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A la recherche des talents de demain
La sécurité des données numériques, au coeur des nouveaux métiers de la smart city. - © ADOBESTOCK

A la recherche des talents de demain

Julie Krassovsky |  le 30/11/2018  |  Collectivités localesNumériqueSmart City

En bouleversant le pilotage des collectivités, la transition numérique conduit la territoriale à se doter de nouveaux métiers dont le chef de file est le responsable « smart city ».

 

Le bouleversement de la ville connectée concerne forcément les métiers territoriaux, au premier rang desquels figure le nouveau profil de chargé de mission ou responsable « smart city ». Tanguy Selo, chief digital officer, chargé de l'innovation et des usages numériques de la ville de Mulhouse (1 500 agents, 110 000 hab. ) se targue d'« être le premier responsable à avoir porté ce titre dans les collectivités ». Arrivé à la mairie en 2015, à l'issue d'une création de poste, ce cadre, de formation ingénieur de commerce, passé par la direction d'un pôle de compétitivité à Lyon, a toujours beaucoup travaillé avec les territoires avant d'intégrer pour de bon une collectivité. C'est aussi grâce à une création de poste que Marion Glatron a pris, la même année, la direction déléguée à l'innovation et à la smart city à la métropole de Rennes.

Détachée de la fonction publique d'Etat, ex-responsable du service « enseignement supérieur, recherche et innovation » au ministère de l'Enseignement et de la recherche, elle n'est pas non plus issue de la territoriale, pas plus que Yann Mareschal qui vient du ministère des Affaires étrangères et qui assure aujourd'hui la responsabilité du portefeuille « projets innovants » à Bordeaux métropole (28 communes, 250 agents, 770 000 hab. ).


« Notre travail consiste à identifier des sources de création de valeur à partir de la donnée. » NATHALIE VERNUS-PROST, chief data officer de la métropole de Lyon

Une ressource supplémentaire

Leur point commun est leur familiarité avec la gestion en mode projet. Ni experts, ni vraiment techniciens, ces chargés de mission doivent connaître l'ensemble des projets en cours dans les directions « métiers » et doivent évaluer si ceux-ci peuvent être concernés par le numérique. « Je me présente comme une ressource supplémentaire et j'interroge chaque projet selon une grille précise : adéquation aux besoins des usagers, impact sur la gestion des données, usage numérique possible ou non », détaille Tanguy Selo. Observateur et partie prenante, le chief digital officer doit trouver des relais dans les services et, surtout, les faire travailler ensemble. Or « rendre ces organisations transverses reste complexe. Les projets sont longs à mettre en œuvre alors même que la technique et les usages évoluent très rapidement », rappelle Céline Juteau, conseillère numérique de l'association Villes de France.

De fait, pour mettre en place un chatbot (assistant virtuel) sur la collecte des déchets, Yann Mareschal a d'abord organisé une réunion collégiale puis un entretien avec chaque responsable des services concernés : le support « collecte », les administratifs de la permanence téléphonique, l'équipe de gestion des déchetteries, etc. En tout, quinze heures de communication téléphonique lui ont permis d'échanger et, peut-être, de convaincre. « Nous devons mettre en place des projets pour faciliter la vie des citoyens mais tout en gardant en tête l'usage des agents de la collectivité », assure la responsable. Un travail chronophage mais utile auquel s'ajoutent les relations avec des prestataires extérieurs.


Faute de moyens, les collectivités se trouvent dans la difficulté de recruter ces profils, également très recherchés dans le secteur privé.

De la difficulté de recruter certains profils

Parfois perçus comme ceux qui délèguent le service public au privé, les chief digital officers s'en défendent. « Au contraire, nous restons très vigilants sur le choix d'externaliser ou pas et nous nous assurons de garder la main sur les données et la sécurité », explique Marion Glatron. Gérée par des chefs de projet « open data », la donnée est au cœur des projets numériques. Arrivés dans les collectivités, surtout les plus grandes, après la loi de 2016 pour une République numérique, les chief data officers ont été chargés de valoriser les données publiques.

Souvent recrutés en interne, avec un profil plus territorial que les responsables « smart city », ces postes font aujourd'hui partie intégrante des stratégies numériques des villes. « Notre travail consiste à identifier des sources de création de valeur à partir de la donnée », assure Nathalie Vernus-Prost, chief data officer de la métropole de Lyon (59 communes, 10 000 agents, 1 370 000 hab. ).

Le trio de la ville intelligente ne serait pas complet sans le délégué à la protection des données (DPD) imposé par l'entrée en vigueur, le 25 mai dernier, du règlement européen sur la protection des données ou RGPD. Souvent recruté en interne, le DPD n'en reste pas moins une nouvelle fonction qui pousse bien plus loin le champ de compétence des anciens correspondants « informatique et libertés ». « Les projets smart city intègrent les DPD qui doivent être les garants d'une liberté de la donnée respectueuse de l'intérêt général, c'est un vrai sujet », affirme Jacques Priol, consultant et directeur de Civiteo, cabinet de conseil et stratégie.

Pour garder la main sur leurs développements numériques, les collectivités « ont besoin d'une réinternalisation de compétence. On voit ainsi revenir des développeurs dans les directions des systèmes d'information (DSI), chargés de prototyper des nouveaux produits », avance Fabien Cauchi, consultant chez Metapolis. S'il est vrai que la mairie de Paris ou le Grand Lyon ont une équipe de développement intégrée à leur direction de l'innovation, la tendance a plutôt été récemment de diminuer le nombre de développeurs. Faute de moyens, les collectivités se trouvent dans la difficulté de recruter ces profils, également très recherchés dans le secteur privé.

A la métropole de Rennes, Marion Glatron estime qu'« avec la recrudescence des projets, structurellement, les aspects numériques des différents services montent en puissance ». La collectivité emploie dans sa DSI un data scientist et a noué un partenariat avec un institut de recherche sur l'intelligence artificielle.

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Rendez-vous

Le 12 décembre, l'association Villes de France organise à Paris le rendez-vous de l'intelligence locale. A cette occasion sera publié un manifeste consacré à la smart city.

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Maîtrisant la gestion en mode projet, les nouveaux métiers de la smart city aident les services à concrétiser les initiatives liées au numérique. - © ADOBE STOCK

Animer un comité de pilotage des élus

A la métropole de Rennes, la smart city est perçue comme une occasion d'exercer une transparence des actions dans un monde où le numérique fait une entrée fracassante. Depuis 2015, Marion Glatron, directrice déléguée à l'innovation et à la smart city, anime un comité de pilotage des élus sur ce thème. Après avoir identifié les projets menés dans les territoires à l'initiative de la métropole, ou par des prestataires extérieurs, « nous avons problématisé notre approche en repérant des thématiques : donnée, énergie, place des citoyens, économie circulaire, etc. , et en définissant pour chacune le rôle de la collectivité ». La métropole s'est recentrée sur quatre projets phares : développement d'un fablab ; « 3D Experience city Rennes », une plateforme collaborative de simulation et de modélisation de la ville ; un projet sur les smart grids (réseaux électriques intelligents) et un autre autour de la donnée. « Les projets numériques sont collectés par la direction des services d'information, le service d'information géographique et l'open data. Je fais partie de cette équipe qui coordonne les initiatives. »

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Marion Glatron, directrice déléguée à l'innovation et à la smart city à la métropole de Rennes. - © J. MIGNOT / ANDIA
Une équipe transversale pour simplifier le quotidien des agents et des citoyens

A Arras, la smart city est considérée comme un moyen face à la baisse des dotations de l'Etat et la suppression d'impôts locaux. « C'est pour nous un outil d'amélioration de la qualité de vie et des services rendus aux citoyens », assure Pierre Ferrari, son directeur de la stratégie numérique et chef de projet « modernisation ». Rare commune moyenne à disposer d'un responsable dédié et d'une équipe transversale, la cité du Pas-de-Calais est bien décidée à ne pas manquer le virage du numérique.

« Il nous a fallu convaincre les services que nous étions désormais un interlocuteur sur cette démarche destinée non à complexifier le travail mais au contraire à simplifier le quotidien des agents comme des citoyens. Nous avons cette double mission. » Le chef de projet a ainsi commencé par recenser toutes les demandes et initiatives liées au numérique dans la collectivité. « Il y en avait 150 dont une partie émanait déjà des services », assure-t-il. Depuis, la smart city s'exprime à travers la mise en place du wifi sur la place des Héros et celle du Maréchal Foch, l'organisation de visites du SmartLivingLab mobile pour les élus et les agents, l'installation de nouveaux horodateurs intelligents, le lancement de l'e-administration avec le portail citoyen… D'autres projets importants y ont été ajoutés et notamment le lancement d'une expérimentation en partenariat avec la Caisse des dépôts pour établir un diagnostic numérique du cœur de ville d'Arras ainsi qu'une évaluation des investissements nécessaires pour atteindre la cible « services et usages smart city » envisagée par la mairie.

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Pierre Ferrari, directeur de la stratégie numérique, chef de projet "modernisation" à Arras. - © R. BARON / LIGHTMOTIV
L'Inet intègre progressivement la culture de la donnée.

La formation continue de l'Institut national des études territoriales propose désormais des modules inspirés des grandes mutations liées à la transition numérique : l'open data et la gouvernance des données dans les collectivités, la compréhension systémique de l'environnement digital ou la relation au citoyen dans le cadre du développement des e- services. Un peu mis à mal dans le rapport sur la smart city (2017) de l'ancien député Luc Belot, qui dénonçait le retard du Centre national de la fonction publique territoriale sur le sujet, l'Inet assure « rester très en phase avec ce que vivent les collectivités ». « Nous abordons des thèmes d'étude demandés par des collectivités qui sont ensuite intégrés dans les formations », assure Véronique Robitaillie, la directrice de l'Inet.

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