A la (re) conquête de la quatrième fleur : Compiègne 1/5
La rénovation d'un jardin du parc Songeons a lancé la stratégie de reconquête de la quatrième fleur engagée par la ville de Compiègne - © Laurent Miguet

A la (re) conquête de la quatrième fleur : Compiègne 1/5

le 23/08/2019  |  OisePatrimoineville

Ma newsletter personnalisée

Ajouter ce(s) thème(s) à ma newsletter personnalisée

Paysage
Oise
Patrimoine
ville
Valider

Le feuilleton paysager de la fin de l’été s’ouvre à Compiègne. Comme à chaque rentrée, Paysage Actualités partage les émotions suscitées par la visite d’un groupe de communes candidates à la quatrième fleur, grade suprême de la hiérarchie des villes et villages fleuris. Trois étapes picardes forment le socle de la tournée 2019, bordée au nord et au sud par deux villes du Pas-de-Calais et de Seine-Saint-Denis. Verdict le 8 octobre à la séance plénière du jury national.

Tout a commencé ici : devant les vestiges du couvent des Dominicains qui surplombe l’Oise en bordure du coeur historique de Compiègne, Nicolas Gardois, jeune chef de chantier apprenti au service des Espaces verts, a dirigé l’opération fondatrice de l’ère de la transversalité dans la rénovation des espaces publics de la cité royale. Au programme : la régénération d’un jardin à la française et l’accueil des Incroyables comestibles.

Transversalité

Tous les services concernés se sont mis au diapason des espaces verts, pour offrir un nouveau joyau au parc Songeons que la ville picarde gère par délégation des Hospices de Lyon : le service bâtiment, avec la reprise du mur qui borde l’ancien cloître ; le mécanicien des Espaces verts, avec le solivage en acier corten qui consolide le dessin initial du jardin ; la communication et les menuisiers, pour former les ambassadeurs du compostage et accueillir les apports des particuliers...

Le 20 août derrière le jardin longtemps délaissé, le jury du Conseil national des villes et village fleuris (CNVVF) a pu apprécier les usages créés par la fauche tardive, dès la première année de sa mise en œuvre dans tous les lieux de la ville adaptés à cette pratique : un rideau de hautes herbes laisse entrevoir une jeune femme au repos, heureuse de profiter de l’espace intimiste créé par les jardiniers municipaux.

Fauche tardive
Fauche tardive - © Laurent Miguet

La fauche tardive s'applique depuis cette année à tous les espaces enherbés adaptés à cette pratique, y compris au centre-ville

Poteau symbolique

Pour Nicolas Leday, adjoint à l’environnement, la démonstration du parc Songeons symbolise les « années de combat » qui, au cours du mandat en voie d’achèvement, ont engagé l’espace public de Compiègne dans un nouveau modèle. « Le verrou a sauté à l’occasion du réaménagement du parvis de l’hôtel de ville », ajoute l’élu.

Devant le beffroi Renaissance où loge le pouvoir municipal, le foisonnement végétal introduit une promenade patrimoniale recomposée autour d’une idée maîtresse : matérialiser la porosité entre la forêt et la ville. La clé se trouve dans le poteau indicateur blanc, planté devant l’hôtel de ville : les menuisiers municipaux ont reproduit le mobilier forestier napoléonien, créé pour empêcher les impératrices Marie-Louise, puis Eugénie, de s’égarer : des marques rouges rappellent systématiquement la direction du château.

Cœur vert

Du parvis, la nouvelle ambiance s’étend à tout le cœur patrimonial de la ville : des arbustes mellifères – notamment Tetradium Danielli et Heptacodium Miconioïdes - contribuent à diversifier les 200 bacs remplacés en un an dans le quartier piéton dont l’emprise s’étend désormais à la Place du Change, réaménagée depuis le début de l’été 2019 après un investissement de 930 000 euros. L'étalement des floraisons et la résistance aux maladies a guidé le choix des variétés. Les houx japonais (Ilex Maximovoicziana) ont pris le relais des buis attaqués par la pyrale

Dès la première saison sans voiture, les terrasses ont trouvé leur public, entre la bibliothèque rénovée et le grenier à sel de l’architecte des Lumières Claude-Nicolas Ledoux. De là,  il suffit de contourner la tour Beauregard – l’une des premières tours rondes du Moyen-Age et l’un des rares vestiges des hospices Saint-Nicolas - pour arriver au parc Songeons.

Reconquête

Pour conduire son combat, la ville de 41500 habitants s’est appuyée sur une cible palpable : la reconquête du label Quatre fleurs, perdu dans les années 2000. Recruté en octobre 2015, Geoffrey Moscipan, nouveau directeur des espaces vert, incarne le défi, après avoir fait ses preuves à Claye-Souilly : sous sa houlette, la ville de Seine-et-Marne a décroché en 2015 la Fleur d’or, distinction suprême du CNVVF.

Sa tactique ? Appliquer à la lettre et sans délai le plan de gestion différenciée écrit par le bureau d’études Eco’LogiC. Aussitôt après l’approbation du document cadre, Geoffrey Moscipan a confié la diffusion de la nouvelle culture de l’entretien des espaces verts au Centre national de la fonction publique territoriale : au premier semestre 2019, les 44 jardiniers qui se partagent six secteurs ont suivi deux fois trois jours de formation assurée par les services techniques d’Amiens, consacrés à la taille raisonnée des arbustes, puis aux plantations et à l’entretien des vivaces.

Bataille rangée

« D’autres professionnels que le chef de service suscitent une autre attention », estime leur patron, heureux de mettre en valeur le savoir-faire de ses troupes : « L’arbre constitue mon leitmotiv, et pour systématiser la taille douce, nous avons la chance de pouvoir nous appuyer sur deux agents grimpeurs, dont Zoé Gaugler, classée au troisième rang lors du master 2018 des arboristes français », souligne Geoffrey Mauscipan.
La mise en ordre de bataille et la confiance des jardiniers municipaux reposent sur des fondations certes invisibles, mais solides : trois bassins d’orage préservent Compiègne des inondations de l’Oise, suite aux travaux de plusieurs dizaines de millions d’euros investis par la ville.

Citoyens mobilisés

Cette dernière multiplie les rendez-vous citoyens, pour stimuler l’adhésion collective au nouveau modèle. Début septembre, la rentrée des étudiants de l’Université technologique de Compiègne coïncide avec l’opération « Tous unis pour la cité » : les étudiants offrent une journée au nettoyage des espaces publics.

Cet exemple illustre la stratégie qui préside à la reconquête de la Quatrième fleur : « Plutôt que d’accrocher un trophée sur une étagère, nous vouons inviter chaque habitant à faire corps avec la nature », développe le maire Philippe Marini, dans le message vidéo adressé au jury des VVF. « Le Zéro Phyto a constitué un vecteur précieux de la démocratie de proximité », renchérit son adjointe aux espaces verts et aux jumelages Arielle François.

Tous azimuts

Aucun espace n’échappe à l’attention des jardiniers, comme ont pu s’en rendre les jurés. En avril prochain, des gerbes de neige de printemps accueilleront les automobilistes qui entrent dans l’agglomération par le sud, grâce à la plantation de 80 cerisiers, en l’honneur de la jumelle japonaise Shirakawa.

Dans les quartiers d’habitation, les promoteurs cèdent à la ville la gestion de leurs pieds d’immeubles. Le programme Anru II devrait amplifier le mouvement dans les années à venir. Partout, trois plantations répondent à chaque abattage d’arbre.

Au cimetière nord entretenu par l’entreprise d’insertion Un château pour l’emploi, un avenir sans phyto se dessine, grâce à l’expérimentation de râteaux tractés de deux m de large sur les allées principales, et aux premiers tests d’enherbement en cours sur les artères secondaires. Aux abords de la station d’épuration, l’écopâturage s’est ajouté en 2019 aux autres techniques de désherbage écologique, avant une montée en puissance sur des sites plus visibles.

Fil sylvestre

allée château
allée château - © Laurent Miguet

Introduite par  Louis XV lors de la construction du château royal, la porosité entre ville et forêt reste le fil conducteur des interventions des jardiniers municipaux.

Enfin, à l’interface entre villes et forêt, les 11 jardiniers du parc du domaine national se mettent au diapason de la ville, pour hiérarchiser la gestion des espaces sans trahir l’esprit de Louis-Martin Berthault, architecte paysagiste de l’impératrice Marie-Louise.

Le rayonnement du nouveau modèle vert de Compiègne devrait marquer les années à venir : la ville entend profiter de la planification du barreau ferroviaire Roissy Picardie pour aménager deux pôles multimodaux, aux abords de la gare et de l’université technologique.


Grande échelle

Alors que le plan cyclable de la communauté urbaine resserre le maillage entre les 22 communes et les 17 000 hectares candidats au label Forêt d’exception, l’exploitation du potentiel touristique reposera sur le projet de sylvothérapie, soutenu par la région et cofinancé par le programme Interreg de l’Union européenne : le choix de l’assistant au maître d’ouvrage interviendra en septembre. Au-delà de ses frontières, la communauté urbaine se coordonne avec les trois territoires intercommunaux voisins, associées à la protection de la biodiversité autour des grandes forêts qui relient l’Ile-de-France aux Hauts-de-France.

Commentaires

A la (re) conquête de la quatrième fleur : Compiègne 1/5

Votre e-mail ne sera pas publié

Éditions du Moniteur Le Moniteur boutique

Le Moniteur n°6000 du 26 octobre 2018

Le Moniteur n°6000 du 26 octobre 2018

Date de parution : 10/2018

Voir

Aménager sans exclure, faire la ville incluante

Aménager sans exclure, faire la ville incluante

Date de parution : 06/2018

Voir

AMC n°261 - Spécial Intérieurs 2017

AMC n°261 - Spécial Intérieurs 2017

Date de parution : 07/2017

Voir

Accéder à la Boutique

Les bonnes raisons de s’abonnerAu Moniteur

  • La veille 24h/24 sur les marchés publics et privés
  • L’actualité nationale et régionale du secteur du BTP
  • La boite à outils réglementaire : marchés, urbanismes, environnement
  • Les services indices-index
Je m’abonne
Supports Moniteur