Entreprises de BTP

A l’heure de passer la main, Didier Ridoret fait le bilan

Mots clés : Etat et collectivités locales - Gestion de l'entreprise

Elu président de la FFB en juin 2008 au début de la crise, Didier Ridoret a dû affronter des années difficiles pour les entreprises du secteur qui voient leur rentabilité diminuer. Alors qu’il cède son fauteuil après deux mandats de trois ans, il nous livre sa vision d’un secteur en pleine mutation.

La place du bâtiment dans l’économie et la société

 

Les cinq dernières années ne resteront pas comme de bons millésimes pour l’activité du bâtiment. Et pourtant, on parle davantage aujourd’hui du secteur. Son rôle est reconnu comme important pour l’emploi, qui reste la priorité des gouvernements successifs. En effet, le secteur peut encore se targuer d’être source d’activité économique et d’emplois non délocalisables. Il agit aussi sur l’attractivité des territoires. Cela nous a d’ailleurs été confirmé à travers l’enquête d’Ipsos en 2012 sur l’image du secteur auprès des Français qui révèle que le bâtiment, en plus de jouer un rôle moteur dans l’économie française pour 82%, contribue aussi à améliorer le cadre et la qualité de vie (83 %) et à valoriser le patrimoine (82 %). Dans le même esprit, deux ans plus tôt, l’institut de sondage BVA dans son classement « Bien-être et satisfaction au travail » relève que la BTP est le secteur où les salariés sont les plus heureux, les plus satisfaits vis-à-vis de leur management et ceux ressentant le moins la pression.

Je reste très optimiste pour les métiers du bâtiment. Depuis le Grenelle de l’Environnement, le bâtiment est en première ligne pour relever les défis énergétiques et environnementaux. Notre image s’est améliorée, modernisée. On peut bien-sûr regretter que le temps de mise en oeuvre soit long, trop long… Mais de nouvelles perspectives s’ouvrent. L’offre est désormais au coeur de la démarche et il nous faut encore la structurer. L’éco-conditionnalité, annoncée pour le 1er juillet 2014, est en ce sens une belle occasion. Elle va nous apprendre à structurer l’offre par le qualitatif.

 

Regard sur la politique du logement


Le manque de logements est un problème récurrent en France depuis plusieurs décennies. Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale et  malgré la période de construction massive de logements sociaux (années 60 et 70), force est de constater qu’on ne parvient pas à équilibrer l’offre et la demande.

Le problème vient en partie de la politique foncière. La gestion teintée de malthusianisme des collectivités contribue à un certain nombre de blocages. Par peur d’être sanctionnés aux élections, les maires freinent les opérations de densification, synonymes de développement d’infrastructures, d’équipements et donc de frais supplémentaires, souvent mal perçues par leurs administrés. On est dans la logique du « maire bâtisseur, maire battu », comme le veut l’expression. Une des dispositions de la loi Alur de Cécile Duflot a mis un pied dans la porte avec le transfert aux intercommunalités des compétences en matière d’urbanisme. La France dispose de terrains, mais encore faut-il qu’ils se libèrent. Une politique foncière cohérente s’impose. Mais nous nous trouvons face à un double discours : d’une part il faut densifier ce qui implique toujours des coûts de construction élevés, et d’autre part il faut lutter contre l’artificialisation des sols.
Comment  construire des logements et des équipements à des prix compatibles avec la demande, si nous ne disposons plus de terrains ? L’autre raison, et c’est un sujet de fond, concerne la rétention foncière liée aux prix des terrains. Il serait judicieux, et nous militons en ce sens à la FFB, de réformer la taxation des plus-values immobilières sur les terrains à bâtir, en inversant la règle fiscale actuelle, qui réduit la fiscalité pour ceux qui détiennent leur bien depuis longtemps ; il faudrait au contraire pénaliser ceux qui le conservent sur une longue période afin de favoriser les transactions. Le terrain constructible est cher parce que nous l’avons rendu rare et s’il faut naturellement préserver l’espace, il faut aussi loger nos concitoyens !

Quelles solutions ? Seul un choc d’offre foncière et une politique volontariste de relance de la primo-accession seraient de nature à permettre d’atteindre l’objectif des 500 000 logements d’ici à 2017. On le voit, la primo-accession est en panne et il manque 80 000 logements sur ce segment. Outil indispensable à la construction de logements, le PTZ+ est mal-calibré. Il soutient aujourd’hui les très bas revenus, mais pas les classes moyennes qui sont pourtant à la limite de la solvabilisation. Cette volonté de blocage des aides n’est pas nouvelle. Déjà en avril 2012, Nicolas Sarkozy, invité à s’exprimer devant les instances de la FFB, avait affirmé vouloir supprimer les niches fiscales et les financements publics pour le logement. Il faut donc rester très vigilant pour ne pas tomber dans cette logique.

 

Faut-il être fou pour entreprendre dans le bâtiment ?


Pour entreprendre dans le bâtiment, il faut être courageux et déterminé. Et beaucoup le sont si l’on en juge par les créations d’entreprise. Toutefois, je pense que face à une concurrence exacerbée, le modèle de l’entreprise va évoluer vers une hyper qualification qui répondra ainsi à des besoins très spécifiques. Quant à la transmission d’entreprises, c’est un sujet compliqué car il demande une très grande discrétion pour éviter que les clients, qui ont connaissance de la volonté de vente, ne prennent peur. Je note aussi que la tendance d’il y a quelques années qui consistait pour des personnes venues d’autres horizons professionnels à reprendre des entreprises de construction s’est nettement ralentie. Etre entrepreneur dans le bâtiment, c’est se confronter à une multitude de problèmes auxquels s’ajoute l’exigence de plus en plus grande des clients !

 

Bilan après deux mandats successifs


Je tiens d’abord à exprimer une grande fierté à avoir œuvré pour notre organisation professionnelle qui possède de grandes forces et qui sait garder sa libre pensée. On ne vit que de nos cotisations et de notre solidarité. Une de ses qualités est de fédérer des grandes entreprises, des ETI, PME et des artisans. J’en profite ici pour saluer les collaborateurs de la FFB qui mettent le même cœur à l’ouvrage pour les aider dans leur quotidien.

Mon regret majeur est de quitter mes fonctions sans avoir pu agir sur l’activité. Je n’ai connu pendant mes deux mandats et depuis le début  qu’une période compliquée qui m’imposait d’être plutôt sur la défensive et donc limitait mon action. Je me rappelle qu’en janvier 2008, l’activité était au beau fixe et notre obsession était de recruter. J’entre en campagne, je suis élu et dès le mois d’avril, on constate une baisse d’activité du secteur qui ne cessera de s’amplifier et ce, jusqu’à mon départ. Avec en plus de mauvaises nouvelles : la loi LME en 2009 par exemple ou encore le projet du régime d’auto-entrepreneur en 2008 porté par l’ancien secrétaire d’Etat aux PME, Hervé Novelli, n’auront fait que perturber notre profession. Et contrarier mes programmes. Alors que j’ai fait campagne sur le thème de la reconquête des marges, la conjoncture ralentie ne m’a jamais permis de développer cette thématique.

 

Et maintenant ?


Après avoir défendu un secteur, travaillé sur le quotidien mais aussi l’avenir, couru de ministères en ministères…, l’après mandat doit certainement générer un grand vide. Pour autant, je prendrai des fonctions dès septembre à la SMA BTP et je continuerai à m’impliquer fortement dans le domaine du logement tant au Medef qu’à Action Logement. Mais je reste avant tout un entrepreneur, avec les mêmes préoccupations que les 57 000 adhérents de la fédération.

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