En direct

À la recherche de nouveaux filons

Jérémy Bellanger et Jessica Ibelaïdene |  le 24/02/2017  |  Bouches-du-RhôneGirondeHaute-GaronneHéraultLoire-Atlantique

Travaux publics -

Les indicateurs poussent enfin à l'optimisme dans les TP. Plusieurs segments du marché anticipent une activité soutenue dans les années à venir.

Difficile de se réjouir sans réserve d'une progression de 3,5 % quand l'année précédente s'est soldée par une chute de 7,4 % de l'activité dans les travaux publics. Pourtant, plusieurs signaux donnent à penser que l'embellie pourrait se prolonger (voir graphiques p. 13 et 14) . Evidemment, l'élection présidentielle à venir ne manquera pas d'influer sur la dynamique qui se dessine, mais quelques spécialités enregistrent déjà un regain d'activité et comptent bien mettre à profit cette visibilité retrouvée.

Fibre, la conquête de nouveaux eldorados

Couvrir 100 % du territoire en très haut débit d'ici à 2022. Le tout pour 20 Mds€, dont 13 à investir dans les infrastructures des zones rurales, dites réseaux d'initiative publique (RIP). La promesse du Plan France très haut débit (THD) est belle et attise bien des convoitises dans les TP. D'autant que 2017 verra l'attribution de 10 à 12 marchés. « En Gironde, dans l'Hérault, en Seine-Maritime et peut-être dans le Grand-Est, avec un projet gigantesque de 1,2 Md € », énumère Antoine Darodes, directeur de l'Agence du numérique, service du ministère de l'Economie qui pilote le Plan France THD. Constituant le plus grand projet d'infrastructures actuel, il laisse entrevoir de jolies perspectives.

« Nous ne pouvions pas laisser passer [cette] opportunité », affirmait Antoine Metzger, président de NGE, en novembre 2016 dans nos colonnes. Déjà présent dans le projet alsacien, le groupe voit dans le THD un nouveau relais de croissance. D'une part, parce que ces marchés s'inscrivent dans le temps, grâce à un modèle économique s'appuyant sur des délégations de service public. D'autre part, parce que NGE a trouvé le moyen de réorienter des métiers historiques en perte de vitesse, notamment par la reconversion des collaborateurs de sa filiale canalisation.

Même son de cloche du côté de Spie CityNetworks, nouvelle filiale de Spie qui regroupe les activités de travaux extérieurs. « Le THD nous donne un nouveau souffle du côté des collectivités locales, clients historiques de nos équipes en charge des activités d'infrastructures d'énergie », se réjouit le directeur général de la filiale, Luc Sauze. Le THD représente aujourd'hui environ 5 % du chiffre d'affaires. Une part relativement marginale mais qui devrait fortement augmenter dès cette année. « Ce segment devrait croître de plus de 50 % en 2017 », estime Luc Sauze.

Et il y aura encore du travail après 2022. Car comme l'a regretté la Cour des comptes à la fin janvier, tout le territoire ne sera pas relié à la fibre à cette date. Antoine Darodes en convient : « Avant que l'intégralité du réseau cuivre ne soit remplacée, 50 % des RIP passeront par des réseaux alternatifs pour fournir du THD. Le chantier se prolongera donc jusqu'en 2025, voire au-delà. Et il faudra ajouter 10 Mds € pour compléter le déploiement. ». Ce qui signifie du travail, des financements supplémentaires et de la visibilité pour les entreprises.

Souterrain, vers un petit âge d'or ?

On pourrait presque l'oublier, mais le marché hexagonal des travaux souterrains sort tout juste d'une phase difficile. La fin des chantiers Eole et Météore a ouvert une parenthèse de dix années, que le projet du Grand Paris est en passe de refermer. Une période erratique faite de variations vertigineuses : le chiffre d'affaires du secteur a dégringolé de 720 M€ en 2011 à 307 M€ en 2014. L'Ile-de-France était même passée sous la barre des 100 M€ avec un chiffre d'affaires de seulement 74,4 M€. Une année noire qui ne sera bientôt qu'un lointain souvenir.

En effet, sur les 200 km du Grand Paris Express qu'il faudra construire, près de 90 % passeront sous terre. Sont également au programme le prolongement du RER E (projet Eole) et des lignes 4, 11, 12 et 14 du métro. Au sein de la FNTP, on estime que le souterrain devrait générer, au bas mot, 400 M€ de travaux chaque année en Ile-de-France et contribuer pour plus de 50 % au chiffre d'affaires national du métier qui dépasserait 800 M€, voire flirterait avec le milliard. Le pic d'activité est prévu pour 2024 et devrait se maintenir jusqu'en 2030. Seule zone d'incertitude : l'attribution des JO. Si Paris l'emporte, les délais devront être tenus scrupuleusement. Dans le cas contraire, des décalages sont probables.

Hors de la région francilienne, les prochaines années s'annoncent également prometteuses, entre le tunnel Lyon-Turin, une nouvelle ligne de métro à Toulouse et des travaux sous la gare Saint-Charles à Marseille, voire l'enfouissement des déchets radioactifs à Bure, dans la Meuse. Si ces projets restent soumis à diverses incertitudes, plus personne ne doute que les travaux souterrains se dirigent vers un petit âge d'or.

Ferroviaire, le renouvellement en tête

Les trois projets de lignes à grande vitesse arrivent à leur terme. Faut-il pour autant s'inquiéter de l'avenir des travaux ferroviaires ? Pas vraiment, à en juger par le « contrat de performance » en passe d'être signé par l'Etat et SNCF Réseau, après avis favorable du régulateur, l'Arafer. Il se traduira dès cette année par une enveloppe de 2,6 Mds € consacrée aux travaux de renouvellement du réseau ferré. Mieux, il devrait atteindre son rythme de croisière en 2020 pour avoisiner les 3 Mds € par an jusqu'en 2026.

Un investissement nettement plus important que le milliard d'euros annuel déboursé dans les décennies 1980, 1990 et 2000, qui permettait de renouveler péniblement 500 km de voies par an. Aujourd'hui, il s'agit d'atteindre les 1 000 km et de traiter l'ensemble des caténaires et la signalisation, en espérant ainsi endiguer le vieillissement des infrastructures ferroviaires. Un défi de taille, synonyme d'opportunités pour le secteur privé des travaux ferroviaires. Que l'on parle de divisions dédiées au sein de grands groupes ou d'entreprises spécialisées indépendantes type PME, les professionnels estiment qu'entre 30 et 40 % de l'enveloppe leur seront attribués, sous forme de travaux. Sans compter les éventuels marchés de fournitures qui pourraient leur être confiés.

« Leur niveau d'activité progressera à due proportion de l'évolution de nos investissements, et même plus encore », assure le directeur général adjoint de SNCF Réseau, Matthieu Chabanel. Pas de doute, la politique de renouvellement du réseau dope le marché et lui offre une nouvelle visibilité. Pour autant, elle ne constitue pas la seule perspective pour les entreprises. La montée en puissance des contrats de Plan prévus sur la période 2015-2020 n'est pas à négliger. Portés à 900 M€ en 2017 dans le cadre des contrats Etat-région, contre 600 M€ l'année précédente, ces projets régionaux de développement devraient bénéficier d'un budget stable durant quatre ans.

« Nous prévoyons une enveloppe totale d'investissements de 5 Mds € annuels jusqu'en 2020-2021 », estime Matthieu Chabanel. Une somme qui couvrira aussi bien les grands marchés pluriannuels et très industrialisés, dont les majors sont friandes que d'autres, plus restreints et souvent liés à la maintenance, où s'exprime le savoir-faire d'entreprises régionales.

Autoroutes, une vraie bouffée d'oxygène

Quatre milliards d'euros sur la table pour les trois années à venir. Après plusieurs années de diète où l'activité a chuté de plus de 30 %, le lancement de deux plans d'investissement pour mettre à niveau les autoroutes françaises est incontestablement une bonne nouvelle pour les travaux routiers. Le premier est un plan de relance, signé en 2015, d'une valeur de 3,2 Mds €. Une « véritable bouffée d'oxygène », selon Jacques Tavernier, président de l'Union des syndicats de l'industrie routière française (Usirf). L'essentiel des marchés sera attribué cette année, avec des effets positifs immédiats pour toute l'industrie.

Ici, la tendance est plutôt aux grosses opérations : les grands groupes ou les ETI seront donc en première ligne. Colas estime ainsi être éligible sur 2,5 Mds € de travaux. « Généralement, nous obtenons 30 % des marchés, complète Pierre Calvin, directeur prospective, commercial et marketing du groupe. Nous imaginons donc remporter 800 M€ de travaux sur cette enveloppe. » Conclu le 26 janvier, le plan d'investissement autoroutier est, lui, « plus modeste, puisqu'il représente 800 M€, poursuit Jacques Tavernier. Il sera aussi plus facile d'accès pour les PME. » Financées à plus de 50 % par les collectivités locales, les opérations concerneront principalement des dessertes (échangeurs, contournements… ). Surtout, « elles irrigueront l'ensemble du territoire », note Pierre Calvin. Premiers effets attendus en 2018.

« Ces plans donnent à nos entreprises un peu de visibilité, et elles peuvent espérer reconstituer des marges et de la trésorerie », estime le président de l'Usirf. Ce dernier se montre encore plus prudent en matière d'emplois : « Avec le plan de relance, nous parlons de 30 000 emplois sur trois années. Traduction : ils ne seront pas supprimés. Car nous ne sommes pas encore dans une logique de création. » Une bouffée d'oxygène oui, mais pas encore un véritable envol.

Mobilité et énergie, des pépites en devenir

Quelles pistes pour demain ? Si les besoins ne sont pas encore tous identifiés, et les financements encore peu nombreux, il y a fort à parier que les premiers qui investiront ces nouveaux domaines seront les mieux servis ! Entre énergie et mobilité, les entreprises de travaux publics ont tout intérêt à se positionner pour accompagner le développement des véhicules électriques. Avec en ligne de mire l'installation de 7 millions de bornes d'ici à 2030, elles pourront profiter d'opportunités en termes de travaux et de maintenance. Et même plus, si elles s'insèrent dans une logique de délégation de service public.

Sur la route en elle-même, des questions se posent autour de la mobilité connectée. Objectif : adapter ou repenser les équipements capables de collecter et transmettre des informations, afin qu'ils communiquent directement avec les véhicules, les smartphones et autres terminaux numériques.

Autre petite musique qui résonne de plus en plus : la multifonctionnalité des infrastructures. L'enjeu ici est de trouver une nouvelle façon de produire des énergies renouvelables. Pour l'instant, l'exemple le plus emblématique et concret est la route solaire du groupe Colas, qui bénéficie d'un plan de déploiement national pour les quatre années à venir. Citons aussi les stations d'épuration qui, grâce aux boues, produisent l'énergie nécessaire à leur fonctionnement, ou les eaux usées des canalisations utilisées pour le chauffage de divers équipements. La route électrique (lire p. 60-61) est, elle aussi, en ébullition.

Depuis les côtes françaises, se dessine également une ligne d'horizon encore floue : le développement de l'éolien offshore. L'Hexagone est en retard sur les pays d'Europe du Nord. Trois parcs sont en projet au large de la Seine-Maritime, de la Manche et de la Loire-Atlantique, mais des recours accentuent les délais de mise en œuvre. Lorsque le feu vert sera (enfin) donné, ce seront des chantiers à plusieurs milliards qui verront le jour. Les TP se tiennent prêts.

PHOTO - 5974_377176_k2_k1_947192.jpg
PHOTO - 5974_377176_k2_k1_947192.jpg - © MICHAEL LUMBROSO / REA
PHOTO - 5974_377176_k4_k1_947195.jpg
PHOTO - 5974_377176_k4_k1_947195.jpg - © SOURCE : DONNÉES EN VOLUME CVS-CJO
PHOTO - 5974_377176_k5_k1_947203.jpg
PHOTO - 5974_377176_k5_k1_947203.jpg - © SOURCE : DONNÉES CVS-CJO
PHOTO - 5974_377176_k6_k1_947204.jpg
PHOTO - 5974_377176_k6_k1_947204.jpg - © SOURCE : ENQUÊTE ANNUELLE FNTP
+ 15,4 %

La croissance annuelle en valeur des marchés conclus dans le secteur des travaux publics en 2016.

Source : données facturation CVS-CJO.

Éditions du Moniteur Le Moniteur boutique

De l'immeuble de bureau aux lieux du travail

De l'immeuble de bureau aux lieux du travail

Date de parution : 12/2018

Voir

Le ravalement

Le ravalement

Date de parution : 12/2018

Voir

Isolation thermique durable des bâtiments existants

Isolation thermique durable des bâtiments existants

Date de parution : 12/2018

Voir

Accéder à la Boutique

Les bonnes raisons de s’abonnerAu Moniteur

  • La veille 24h/24 sur les marchés publics et privés
  • L’actualité nationale et régionale du secteur du BTP
  • La boite à outils réglementaire : marchés, urbanismes, environnement
  • Les services indices-index
Je m’abonne
Supports Moniteur