

Les bonnes raisons de s’abonnerAu Moniteur

  • La veille 24h/24 sur les marchés publics et privés
  • L’actualité nationale et régionale du secteur du BTP
  • La boite à outils réglementaire : marchés, urbanismes, environnement
  • Les services indices-index
Je m’abonne
Supports Moniteur